samedi 6 juin 2020

GAILLAC encore et toujours

Format un petit peu différent pour cette nouvelle escapade en terres gaillacoises, mais je ne pouvais pas passer à côté de vous raconter cette formidable cuvée...

A.O.P. Gaillac – Millésime 2017 – Cuvée 'L'Ancestral' – Domaine Barreau


Le vignoble de GAILLAC est situé dans le Sud-Ouest de la France. Il serait selon certains historiens un des vignobles les plus anciens de France. Installé de part et d'autre de la rivière Tarn, sa surface avoisine quatre-mille hectares. Vous trouverez ici de nombreux types de produits, des vins blancs (secs, doux et perlés), des vins rosés, des vins rouges et aussi des vins effervescents (méthode ancestrale majoritaire). On dit communément que Gaillac est le trait d'union entre les vins du Sud-Ouest et du Sud-Est. C'est aussi vrai pour les cépages, que pour les climats et les sols.

Le DOMAINE BARREAU est niché sur les premiers coteaux de la rive droite du Tarn, non loin du fameux plateau cordais, très calcaire, des paysages et des sols qui rappellent la Bourgogne. Comme beaucoup d'exploitations viticoles, c'est une belle saga familiale qui est à l'origine de la renommée du domaine, les générations se succèdent à l'œuvre depuis 1865. Aujourd'hui, ce sont quarante-cinq hectares qui sont cultivés avec extrême soin, dont les raisins permettent la production de tous les types de vins admis dans le cahier des charges des appellations gaillacoises. D'une régularité louable, les distinctions diverses sont souvent au rendez-vous.

La cuvée L'ANCESTRAL est le fleuron du domaine, le haut de la gamme dans les vins rouges. Elle met à l'honneur les cépages Braucol (dénomination locale du Fer Servadou, choisi pour sa fraîcheur résistante à l'épreuve du temps), Prunelart (cépage autochtone tarnais aux arômes de pruneau et d'épices) et Syrah (pour apporter structure tannique et complexité). Seuls les raisins les plus mûrs sont employés pour son élaboration, une grande partie de la vinification est effectuée en barriques avant un élevage long de dix-huit mois en fût de chêne neuf. Une synergie de conditions pour l'avènement d'un vin de garde.

Brillante robe pourpre aux reflets rubis. Nez assez intense et complexe de cassis, de myrtille, de prune noire, de violette et de poivre blanc. S'affine après aération sur une note balsamique. La bouche est charnue mais imprégnée d'une belle fraîcheur, les saveurs sont identiques à l'olfaction. Les tanins sont denses et poudreux, ils donnent beaucoup de relief à l'ensemble. Une finale longue, aromatique et juteuse.


Un passage en carafe avant le service permettra d'amplifier l'expression de sa complexité aromatique tout en harmonisant sa matière. Température conseillée de service à 17° en raison de sa structure tannique marquée. L'associer à un plat local nommé le Frésinat, savoureux ragout de viande de porc semble judicieux. Ce vin peut être de plaisir immédiat, son olfaction dans un registre fruité et sa fraîcheur lui laissent néanmoins espérer une garde d'encore cinq ans. 


mardi 2 juin 2020

COTEAUX VAROIS EN PROVENCE encore et toujours

Certains vins ont parfois le don de produire des déclics quand tout voudrait aller moins bien sans raison apparente et/ou quand la motivation semble vouloir flancher... Cette période d'isolement introduit inconsciemment du doute et des doutes chez tout un chacun... D'un avis personnel, mieux vaut les balayer car ils sont dans la plupart des cas plus contextuels qu'avérés. L'adaptabilité et la réactivité comme leitmotivs d'un espoir mérité par tous... Passé ce petit épisode philosophique, revenons-en justement aux vins qui pour beaucoup ne peuvent qu'aider à philosopher encore plus sur la philosophie, un produit libérateur de conscience et guide d'esprit...

J'ai déjà eu deux fois (article 1, article 2) l'occasion de vous parler en mes ballades virtuelles de vins issus de l'appellation COTEAUX VAROIS EN PROVENCE, une des provençales dans laquelle je trouve de la qualité et qui ne bénéficie pas, toujours à mon goût, de l'aura méritée en rapport à de beaux produits dans l'ensemble. Ce vignoble peut être considéré comme le plus continental des vignobles provençaux. En effet, coincé entre les massifs montagneux et de nombreuses collines, il oscille à une altitude moyenne de 350m. Le climat reste bien évidemment méditerranéen mais les nuits y sont plus fraîches, phénomène très favorable à une maturité optimale des raisins. Une majorité de la production est orientée de manière écrasante vers les rosés (90%), dont certains ont vraiment de la qualité (l'article 1 fait la peinture d'une belle cuvée). Il parait néanmoins difficile de ne pas parler des vins rouges. Ils représentent certes 8% de la production mais pour en avoir dégusté quelques uns, je puis vous certifier que la qualité est systématiquement au rendez-vous, la régularité et l'équilibre des vins également. Une nouvelle dégustation ce jour, lors de mon pèlerinage du moment, d'un domaine que je ne connaissais pourtant pas au préalable me l'a encore confirmé.

Le DOMAINE DE RAMATUELLE se trouve à Brignoles et pas à Ramatuelle les pieds dans l'eau... Une fois la cocasserie écartée, il convient de souligner que nous sommes comme souvent sur une histoire multi-générations (la quatrième de la famille LATIL depuis 1934). Une diversité étoffée de cépages permet des productions originales et stylées. Un soin très particulier est apporté à la conduite du vignoble (domaine certifié HVE) ainsi qu'aux vinifications. Comme précisé plus haut, je ne connaissais pas ce domaine jusqu'à ce matin mais je ne manquerai pas de déguster le reste de la gamme afin de confirmer une telle bonne impression.

VIN ROUGE
France / Provence / AOP Coteaux Varois en Provence
Domaine de Ramatuelle (83170 Brignoles)
Bienfait de Dieu
Millésime 2015
13,5%
Cépages: Syrah, Mourvèdre, Carignan, Cabernet-Sauvignon

L’œil discerne une profondeur brillante oscillant de manière mystique entre le pourpre et le grenat. Le nez est en mode dévotion à une richesse d'odeurs de mûres, de cassis, d'olive noire et de cacao amer. La complexité est confirmée avec l'apparition de poivre blanc après aération. La bouche se confesse d'entrée de manière charnue, une vraie et belle matière vient caresser toutes les parois de la bouche, une aromatique réellement fidèle aux premières perceptions formant une association spirituelle avec des tanins denses mais soyeusement annoblis par le temps. Pieusement fidèle, la fraîcheur est toujours là sur une finale d'une belle longueur mêlant les épices et le cacao. Un souvenir tel un recueillement...
      
Accord idéal: brochettes d'agneau à la provençale


mardi 5 mai 2020

GAILLAC encore

La période que nous vivons est difficile pour tout le monde. La filière viticole n'échappe pas à cette crise et se voit même durement touchée. La vigne certes continue et nos viticulteurs s'affairent tous dans leurs parcelles, le commerce marche tant mal que bien avec des fortunes diverses de l'un à l'autre, l'incertitude est néanmoins au centre de toutes les réflexions. La période qui va venir va nous réserver pour l'instant un petit peu plus de liberté et je fais le vœu que nos producteurs voient leurs activités commerciales repartir également. Qu'il ne soit pas oublié que nous avons de belles productions de vin en France et que nos concitoyens retrouvent le goût du local, de leur local... Du vin français pour tous les français!

J'ai donc choisi de me recentrer ce jour sur une appellation bien de chez moi (du moins la plus proche de chez moi) pour faire honneur à un domaine que j'ai certes découvert sur le tard au point de me laisser des regrets de ne pas m'y être intéressé avant. Nous sommes en plein cœur de l'appellation GAILLAC. Il y a presque trois ans jour pour jour j'avais écrit un article mafoi synthétique sur cette région viticole mais qui plante bien le décor (le relire). Que dire sinon que la vigne a toujours existé dans la région de Gaillac et ce bien avant notre ère, et que plus près de nous c'est une tradition vieille depuis presque mille ans!! Gaillac, c'est sept appellations différentes avec tous les styles de produits du vin: blanc sec, blanc perlé, blanc doux, rouge, rouge primeur, rosé, effervescent méthode ancestrale, effervescent méthode traditionnelle... Les cuvées de tous les jours côtoient des vins complexes et de grande garde, les blancs doux peuvent regarder droit dans les yeux les appellations les plus huppées de notre Sud-Ouest, la méthode gaillacoise pour les fines bulles a un charme incomparable. Il y a forcément un vin de Gaillac à votre goût et qui vous correspond!

Le DOMAINE ROTIER est implanté sur la rive gauche du Tarn, majoritairement sur la commune de Cadalen, située à mi-distance entre Gaillac et Albi. 35 hectares d'exploitation sur des sols à forte dominante de graves. Une suite familiale de près de cinquante ans qui a toujours conservé une taille humaine et le goût pour les choses bien faites. Pour plus de détails, je vous invite à visiter leur site dont je vous glisse le lien sous la bouteille, je le trouve complet et tout un chacun y trouvera toutes les informations qu'il veut en fonction de ses dadas. Pour compléter, le domaine est certifié en BIO depuis 2012 et s'inscrit dans des démarches de réduction de l'utilisation des sulfites. Pour finir, je présente ce soir un vin rouge mais je ne vous cache pas que j'ai aussi eu un réel coup de cœur pour des vendanges tardives en blanc.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / AOP Gaillac
Domaine Rotier (81600 Cadalen)
Les Gravels
Millésime 2016
13%
Cépages: Duras (45%), Syrah (25%), Braucol (Fer-Servadou) (15%), Cabernet-Sauvignon (10%), Prunelart (5%)

Une robe encore pourpre avec quelques reflets violine, probablement moins soutenue néanmoins qu'en sa prime jeunesse. Effluves nettes et franches de fruits noirs, de la mûre et de la myrtille. Un rien végétal aussi avec un petit côté feuille de cassis. La deuxième intention permet une rencontre chaleureuse avec le poivre noir. Belle complexité! Une entrée en bouche vive déployant une énergie réellement salivante. Des tanins souples et soyeux se fondant parfaitement dans un ensemble fruité et gouleyant. Il prend congé sur une belle longueur corrélée d'une fraîcheur le rendant ultra digeste.
Sa belle fraîcheur lui permettra de traverser encore quelques années en cave.
      
Accord idéal: un steak tartare

lundi 27 avril 2020

COTE ROTIE encore

En ces temps aussi incertains qu'empreints de manque de vie sociale, on ne peut que se remémorer des souvenirs sensoriels. Ceux qui nous mènent l'espace d'un instant sur le sentier des rêves et qui surtout continuent de faire vivre cette passion, celle qui nous mord tous les jours un peu plus jusqu'à se livrer complètement à elle. Les dégustations "de prestige" sont certes rares mais elles laissent toujours des souvenirs impérissables. Quand en plus un de mes cépages chouchous est à l'honneur, c'est un éphémère alignement des planètes...

Souvenez-vous, il y a quelques mois je vous présentais l'appellation COTE ROTIE (relire l'article), le vignoble le plus septentrional d'une passionnante partie nord de la VALLEE DU RHONE où la SYRAH règne en maîtresse. Ayant la fois précédente fait un petit focus, je ne me perdrai pas à nouveau dans le descriptif, je confirmerai juste qu'une part de VIOGNIER (souvent complanté sur les mêmes parcelles) est autorisée dans l'assemblage des vins de cette appellation. Une dimension minoritaire mais cela a le mérite d'exister et cela donne souvent des expressions différentes, comme nous pourrons le voir par la suite dans la dégustation.

YVES CUILLERON est désormais établi depuis une trentaine d'années, reprenant le flambeau de ses prédécesseurs familiaux comme il est de coutume dans le monde de la vigne. Des parcelles localisées à plusieurs points de ce Rhône Nord pour un total de 75 hectares composent son outil productif. De la vigne à la cave, tout est soigné et millimétré, l'impact de chaque action et de chaque apport est méticuleusement évalué, nous sommes là dans une démarche très respectueuse à la fois de la vie de la plante, de la biodiversité, de la limitation des intrants et de la priorisation de fermentations sous l'effet de levures indigènes. A noter, certains vins ne subissent un égrappage que partiel, idéal pour la complexité qui suit généralement et probablement pour la fraîcheur des vins. Après le meilleur moyen d'apprécier le résultat de ce méticuleux, déguster des cuvées de Mr Yves Cuilleron est toujours riche d'enseignements.

VIN ROUGE
France / Rhône Nord / AOP Côte Rôtie
Cave Yves Cuilleron (42410 Chavanay)
Bassenon
Millésime 2016
13%
Cépages: Syrah (90%), Viognier (10%)

Une robe brillante oscillant entre le rouge vif et le violacé, entre le clair et le soutenu, la vue d’œil est à elle seule une première énigme. L'olfaction en est clairement une deuxième. Une franchise immédiate très forte mêlant cerise, framboise, mûre, myrtille, un complexe élégant souligné par des notes poivrées et fumées. Après aération, le charme marque des points de plus sur une variation florale assez agréable. Une attaque en bouche marquée par la fraîcheur laisse place à une ascension des saveurs précitées, un ensemble voluptueux sur des tanins encore un rien serrés mais qui devraient formidablement évoluer avec l'âge. Un souvenir, d'un positif "un peu de tout", immortel comme si on ne devait jamais en terminer. Une nouvelle fois envie de fermer les yeux et de songer.
L'attendre quelques années de plus en cave ne serait en rien un sacrilège.
      
Accord idéal: une épaule d'agneau farcie aux pruneaux

lundi 20 avril 2020

SAINT CHINIAN encore

Saint Chinian, absolument grand! Voici un des slogans fréquemment utilisés pour la promotion des vins de ce coin de France qui m'est de plus en plus cher... Ma sorte de référence, ma madeleine de Proust... Cela va même plus loin, quand on me parle des vins du Languedoc, que ce soit en France ou à l'étranger, une des réponses spontanées qui me vient est Saint Chinian... Des émotions que j'ai envie de transmettre, des paysages que j'ai envie de raconter, Saint Chinian. Une anecdote sur un domaine ou un producteur, Saint Chinian encore. C'est ainsi et cette histoire ne changera pas et mieux l'idylle va se poursuivre en mariage à vie je pense. Comme qui boit du Saint Chinian vit jusqu'à cent ans, j'ai encore de grands plaisirs sensoriels en attente et d'histoire à vous raconter. J'arrête de vous inonder de répétitions (rires).

Il y a quelques semaines, j'avais écrit un article vous expliquant de manière synthétique les éléments caractéristiques de cette appellation. Je ne peux que vous inviter à le relire. Je précisais notamment que malgré la prépondérance des rouges à 90% de la production, l'on pouvait trouver aussi ici de bien belles cuvées de vins blancs avec même de très beaux résultats en matière de complexité. La bouteille du jour en est un et elle démontre à la fois l'excellence des terroirs locaux, la magie de l'assemblage de différents cépages (relire un article sur le principe des assemblages réussis) et tout le savoir faire de ses producteurs. Ici chaque cépage est choisi pour sa qualité, l'ampleur du grenache blanc, l’exubérance aromatique de la roussanne (mon cépage chouchou) et la tension du vermentino. La macération pelliculaire utilisée permet une extraction plus forte des arômes et l'élevage en contenants assez grands de chênes neufs de l'Allier lui confère une richesse certaine.

Le CHATEAU COUJAN est situé dans une commune voisine de la grande ville de Béziers, à Murviel plus précisément. Un espace immense au milieu d'un écrin naturel sans pareil, établi sur un ensemble de coraux fossilisés. En résulte donc des sols exceptionnels pour la culture de la vigne. Un peu plus de cinquante hectares sont dédiés à la culture du raisin, d'autres cultures viennent compléter l'activité du domaine. La conversion en agriculture biologique date de 2008, l'exploitation est bien sûr désormais certifiée. Une grosse dizaine de cépages différents permettent de produire une gamme assez riche et variée de vins rouges, de vins blancs (secs et doux), de vins rosés et même une boisson spiritueuse. Pour avoir pu déguster trois cuvées du domaine, dont j'ai apprécié la personnalité, je peux vous garantir que ma prochaine virée connaîtra une étape dans le caveau de ce domaine.     

VIN BLANC
France / Languedoc / AOP Saint Chinian
Château Coujan (34490 Murviel-les-Béziers)
Cuvée Bois Joli
Millésime 2018
13,5%
Cépages: grenache Blanc (51%), roussanne (37%), vermentino/rolle (12%)

Brillant jaune auréolin en guise d'accueil visuel. Des odeurs fines, élégantes et charmeuses s'échappent peu à peu du verre, la pêche blanche, le cédrat et l'ananas donnent une réplique parfaite à une note empyreumatique faite de vanille et de pain grillé. D'une grande diversité, la magie a déjà opéré. La bouche est d'un volume estimable, d'une tension juste ce qu'il faut vivifiante avec une joyeuse déclinaison des flaveurs décrites plus haut qui se font suite. La note vanillée qui se prolonge à l'envi constitue un impeccable bouquet final. Un vin blanc complet et complexe, formidablement bien vinifié. Indubitablement taillé pour la gastronomie!

Accord idéal: une bourride à la sétoise


jeudi 16 avril 2020

CHAMPAGNE encore

Le vin effervescent de CHAMPAGNE est encore trop souvent associé aux occasions spéciales, notamment aux événements festifs. C'est pour moi un cliché qu'il conviendrait de casser... Pourquoi ne pas apprécier ce breuvage si spécial de manière plus optimale et surtout souvent mieux accordé que sur le banal dessert que l'on doit engloutir alors que souvent la satiété a sonné le glas bien avant... Donc oui je le redis, les vins de CHAMPAGNE ne sont pas consommés comme il se doit dans une trop grande majorité de cas.

Cela revient presque à oublier les sacrifices bien plus longs consentis par les producteurs de cette région afin de pouvoir régaler nos bouches par cette fine pétillance finale.
J'y reviendrai plus en détail lors d'un prochain article, vu que je l'espère et malgré les événements du moment, cette année 2020 nous permettra de déguster de bien belles choses en matière de produits effervescents (je ne parle pas des divers sodas bien entendu!).

Mais sachez de manière synthétique, que les vendanges sont obligatoirement manuelles afin de préserver le raisin et effectuer un premier tri visuel. Le pressurage est aussi un moment clé, un pressurage lent. Ensuite viennent les fermentations, une première traditionnelle qui donne un vin tranquille et la fameuse seconde fermentation en bouteille (après adjonction de levure et de sucre) qui donne aux vins de Champagne, cette effervescence caractéristique et sans nulle autre égale. Seconde fermentation durant laquelle les vinificateurs doivent agir tous les jours pour tourner les bouteilles (remuage), à l'issue de laquelle a lieu l'opération de dégorgement (je ne m'attarde pas dessus) et enfin éventuellement un dosage (ajout de sucre) comme opération finale de production si on exclut le bouchage et l'habillage. Il s'est passé largement plus d'un an et parfois beaucoup plus... C'est dire si les vins de Champagne ne méritent vraiment pas de souffrir de quelques comparaisons malhabiles que certaines personnes peuvent parfois faire. Un CHAMPAGNE BLANC DE BLANCS est tout simplement un Champagne produit uniquement à partir de raisins blancs, de manière quasi exclusive avec des raisins de Chardonnay.

Tout le monde connait les grandes maisons de Champagne mais je trouve que nous ignorons parfois trop les petits propriétaires récoltants, à la tête d'exploitations certes plus modestes mais relativement plus attachés à la typicité et à la qualité de leurs produits, et pour moi c'est aussi très souvent l'occasion d'y trouver des styles différents avec des impressions gustatives plus authentiques. Dans ma vadrouille devenue tradition au salon de l'agriculture à Paris en Février, j'ai souhaité rencontrer quelques uns des ces petits (sans aspect péjoratif aucun) producteurs afin aussi de continuer à progresser dans la dégustation de vins effervescents car je l'avoue très humblement ce n'est pas forcément toujours mon exercice préféré. Le Champagne MARINA D. est une exploitation de sept hectares située dans la Vallée de la Marne. Un collectif réduit travaillant de manière vraiment plus que familiale oeuvre toute l'année sur toutes les facettes que peut offrir le métier de la vigne à la cave, puis à la vente. Cette polyvalence et ce véritable travail d'équipe sont sans nul doute les clés d'une force. Car les résultats sensoriels à la dégustation sont très flatteurs. Je mets aujourd'hui en avant la cuvée millésimée Blanc de Blancs (qui n'est pas produite toutes les années, en fonction du potentiel de la vendange) mais j'aurais tout aussi bien pu choisir deux autres produits que je conserve en mémoire pour les prochains articles. Formidable découverte. A noter pour finir, que l'exploitation est certifiée Haute Valeur Environnementale depuis 2017. 

VIN EFFERVESCENT
France / Champagne / Blanc de Blancs Millésimé
Marina D. (51700 Vandières)
12°
Cépages: Chardonnay (100%)

Une robe or gris à n'en pas douter malgré les lumières artificielles du dessus. De fines et harmonieuses bulles d'une blancheur immaculée font un mouvement ascendant régulier. L'analyse olfactive nous oriente vers des agrumes confits (citron, orange) et des fleurs de tilleul. En cherchant mieux nous retrouvons quelques notes pâtissières et de caramel au lait, d'une grande finesse. Entrée en bouche vive mais sans agression aucune, donnant une tonalité fraîche à un édifice onctueux partagé entre une aromatique toujours très orientée vers les fruits confits et une mousse légère qui rehausse la gourmandise. La note finale est tout aussi friande et prolonge votre plaisir. 

L'accord idéal: Langoustines rôties au citron


samedi 11 avril 2020

IROULEGUY encore

Il y a quelques temps déjà, je vous ai présenté le vignoble d'Irouléguy (pour mémoire). Ce vignoble qui tutoie les Pyrénées et dont l'altitude oscille entre 250 et 450 mètres peut néanmoins être qualifié de vignoble de montagne dans le sens où la majorité des vignes goûte à la vie sur des terrasses. Cette contrainte de relief contribue à rendre le travail plus difficile et demande plus de précision à tous les stades. 250 hectares répartis sur une quinzaine de communes. Petit périmètre donc mais diversité de sols, des plus légers au plus lourds, conférant ainsi à chaque parcelle un aspect vraiment unique. Un climat fort logiquement océanique mais avec quelques influences montagnardes. Les vins y sont néanmoins tous très expressifs et à divers degrés de puissance.

Comme évoqué ci-dessus, les contraintes de relief requièrent une grande précision dans le travail. C'est vrai tout au long des années et des opérations liées du plant de vigne jusqu'au vin mais c'est encore plus prépondérant au moment des vendanges... Choisir le bon moment et cette fameuse maturité œnologique, notion certes tout à fait théorique, mais qui permet de tenir compte de divers éléments en fonction du potentiel des ensembles mais aussi et surtout de tout mettre en oeuvre pour produire le type de vin recherché. Une sorte de point d'équilibre dont le calcul tient autant de la science que du savoir faire. Une fois ce raisin frais vendangé, à la main toujours ici, c'est un marathon qui commence. Nul n'ignore la propension du raisin à s'oxyder rapidement une fois ramassé, surtout si les températures extérieures sont assez chaudes... Il convient donc d'aller assez vite vers l'endroit où il sera procédé aux premières opérations. La protection de la vendange est un enjeu majeur pour prévenir tout phénomène qui serait irréversible. Encore beaucoup de producteurs utilisent ce que l'on appelle communément les SULFITES (dioxyde de soufre). Les sulfites sont un conservateur très utilisé dans l'agroalimentaire, ils sont employés dans les vins quasiment depuis toujours dans le sens où les Romains faisaient déjà usage de soufre pour conserver leurs vins. Le sulfitage de la vendange dès son arrivée en cave permet de maîtriser la population bactérienne sans affecter les levures et donc la fermentation alcoolique qui fera du raisin un vin... Un cadre légal limite l'utilisation de ces sulfites et de plus en plus de vinificateurs font le choix de ne pas y avoir recours. C'est un choix à la fois personnel et/ou dicté par des nouvelles tendances de consommation quand on veut des produits "sains" (certaines personnes étant intolérantes). Pour l'aspect légal, veuillez noter que la mention obligatoire sur la présence de sulfites n'est obligatoire qu'à partir de 10mg/l dans le vin. Le vin du jour est un de ces vins produits sans utilisation de soufre...

La CAVE D'IROULEGUY est un ensemble coopératif mais plus je parle avec des gens qui la représentent ou la connaissent, plus j'ai l'impression que c'est plutôt une grande famille, quoi de plus logique dans notre paysage viticole et quoi de plus logique dans un pays où les valeurs humaines sont exquises. Des producteurs passionnés qui unissent autant la force que le savoir faire afin de délivrer les raisins les meilleurs en vue de la vinifications de vins rouges, blancs et rosés au charme singulier. Une gamme qui permet une belle aventure sensorielle dans tous les cas, et même si nous parlons d'une cuvée rouge ce jour, je reviendrai très prochainement sur une cuvée blanche car j'ai vraiment le sentiment que les blancs d'Irouléguy n'ont pas l'aura qu'ils méritent auprès des oenophiles. Pour ma part, je suis tombé sous leur charme...

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / AOP Irouléguy
La Cave d'Irouléguy (64430 St-Etienne-de-Baïgorry)
GABE (cela signifie SANS tout simplement, en référence à sans sulfites ajoutés)
Millésime 2019
13,5%
Cépages: Tannat (65%), Cabernet-Franc (35%)

Une robe très profonde mais avec la nostalgie de sa jeunesse par des reflets violines. Une perception nasale instantanée et totale de fruits (cerise noire d'Itxassou, framboise sur-mûrie, prunelle du Baztan). Formidable éveil des sens. En bouche, voluptueuse association de tanins soyeux enrobés par une structure aromatique toujours aussi pléthorique. L'histoire est loin d'être terminée, les fruits se rappellent à nous de manière infinie sur un registre désaltérant. Un vin à boire typiquement sur sa jeunesse pour la pureté de son fruit. Egarri naiz!   
Accord idéal: Un parmentier de veau dans lequel on aura fait fondre quelques fines tranches de fromage Ossau-Iraty


dimanche 5 avril 2020

VIN DE FRANCE encore

Vin de France... Voilà un terme que vous voyez de plus en plus apparaître sur les bouteilles. Un point de précision s'impose afin de donner sa juste valeur à cette classification. Il est à noter que ce fut la France qui fut à l'initiative d'une législation des vins par catégories. Cette classification juridique sert aujourd'hui de fondement à la législation des vins de la communauté européenne. Cocorico donc!
L'appellation VIN DE FRANCE est le grade de classification le moins élevé dans la hiérarchie. Anciennement ces vins étaient appelés VINS DE TABLE. Leur indication géographique n'est pas obligatoire et donc pas toujours indiquée. Ces vins peuvent être issus de régions, millésimes, vins différents. Mais ils peuvent aussi afficher millésimes et/ou cépages.
Grade de classification le moins élevé ne veut pas forcément dire en bas de l'échelle de qualité. Il n'est même pas rare que les meilleurs ou ambitieux producteurs se lancent dans l'élaboration de vins sous la bannière VDF en parallèle de leur production phare, pour détourner les cahiers des charges pour trop stricts des AOP et/ou IGP. L'autre but peut être de mettre en lumière des cépages inattendus à certains endroits ou certains excellents cépages vinifiés seuls. Souvent des producteurs authentiques en recherche de produits originaux montrant à la fois l'excellence de leurs terroirs et l'ampleur de leur savoir-faire. C'est le cas de notre vin d'aujourd'hui. Un vrai Languedoc issu du territoire de l'AOP Faugères. Mais en VDF car 100% Cinsault et n'obéissant de fait plus aux critères pour rentrer en AOP. 

Le CINSAULT est un cépage français méridional. Lui aussi subit un étiquetage parfois un peu péjoratif avec succès car il est souvent associé à certains vins rosés un peu standardisés voire insipides... C'est mal connaître le formidable potentiel de ce cépage délicat qui quand sa productivité est maîtrisée à de faibles rendements produit des vins charmeurs et à l'aromatique raffinée. Les producteurs les plus visionnaires ne s'y sont pas trompés et depuis quelques années ont inclus dans leurs gammes des cuvées rouges de monocépage Cinsault. Notre producteur du jour a donc fait un excellent choix car ce cépage apprécie particulièrement les sols de schistes. Des vins certes faciles (sans aucune vision négative) mais qui sauront séduire un public plus large et venir sublimer des plats qui bien que légers appellent des vins rouges.

Le MAS ONESIME est une exploitation viticole située dans l'arrière-pays de l'Hérault, sur le territoire d'une appellation qui monte petit à petit dans le cœur des amateurs: Faugères. Une histoire de presque cent ans de culture de la vigne et ayant animé plusieurs générations, d'abord dans le système coopératif puis désormais en indépendant. Des sols majoritairement schisteux permettent de produire une gamme de vins tout aussi expressifs que subtils. Côté méthodes, tout est dans la limitation pour avoir un plus grand respect de la vigne jusqu'à la bouteille. C'est donc tout naturellement que le domaine concourt au label agriculture biologique. Des vins qui méritent d'être connus et pour certains absolument faire un séjour dans votre cave afin de bonifier leur qualité.

VIN ROUGE
France / Languedoc / Vin de France
Mas Onésime (34480 Cabrerolles)
Le Cinsault
Millésime 2019
14,5%
Cépages: Cinsault (100%)

Première sensation sur un vermillon assez clair mais scintillant. Éloquence nasale sur un bol de framboises juste ramassées, quelques groseilles et un bouquet de thym. Une note de poivre blanc en mode positivement pudique permet d'enrichir l'ensemble. Estimable friandise dès l'entrée en bouche, littéralement comme si on croquait directement les fruits évoqués au préalable. Une chair ronde et coulante encadrée par des tanins les plus soyeux. Somptueuse et coquine finale sur le fruit consolidant une persistance gustative sur la tendresse et l'élégance.  

Accord idéal: des côtelettes d'agneau grillées au thym et au romarin


jeudi 2 avril 2020

CORBIERES encore

Un peu moins de temps pour écrire ces jours-ci. L'isolement ne conduit pas forcément à l'ennui ou à l'inactivité, et à la limite tant mieux. Ne nous privons pas non plus de nouvelles belles découvertes et de partages de sensations. Après avoir présenté une première fois l'appellation CORBIERES presque trois ans en arrière, je trouve que j'ai presque attendu trop longtemps avant de vous présenter un nouveau produit issu de cette région viticole pourtant très riche (à l'image de toutes ses voisines languedociennes ou presque). J’étofferai dans un prochain article plus de spécificités sur les terroirs de cette partie de mon département voisin, les occasions seront légion.

Pourquoi la bouteille du jour me direz vous... Je fais un petit retour en arrière, en Février plus précisément. Comme je l'ai souvent écrit ici, nous avons tous nos petits "dadas", nos petites préférences pour telle ou telle appellation, tel ou tel cépage... C'est pour moi la notion de sensibilité, et elle est ô combien importante dans cette passion de la dégustation et de la découverte. Donc, lorsque j'arrive sur un événement consacré aux choses du vin et qu'il y a des espaces de dégustation libre, je ne peux m'empêcher en deux temps de tremper mes lèvres en priorité sur les produits à dominante de cépage Roussanne pour les blancs et de cépage Syrah pour les rouges. Question de goût probablement, ce sont mes deux cépages préférés. Alors oui j'y perds sûrement une part de mon objectivité mais quand le plaisir est au rendez-vous on ne saurait le faire attendre plus longtemps... Et dans la petite série de six vins blancs dégustés en première intention ce jour là, celui-ci m'a vraiment touché par sa personnalité.

Le CHATEAU DE CARAGUILHES est un des gros domaines de l'appellation. Avec plus de 130 hectares à exploiter sur un un ensemble de près de 600 hectares de monde naturel, l'on ne peut saluer que le défi qui est celui des acteurs du domaine de continuer à travailler avec une philosophie d'extrême respect de la vigne et du terroir dans lequel ils s'inscrivent. La gamme est assez étoffée et chaque amateur y trouvera son bonheur à travers des rouges, des blancs et des rosés, tous d'expressions différentes mais toujours avec cette petite personnalité qui les rend uniques. La région étant un décor magnifique, n'hésitez pas à aller vous perdre dans ce coin encore un peu sauvage et préservé pour partager un bon moment de dégustation.

VIN BLANC
France / Languedoc / AOP Corbières
Château de Caraguilhes (11220 Saint-Laurent-de-la-Cabrerisse)
La Font Blanche
Millésime 2018
13,5%
Cépages: Roussanne (65%), Marsanne (20%), Grenache Blanc (15%)

Un visuel qui vous rappelle le foin bronzant au soleil. Un nez aussi riche que sensuel bâti sur des nuances d'abricot, d'amande, de pêche, de mandarine et de poivre blanc. Un soupçon iodé quand vous agitez votre verre, signe de complexité. La bouche est un estimable meli-melo de sensations, une belle matière qui allie de manière triple le gras, la fraîcheur et les saveurs. Nous y retrouvons sur le registre bien mûr ces agrumes à peau orange pour animer un concert qui se prolonge à l'envi et se termine sur un amer noble.

Accord idéal: une daube de poulpe cuisinée au vin blanc


dimanche 29 mars 2020

FRONTON encore

En cette fin de semaine, toujours d'isolement, nous allons demeurer non loin du domicile, même pour les choses du vin. Mais contrairement à l'époque que nous vivons, rester dans la proximité des appellations qui m'entourent (Fronton, Gaillac) n'a rien d'une affliction.

FRONTON, donc, appellation à cheval sur les deux départements que sont la Haute-Garonne et le Tarn-et-Garonne. Des styles bien particuliers et assez variés sur les cuvées rouges et rosées (qui pour l'heure sont les deux couleurs autorisées dans le cahier des charges de l'appellation) mais une part de vins blancs (secs et doux) sont en train de se frayer un petit chemin, bâtis qu'ils sont sur des cépages bien connus pour l'extrême majorité et de manière plus confidentielle sur un cépage nommé Bouysselet. Ces vins sont donc étiquetés en IGP (très souvent Comté Tolosan) ou VDF. Sur ces blancs de Fronton nous reviendrons... Sur les vins rouges et rosés, la NEGRETTE est le cépage dominant et il est de plus en plus monnaie courante de la trouver vinifiée en monocépage, avec il faut bien l'admettre de belles réussites. Je vous invite à relire deux articles parus en ces colonnes afin d'approfondir des détails sur les vins de Fronton. ARTICLE 1 // ARTICLE 2

Le CHATEAU BOUJAC est une exploitation viticole d'une trentaine d'hectares située à proximité des frontières départementales. Une production diversifiée sur les trois couleurs avec logiquement une part plus importante sur la vinification de raisins noirs. Depuis 2008, les propriétaires ont fait le choix d'un cheminement raisonné et se sont orientés dans la démarche Bio. Le domaine est désormais certifié depuis 2012. Sans mentir, je ne connaissais le domaine que de nom, j'ai pu le découvrir lors du dernier salon Millésime Bio à Montpellier et il y a fort à parier que je me rendrai dès la carte blanche de tout motif retrouvée, j'irai pousser la porte du caveau...

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Fronton
Château Boujac (82370 Campsas)
Kelina
Millésime 2018
13%
Cépages: Négrette (100%)

Avènement visuel sur un carmin brasillant et se parant de reflets laissant penser à un volcan en irruption. Effluences graciles de fraise des bois, de cerise bigarreau et de prunelle. Un léger accouplement avec l'oxygène plus tard, l'on y subodore une délicate note d'eucalyptus. Tout au long du passage en bouche, la notion de totale harmonie prédomine. Une belle puissance aromatique sur un extrême velouté. Des tanins assez suaves qui épousent à merveille une acidité fine et délicate. Longue confession finale sur un doux registre de réglisse de Zan.

Accord idéal: un morceau de saucisse de Toulouse grillée accompagnée d'un gratin de macaronis