dimanche 23 décembre 2018

GEVREY CHAMBERTIN

Ce blog va bientôt souffler sa deuxième bougie et il parait hallucinant voire presque navrant de ne pas trouver encore de lecture sur une cuvée rouge de Bourgogne. Je dois bien avouer que malgré que j'aime bien acoquiner ma bouche avec les productions de cette région, malgré que j'en reconnais l'indéniable qualité, je ne suis pas le plus grand fanatique... Sensibilité quand tu nous tiens!

Gevrey Chambertin est une des nombreuses appellations de l'espace viticole bourguignon. Pour la situer, vous la trouverez dans la partie quasiment la plus au Nord de la Côte-d'Or, que l'on appelle Côte de Nuits. Comme partout en Bourgogne, le cépage rouge roi est ici le Pinot Noir, dans une expression si particulière qui le rend sensoriellement passionnant.

Aujourd'hui une cuvée dégustée dans une cave parisienne qui met en avant des petits producteurs qui font le pari de l'authenticité, du raisonnable et de la qualité.  

VIN ROUGE
France / Bourgogne / Gevrey-Chambertin
Domaine Dominique Gallois (21220 Gevrey-Chambertin)
Millésime 2015
13%
Cépages: Pinot Noir (100%)

Robe d'un pâle semblant opalin. Joli dégradé dans les parfums au nez. Cerise, framboise et groseille représentent le fruit. L'églantine lui donne un côté floral. Si l'on recherche la complexité minérale l'on y perçoit une effluve faisant hésiter entre la suie et la terre. Un CDI de complexité est signé d'emblée. L'intensité du fruit est pénétrante en bouche et lui confère un aspect longiligne qui est partagé entre acidité salivante et trame tannique craquante. De bout en bout pulpeuse, elle reste à un haut niveau d'équilibre et d'harmonie comme on l'attend dans un vin bourguignon. La finale est vivante et aérienne laissant cerise et terre humide se rappeler à votre bon souvenir. 2015 signe encore une belle réussite dans une autre région.

Accord idéal: casserole de ris de veau et cèpes


Boire et Manger - Noël 2018

La période de Noël est très souvent le théâtre du plus grand brainstorming mets-vins... Je ne pouvais donc pas demeurer en reste.

Je me suis efforcé de suggérer quelques associations en fonction de cuvées toutes commentées ici.

Pour le reste et comme je me plais à le répéter il n'y a pas de règles vraiment établies et comme je l'écris partout sur mon blog, le vin est question de sensibilité, donc chacun la sienne et surtout à chacun de débattre avec ses convives. Le plus important dans tout cela reste: LE PLAISIR

SALADE CRABES-CREVETTES
IGP Ariège
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DÉCLINAISON CHAUD/FROID DE CANETON
AOP Côtes du Roussillon Les Aspres
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COTE DE BŒUF EN CROUTE DE SEL
AOP Châteauneuf du Pape
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SOUFFLE AU COMTE
AOP Fronton


VERRINE DE POT AU FEU DE POISSONS
Vin de France Chardonnay
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EFFILOCHE DE BOEUF EN MARINADE DE FRAMBOISE
AOP Saint Sardos
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CHAPON AUX MORILLES
IGP Saint Guilhem le Désert
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GÂTEAU AU CHOCOLAT CUIT DANS UNE ORANGE
AOP Luberon


LANGOUSTES AU FOUR EN SAUCE VIERGE, CITRON VERT ET GINGEMBRE
AOP Viré Clessé
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TERRINE DE SANGLIER EN CROÛTE
AOP Côtes du Rhône
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BŒUF WELLINGTON
AOP Cahors
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BÛCHE CHÂTAIGNES CHOCOLAT BLANC
AOP Collioure


FOIE GRAS POÊLE AUX ABRICOTS
AOP Chiroubles
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ROUGET AU LARD GRILLE
AOP Graves
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OIE FARCIE
AOP Madiran
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TRIO DE FROMAGES DES PYRENEES AU CHOIX
AOP Limoux

Soyez curieux de tous les vins que les tables vous réserveront ces prochains jours, c'est le meilleur moyen d'augmenter son plaisir.

jeudi 20 décembre 2018

LUBERON

Je me suis fait affubler d'être un peu "relou" dans les premières parties de mes écrits. De ne pas laisser assez de place et d'importance à l'approche sensorielle du vin. J'entends volontiers ces remarques et je vais faire en sorte d'aller à l'essentiel et à la bouteille. Cela me permettra aussi de vous partager des émotions à une fréquence plus grande.

Pour la faire courte, Luberon est une appellation méridionale qui est un parfait trait d'union entre les sous régions Rhône Sud et Provence. Comme dans ces deux régions, on trouve une multitude de cépages plantés, de terroirs et donc d'expressions avec un fort caractère en dénominateur commun.

Le vin du jour est un vin qui m'a immédiatement parlé lorsque je l'ai dégusté autour d'un instant convivial hier soir. Et pour cause, je l'avais goûté il y a quelques mois en arrière sur un salon. Pour moi, c'est une des illustrations même du vin de soif, de plaisir et de copains/copines.   

VIN ROUGE
France / Rhône Sud / Luberon
Le Temps des Sages (84240 Cabrières d'Aigues)
Le Temps des Valeurs
Millésime 2017
13,5%
Cépages: Syrah (80%), Grenache (20%)

Le vermillon qui l'habille est profond. Il sent bon le cassis, les mûres confiturées et la réglisse. Pour les fleurs mesdames, pensez à celles de ciste. Le cuir tanné en prélude à la complexité. Une bouche toute en chair, séduisant volume sauvage mais sans aucune lourdeur. La bouche est tonique avec des tanins un brin veloutés rappelant les fruits noirs et le cacao (très belle expression de la Syrah). La terminaison consiste en un sagace mélange de fruits (framboises) et d'épices (poivre de Sichuan). Concupiscence autour de cette cuvée et finalité de réjouissance.

Accord idéal: la terrine d'un lièvre ayant lutté dignement dans la Combe de Lourmarin


jeudi 13 décembre 2018

LIMOUX

Pour un quasi retour aux affaires après quelques semaines de silence, je vais montrer que je maintiens le cap en matière de pensées par rapport au vin. Oui je vais vous le répéter, je pense que le Languedoc-Roussillon concentre la plus grande richesse et une complète diversité en matière viticole dans notre pays voire dans le Monde. Le tout avec une qualité exponentielle au fil des annuités.

Comme certaines autres en ce coin sudiste, la zone proche de Limoux a pour elle d'être un véritable puzzle, que ce soit en matière de climats, de sols, de cépages et de produits. Quoi de mieux pour aiguiser la curiosité des amoureux de la cause de Bacchus. Nous sommes ici du côté le plus occidental du Languedoc (avec Cabardès et Malepère), à deux pas des Pyrénées qui me sont chères. L'altitude oscille entre 200 et 500 mètres. Les sols y sont de calcaire, de grès, de quartz et d'argile. 7800 hectares comme berceau de production (environ 1800 en appellation d'origine) sur 41 communes. La climatologie variée permet néanmoins de définir quatre terroirs distincts (Autan, Méditérannéen, Océanique, Haute-Vallée). Au rayon des cépages, citons Chardonnay, Chenin, Mauzac, Pinot Noir (uniquement autorisé en vinification en blanc et rosé pour les crémants) pour les blancs. Les autres Merlot, Cot, Grenache, Syrah, Carignan, Cabernet-Franc, Cabernet Sauvignon pour les vins rouges tranquilles. Donc belle palette de tous les éléments nécessaires à la vigne et au vin, comme exposé plus haut.

A Limoux donc, cohabitent cinq appellations d'origine protégée, trois sont consacrées aux vins effervescents (blanquette méthode traditionnelle, méthode ancestrale, crémant) et deux sont consacrées aux vins tranquilles (blanc, rouge). Cela nous donnera donc l'occasion de parler à nouveau et très rapidement de cette région à travers la découverte de nouveaux produits. Pour aujourd'hui nous nous dépenserons intellectuellement sur une cuvée tranquille blanche, monocépage de Chardonnay. Le cépage Chardonnay, ce caméléon déjà évoqué (seul ou accompagné) à trois reprises (#Chardonnay Day, Viré-Clessé, IGP Ariège) trouve dans les terroirs limouxins une source d'inspiration lui permettant de s'exprimer dans une grande partie de son répertoire d'ensemble, d'une manière nulle part ailleurs semblable. En étant un brin polisson, je me laisse même aller à dire que Limoux enfante les meilleurs chardonnays du Languedoc, pour une production entamée il y a une quarantaine d'années à peine. Une qualité au moins équivalente à des bons produits venus de Côte-d'Or. La production reste confidentielle mais à un niveau de qualité élevé.
Les réglementations liées aux AOP sont ici très strictes, on peut notamment pour les blancs tranquilles (et de manière pas complète) évoquer les vendanges manuelles obligatoires, fermentation et vieillissement (sept mois minimum) réalisés entièrement en fût de chêne (c'est même la seule appellation en Languedoc), remuage des lies. Il y a même une réglementation limitant la taille de la remorque permettant de transporter les raisins à la cave (3000kgs maximum).

Jean-Baptiste Fau représente la quatrième génération de vignerons qui président à la destinée du domaine qui nous intéresse aujourd'hui. 25 hectares de vigne situés en plein Terroir d'Autan, à une altitude moyenne et dans un climat frais humide. Des conditions optimales pour la production des vins typiques de la région. La production se répartit à 75% en vins effervescents et 25% en vins tranquilles. En vrai passionné qu'il est, épaulé comme il se doit ; et conscient des atouts de sa situation, de son terroir, et de la propension à la qualité des cépages qu'il utilise ; le vigneron fait en sorte de tutoyer tous les ans la perfection grâce à une volonté d'amélioration continue. Force est de constater que le potentiel est bien là et que les perspectives d'un bel avenir productif sont bien réelles. Nous en reparlerons! 

VIN BLANC
France / Languedoc-Roussillon / AOP Limoux Blanc
Maison JBF (11300 Magrie)
Le Clos Saint Michel
13,5%
Cépages: Chardonnay (100%)

Visuellement plus proche de la paille que du gilet, il scintille néanmoins plus par sa robe cristalline que ce que l'étoffe éblouit par sa bande réfléchissante. Le nez est mutin, véritable cortège d'arômes ou défilent en rangs serrés les agrumes confits par le front, les fruits tropicaux, les pommes bien mûres. Après agitation, l'attroupement est rejoint par l'anis, un magnifique triptyque boisé-grillé-vanillé fermant cette marche autoritaire. Véritable émeute en bouche avec une élégante bien que farouche bataille de sensations. Insurrectionnelle acidité trouvant pour juste adversaire un fruit rebelle. Équilibre global du combat aux prémices. L'ébullition atteinte connait une accalmie lorsque la sagesse vient se mêler du conflit par l'apport de finesse, d'élégance et de complexité (l'expérience du bois comme plus-value dans la dispute). C'est la lutte finale! Elle est bien  élancée et subversive, empreinte de poivre blanc. En résumé et pour calmer le jeu, le caractère généreux du Sud épouse une fraîcheur tout à fait septentrionale. De leur union, naquit un grand vin. 

Accord idéal: des gambas flambées




jeudi 1 novembre 2018

CAMPO DE BORJA

L'exercice de trouver des vins blancs restant tout à fait sur le fruit (et donc appréciables par tous les publics) tout en étant assez racés pour affronter des épreuves apéritives est souvent assez difficile. Toujours torturant de mettre tout le monde d'accord. Il faut bien dire que dans ce domaine Espagne et Portugal foisonnent de petites productions répondant totalement à la problématique ci-dessus. Cépages adaptés, terroirs chauds et vinifications adaptées sont probablement les trois clés de ces succès.

L'Aragon jouxte notre bonne vieille France par le nord-est de l'Espagne. Pour mieux vous le situer Saragosse en est la capitale. Viticolement parlant, cela vous parle probablement peu. Calatayud, Campo de Borja, Cariñena et Somontano sont les appellations d'origine contrôlée qui en font la renommée (pas sûr que cela vous parle plus mais absolument à découvrir). Le cépage Grenache y trouve un terrain de jeu de prédilection, il y est majoritaire et d'expression si particulière en ces terres d'altitude moyenne (de 400 à 800 mètres).

CAMPO DE BORJA est une appellation vieille de presque quarante ans (1980). Elle est géographiquement localisée dans le nord-ouest de la province de Saragosse à environ soixante kilomètres de celle-ci. Elle regroupe les producteurs dont les vignes sont situées sur le territoire de seize communes étalées en étoile autour de Borja. La superficie est assez importante avec presque 7000 hectares ce qui en fait une région de production intensive. Le climat est ici continental avec des hivers très froids et des été a contrario caniculaires. Le vent de cers venu tout droit du Moncayo voisin a un terrible effet améliorateur pour atténuer ces contrastes thermiques. Le cahier des charges accepte une multitude de cépages dont les plus courants en Espagne. Seul le Verdejo surprend ici...

Quand il pense Verdejo, l'amateur de vins du monde pense effectivement immédiatement à l'appellation Rueda. Il faut bien dire que c'est là son fief. S'adaptant bien aux conditions climatiques continentales, il doit son nom à la couleur de ses grains qui même à maturité optimale présentent encore un fort visuel vert. Quasiment toujours vinifié seul, il donne des vins généralement très aromatiques, corsés et riches en glycérols.

La cave coopérative Santo Cristo est la seule à cultiver ce cépage (6 hectares) dans cette région aragonaise. Fondée en 1945, cette production de blanc n'est qu'au second plan ici, les cuvées à base de Grenache tenant le haut du pavé. Des vins plutôt faciles d'accès pour toutes les bouches mais permettant de tenir en haleine les dégustateurs les plus avertis.

VIN BLANC
Espagne / DO Campo de Borja
Viñedos Santo Cristo (50570 Fuendejalon - Ainzon)
Millésime 2016
13,5%
Cépages: Verdejo (100%)

Entraînant à la méprise visuelle entre le foin séché et l'herbe fraîchement coupée. Noble sensation végétale retrouvée dans les narines avec un surplus olfactif très légèrement anisé. Il vient s'ajouter à des arômes fruités de citron vert, de poire et de kiwi. En l'invitant à la ronde dans le verre, il est transportant sur des sentiers tropicaux. L'acidité vivifiante garde tout le monopole dans la bouche conférant une indescriptible fraîcheur. Néanmoins on sent un ascenseur intéressant de corps en milieu de bouche. Une saveur supplémentaire de pamplemousse donne un peu de peps à l'ensemble et un noble amer de style amande clôture la relation.    

Accord idéal: la découverte des "huevos tontos" aragonais


vendredi 26 octobre 2018

CHIROUBLES

Il était tout à fait inconcevable que nous arrivions au troisième jeudi de Novembre et un événement à mon goût trop commercial sans avoir parlé de l'entière réalité viticole d'une région. On ne peut en effet pas limiter la viticulture beaujolaise à la seule production des médiatiques Beaujolais Nouveau (qui est pourtant un des vins les plus connus au monde). Cela serait faire abstraction des dix crus d'expression qui se partagent la partie nord de la région. Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour. Autant de noms qui entraînent les plus passionnés dans de belles rencontres mais qui sont encore trop méconnus du grand public. Quel dommage! Pourtant pas client des foires aux vins des enseignes de grande distribution, je me suis pourtant laissé tenter par l'achat d'un flacon, connaissant de nom le producteur et sachant son souci permanent de bien faire.

Croisement entre le Pinot et le Gouais, le Gamay, pourtant classiquement bourguignon est le principal instrument du succès beaujolais. Même s'il est sensible aux gelées, il a quand même une adaptabilité certaine au climat sauf sur les chaleurs les plus fortes. C'est un cépage très productif et qui s’accommode fort bien des sols pauvres. De fait, on le retrouve dans un grand nombre d'appellations françaises sur une palette de régions assez large (Beaujolais, Loire, Bourgogne, Sud-Ouest, Savoie et même un peu en Provence). Il donne des vins assez aromatiques, simples et faciles à boire.

CHIROUBLES est un de ces dix villages qui font office de cru au sein du vignoble Beaujolais. Reconnu en appellation d'origine depuis 1936, c'est le cru le plus élevé en altitude, nous oscillons ici entre 250 et 450 mètres. Une altitude compensée par une orientation exceptionnelle de ses coteaux vers le sud-est. De pauvres sols granitiques accueillent les plants de vigne. Le climat y est relativement sec mais continental avec des hivers très rigoureux. Environ 350 hectares partagés entre un peu moins de 80 propriétaires, une production d'envergure moyenne donc, mais peut-être les produits les plus expressifs de la zone.

Le domaine CHRISTOPHE SAVOYE est exactement situé sur le territoire de la commune de Chiroubles même si comme beaucoup de propriétaires de la région, le maître des lieux ne limite pas sa production à un seul cru beaujolais du fait de ses implantations multiples. Encore et toujours une histoire de famille, cinq générations sont passées avant. Avec exigence et passion, elles ont contribué au développement et à la renommée d'un domaine respectueux de son environnement et fidèle aux valeurs de son métier. La gamme de produits est ambitieuse avec cinq cuvées rouges (dont trois en Chiroubles), une blanche, une rosée et une effervescente. Sur un millésime 2017 très grêlé, produire aussi bien relève de l'exploit.

VIN ROUGE
France / Beaujolais / AOP Chiroubles
Domaine Christophe Savoye (69115 Chiroubles)
Cuvée Loïc
Millésime 2017
13%
Cépages: Gamay (100%)

Des deux yeux, vous tenez la chandelle de l'union du rubis et de la violette. Nul besoin d'un nez de Cléopâtre pour se laisser caresser par maintes effluves de cerises noires, de mûres et de roses. En bousculant un peu plus l'épithélium olfactif, une once de girofle jaillit. Plongeon buccal dans une cuve remplie de fruits bien mûrs. Une texture rendue crémeuse par des tanins encore vifs (on pardonne la jeunesse) mais mûrs. Digeste et tout en rondeur, il tient le palais en émoi avant de laisser place à une caressante terminale légèrement épicée approuvant tout de go le constat sus-cité. Il est de plaisir immédiat mais quelques lunes lui profiteront sans nul doute.  

Accord idéal: un gratin d'andouillette avec une purée maison


vendredi 19 octobre 2018

CHATEAUNEUF DU PAPE

Restons en France et dans le midi. Dans la partie méridionale du Rhône, le jeu de piste est énorme à la recherche de bons coups. Malgré de réels progrès, l'hétérogénéité des produits y reste hélas encore certaine. D'énormes succès à l'étranger (belle notoriété aux states) mais encore trop sous-estimés sur notre marché domestique. Quelle peine à l'annonce de crus tels Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Tavel, Lirac, Rasteau, Beaumes-de-Venise, Vinsobres, Ventoux, Luberon...Un vrai fourmillement de vins affriandants qui pour les meilleurs sont vendus en direct par des petits producteurs. Restons donc optimistes et conservons plaisir à se confier à ces produits.

Châteauneuf-du-Pape, une véritable fenêtre ouverte sur l'histoire. Depuis une époque lointaine (gallo-romaine) on connait l'existence de vignes sur le territoire du village. Tout s'accélère depuis XIVe siècle. Les papes qui s'installèrent à cette époque en Avignon mirent en lumière ce terroir, le village devenant même résidence d'été de la papauté. Sous cette impulsion, la notoriété grimpe jusqu'aux premiers exports, d'abord en Europe, puis bien vite de l'autre côté de l'Atlantique où elle jouit encore de ce succès. Toujours avec une idée d'avance, c'est aux vignerons châteauneuvois que nous devons les premières expéditions de vins français en bouteilles au XVIIIe siècle. C'est aussi à eux dès le début du XXe siècle que nous devons les travaux en vue et l'aboutissement de la notion d'appellation d'origine. Le 15 Mai 1936, le décret de l'appellation est publié et Châteauneuf-du-Pape devient la première AOC viticole de France.

La résumer brièvement est assez simple. Un vaste territoire de 3200 hectares répartis sur cinq communes du département du Vaucluse. Des terroirs originaux de géologies diverses, les fameux galets roulés en porte drapeau. Un climat méditerranéen prononcé (chaud, sec, aride et venté). 94% de production en rouge et 6% en blanc. 13 cépages autorisés (Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Clairette, Vaccarèse, Bourboulenc, Roussanne, Counoise, Muscardin, Picpoul, Picardan, Terret Noir). L'association de plusieurs de ces cépages fait la typicité, la complexité et l'aspect unique des cuvées. Le Grenache Noir y est majoritaire du fait de sa meilleure résistance aux assauts climatiques. Les structures tanniques si particulières, des retours marqués à la simplicité et des pratiques raisonnées en font le plus prestigieux des crus méridionaux. Dernière particularité, l'émérite bouteille armoirée qui participe notablement à la gloire.

Le Domaine Pontifical est un des innombrables domaines patriarcaux de notre pays. Quatre générations s'y succèdent et bientôt une cinquième en la personne de la fille de l'actuel maître des lieux prendra probablement la suite. 17 hectares plantés (sur galets roulés et calcaires) sur la commune de Châteauneuf permettent la production de deux cuvées, une rouge et une blanche (pourquoi diable se compliquer quand on peut faire simple et bon!). A chaque fois, quatre cépages y sont mêlés et vinifiés de manière aussi conventionnelle que simple. La prépotence est quasiment toujours au rendez-vous. Le tout à des prix constituant en permanence la bonne affaire.

VIN ROUGE
France / Rhône Sud / AOP Châteauneuf-du-Pape
Domaine Pontifical (84230 Châteauneuf-du-Pape)
Millésime 2012
14%
Cépages: Grenache (80%), Syrah (10%), Mourvèdre (5%), Cinsault (5%)

L'on chante "Le temps des cerises" quand on le croise du regard. Une belle offre de dégradé dans les parfums. L'on y reconnaît les cerises gorgées de soleil, les fraises des bois, les prunes confites, les oranges sanguines, le poivre et la violette. Une introspection dans le verre plus loin, véritable intrication de notes racinaires et d'olives noires. Le volume de bouche est généreux d'emblée. De bien belles noces de la finesse et de la puissance. Des tanins qui gagnent en sagesse à l'approche d'une chair douce et de belle concentration. Des saveurs de graphite et de fruits noirs viennent cohabiter avec la base fruitée précédemment narrée. Une finale méridionale incommensurable, poivre et olives nous disant à très bientôt. Un tout petit regret, malgré sa probable entrée en phase d'apogée, il méritait un an ou deux de plus de cave. Dans l'espoir d'en retrouver! Ce millésime 2012, plus tardif donne vraiment des produits incontournables.

Accord idéal: Filet de cerf sauce au poivre et endives braisées


samedi 29 septembre 2018

COTES DU ROUSSILLON LES ASPRES

A l'heure où il faudrait tout standardiser dans la nouvelle grande région Occitanie, il est rassurant de voir qu'en matière de vins, il n'y a aucune envie de raisonner de telle sorte. Heureusement, tout le monde va continuer à garder sa petite identité et nous disciples de Bacchus tous nos repères. Donc aujourd'hui direction les vignobles du Roussillon pour parler d'un vin catalan. Un petit coin de France toujours (et heureusement) attaché à sa forte identité, ce qui en matière de vins (et pour bien d'autres sujets) lui permet de se démarquer positivement de bien d'autres régions. Pour mémoire, nous avions déjà en ces lignes fait une première incursion en Catalogne Nord (lien).

Le Roussillon est composé d'une mosaïque complexe de sols. En plus d'un climat propice, vous avez là le début d'une belle recette productive. Pour ce qui est de notre appellation du jour COTES DU ROUSSILLON "LES ASPRES", le sol est majoritairement fait de schistes gris, de quartz, de granite, de gneiss et de marbre. Le postulat initial est donc confirmé.
Le paysage y est très vallonné avec très souvent de toutes petites parcelles de vigne. L'altitude oscille entre 100 et 400 mètres. A noter, l'éloignement de la mer tempère le climat méditerranéen. Il y est néanmoins chaud (plus de 300 jours d'ensoleillement par an), aride et très venteux (effet positif de la Tramontane pour chasser l'humidité). Grâce à un travail de plus en plus précis et qualitatif des producteurs, les cuvées de ce petit coin de France peuvent regarder droit dans les yeux les plus belles élaborées de l'autre côté de la frontière (Priorat et Montsant en tête d'affiche).

L'appellation Côtes du Roussillon Les Aspres voit le jour en 2003. Elle est entièrement consacrée aux vins rouges et est la plus récente et la plus petite des appellations du Roussillon. La superficie est de 160 hectares pour la couverture de 37 communes situées dans les avant postes sud des Aspres et des Albères. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, depuis fin 2017, la production de 18 communes pour 99 hectares fait l'objet d'une appellation supplémentaire en Côtes du Roussillon Villages "Les Aspres".
Les vins doivent être un assemblage d'un minimum de trois cépages contrairement à la majorité des autres productions locales qui n'en nécessitent qu'un minimum de deux. Les cépages acceptés sont: Carignan, Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Lladoner Pelut. L'association de cépages a toujours fait la typicité des produits des régions Languedoc et Roussillon, les professionnels s'évertuent donc à rechercher les meilleurs assemblages en fonction de la qualité de leurs raisins.

Le domaine Sol Payré (n'oubliez pas de prononcer le y!) est exploité depuis 1913 par une même famille où pour l'instant cinq générations se sont succédées. Deux terroirs distincts pour des produits totalement différents. Une gamme riche en rouges bien sûr, blancs, rosés et vins doux naturels (logique par ici) aussi, chacun peut facilement y trouver son (voire ses) bonheur(s). Au total près d'une cinquantaine d'hectares menés de manière raisonnée avec une grande maîtrise des rendements et une minimisation des techniques trop poussées de vinification qui pour moi sont souvent préjudiciables à la typicité des produits. Cela reste la philosophie du domaine, on ne peut que les encourager à poursuivre dans cette voie. 

VIN ROUGE
France / Roussillon / Côtes du Roussillon Village "Les Aspres"
Domaine Sol Payré (66200 Elne)
SCELERATA
Millésime 2015
14%
Cépages: 25% Mourvèdre, 25% Carignan, 25% Syrah, 25% Grenache

Robe prune à la profondeur abyssale. Un nez vif et sanguin mêlant les senteurs de cerises noires macérées, les baies de sureau confites, les épices et le cuir brûlé. Comme on en a jamais assez, la deuxième olfaction nous mène sur la route de notes graphites certaines. La bouche est ronde et suave d'emblée, évoquant les fruits macérés. Une dentelle de sensations avec pour dénominateur commun la finesse et l'élégance, le tout ne manquant ni de force ni de caractère. Les tanins sont millimétrés et au diapason d'une acidité bien maîtrisée, une belle enveloppe de matière. La finale est généreuse et chaude, le poivre blanc formidablement mis en éxergue. Le côté fruité reprend alors le relais en ressouvenance cherchant l'éternel. Excellent équilibre bâti sur la quintessence tirée des quatre cépages qui se complètent ici admirablement.

Accord idéal: un créatif civet de lièvre au chocolat


lundi 17 septembre 2018

IGP ARIEGE

"Les collines ne peuvent se comparer aux montagnes". Proverbe tibétain qui n'est pas forcément vrai partout et surtout pas dans l'Ariège. Un département où en plaine, les majestueuses collines talonnent de manière espiègle les plus hauts sommets. Les plaines et le piémont abritent même la majorité des ressources agricoles permettant les si belles productions de ce terroir tant sur le plan alimentation que boisson. Pays d'identité et de fort caractère, ces deux qualités se retrouvent à bon escient dans les résultantes de production. Le vin, pour notre plus grand plaisir n'échappe pas à ce constat.

Une activité viticole pour le moins confidentielle autour d'une seule appellation: IGP Ariège. Les premières plantations de vignes remonteraient à la fin des années 900 soit plus de mille ans en arrière avec des pieds de Syrah (cépage encore présent dans ces contrées). Autre fait historique honorifique pour la viticulture ariégeoise, il tient lieu de noter que c'est dans une ferme école créée par Napoléon III au 19e siècle que fût expérimentée la taille en cordon de Royat, encore utilisée de nos jours. Ce beau département ne pouvait donc pas rester viticolement muet à jamais. Ainsi, à la fin des années 90, quelques vignerons audacieux relancent le système. Les débuts sont prometteurs et depuis 2013, l'IGP Ariège est reconnue. Six producteurs se partagent les quasi 60 hectares plantés. L'encépagement se fait autour d'une diversifiée palette de cépages, mêmes si les suivants dominent, jugez plutôt: Chardonnay, Chenin, Sémillon, Sauvignon, Petit-Manseng, Syrah, Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Tannat, Pinot Noir. Les cuvées se décomposent à 75% en rouge, 15% en rosé et 10%  en blanc. Le climat très ensoleillé avec des hivers assez doux, des printemps humides (utile pour favoriser le cycle végétatif) et des étés très chauds et secs, permet un exercice optimal de la culture de la vigne. Les influences continentales augmentent avec l'altitude, permettant de magnifier les plus sensibles cités plus haut.

Le domaine de Lastronques fait partie des producteurs d'ici. Planté sur environ treize hectares sur les coteaux de la Vallée de la Léze, les vignes y sont jalousement surveillées par les Pyrénées plus que voisines. La famille Zeller est commise aux bons soins d'une terre très respectée dans son activité biologique. Les rendements sont maintenus faibles grâce à une taille rigoureuse. La bouteille du jour est une véritable et inattendue révélation du jeudi précédent, oasis de bonheur au milieu d'un désert de bruit. Et du coup le passionné curieux que je suis ne pourra qu'envisager de compléter une telle impression par une dégustation du reste de la gamme dans les prochains mois.

VIN BLANC
France / Sud-Ouest / IGP Ariège
Domaine de Lastronques (09210 Lézat-sur-Lèze)
Millésime 2016
13%
Cépages: Chardonnay (40%), Sauvignon (40%), Chenin (20%)

Il scintille comme une pépite d'or dénichée dans le lit de l'Oriège. L'effet de Foehn libère subrepticement un bouquet aromatique complexe. Nous tenons là du floral (chèvrefeuille, camomille), du fruité (poire, mangue) et du minéral (pierres mouillées, celles de la rivière sus citée bien sûr). L'ouverture en bouche se fait sur d'évidentes notes de maturité. Éblouissant au palais par son volume très gras, il "chardonne" supérieurement. Un léger perlant encore perceptible lui confère une inénarrable sensation de fraîcheur pour une délicate acidité. La pêche et l'abricot viennent compléter le quinté précédemment annoncé sur le plan des saveurs. Finale acidulée et sapide rappelant la mandarine. Équilibre plaisant, un vin gourmand et charmeur.  

Accord idéal: un pavé de truite des Pyrénées snacké aux deux sésames


mercredi 12 septembre 2018

EXTREMADURA

Pour cette première en Septembre, la "semi-rentrée" se fait en Espagne. Peu original me direz-vous. Nous pourrons toujours y découvrir mille et une choses. Et au plus on se perd, au plus on découvre. La flânerie du jour en est encore la preuve.

Des souvenirs plein la tête en vous parlant d'Estrémadure, tellement j'y ai séjourné et tellement j'y suis attaché. Cette région d'Espagne, véritable trait d'union entre la Castille et l'Andalousie, un paradis pour les aficionados d'architecture et d'art. Des villes au riche passé telles Mérida et Caceres, de quoi y perdre des journées entières. Un relief aussi variable que le climat, la possibilité de tutoyer la pleine nature entre faune et flore. Une gastronomie très riche, très influencée par les produits porcins qui se nourrissent de glands... Et bien évidemment, d'excellents produits issus de la vigne.

En Estrémadure, il tient lieu de distinguer les vins produits en Denominacion de Origen (DO Ribera del Guadiana) et les Vinos De la Tierra (VDT de Extremadura). Une production plus confidentielle (mais non moins qualitative) de Cava (et oui la Catalogne et la Rioja n'en ont pas le monopole) et celle de vinos de pitarra (sur lesquels nous reviendrons plus tard). Concernant notre appellation du jour (Vino De la Tierra de Extremadura) elle se base sur environ 8000 hectares plantés et partagés entre 70 producteurs environ, répartis sur l'intégralité du territoire extremeño. Le climat y est continental avec une influence océanique très modérée et des températures très élevées en été. L'hiver les précipitations sont abondantes et le climat frais, à l'extrême opposé, raison du nom de la région! Les sols y sont pauvres et les choix culturaux déterminants pour la réussite de production. Nombreux cépages rouges et blancs sont autorisés (dont quelques autochtones) mais par exemple pour les rouges, le Tempranillo est l'incontournable "lider".

Dans le village d'Almendralejo (ville au sud de Badajoz) qui est un des berceaux de la vigne dans cette région, il y a de tout temps eu des productions de qualités, les cavas d'Estrémadure venant notamment de là. Mais j'avais souvenir qu'étant adolescent et en voyage dans les environs avec mon collège, nous visitâmes une cave coopérative dans cette ville, Viña Extremeña Viñexsa. A l'époque, même si j'étais déjà familier des choses du vin grâce à mon éducation et la pratique précoce du travail vigneron, je ne pouvais me passionner comme maintenant et je ne me souviens quasiment plus du contenu de cette visite. Néanmoins, en visite pas mal d'années plus tard dans la même région, je me suis fendu de l'achat de quelques bouteilles chez un caviste. Récemment j'ai eu envie de me faire plaisir avec un millésime ancien pour fêter un événement assez spécial de réussite et me suis naturellement tourné vers une de ces bouteilles, au cachet visuel déjà si particulier. Hélas cette cave coopérative a définitivement fermé ses portes, mais bien des producteurs d'un très bon niveau continuent et portent haut les valeurs de leur terroir.

VIN ROUGE
Espagne / Extremadura / VDT de Extremadura
Viña Extremeña Viñexsa (06200 Almendralejo)
Corte Real
Millésime 2007
13,5%
Cépages: Tempranillo (50%), Cabernet-Sauvignon (50%)

"Couleur Café", une pensée pour Serge Gainsbourg en un clin d'oeil. Olfactivement encore très net et prononcé sur un émoustillant bouquet tertiaire fait de pruneaux bien cuits, de tabac blond surexposé au soleil, de cuir et de grains de café fraîchement torréfiés. Prélude en bouche en mode saisissement fruité, la prune (cuite) et la cerise (à l'eau de vie) nous accueillent et préparent admirablement le terrain d'un ascenseur sensoriel certain. Les tanins encore positivement batailleurs et serrés confèrent énormément de corps tout en étant astucieusement domptés par une acidité pour toujours salivante. Aux parfums flairés au préalable qui se rappellent à notre souvenir en bouche, nous ajouterons la réglisse pour une finale longue et délicieuse qui souille favorablement votre muqueuse d'interminables minutes durant. Il a largement de quoi traverser plus d'époques.

Accord idéal: un civet d'agneau, tel qu'il se cuisine par là bas



lundi 27 août 2018

CAHORS

Ignominie suprême de ne pas vous avoir entraîné plus tôt dans les méandres tortueux de la vallée du Lot... Ce n'est pas comme si je ne prononçais pas le nom Cahors au moins dix fois par jour depuis deux mois ces temps-ci. Mais il s'agissait pour moi de vous présenter un produit alliant typicité, identité et caractère. J'ai donc scruté, j'ai donc farfouillé, j'ai donc savouré et j'ai donc élu... Et force est de constater que dans les parages, les bonnes affaires sont légion.

Cahors regagne ses lettres de noblesse grâce à un logique retour des consommateurs à l'authenticité. Il faut bien dire que la concurrence sud-américaine exacerbée a poussé nos viticulteurs lotois pourtant d'un bon niveau à se réinventer pour retrouver les clés de la réussite face à des produits souvent trop techniques... Le juste retour à l'authentique donc comme je vous le confessais ci-dessus. L'introduction de différences de style grâce à des vinifications de plus en plus soignées a joué un rôle prépondérant.
De tout temps, il y eut de la vigne dans le Lot et déjà au moyen-âge on parlait ici de vin noir. Apprécié de nombreux personnages historiques, les bordelais ont même craint de cette concurrence, jusqu'à user de stratagèmes pour empêcher les tonneaux de voyager. L'AOP Cahors est officiellement créée en 1971.
45 communes dont les territoires jouxtent la rivière Lot forment le périmètre de production pour un peu plus de 4000 hectares plantés à environ 300 mètres d'altitude en moyenne. Le climat y est tiraillé tel un patchwork d'influences: méditerranéenne, océanique, montagnarde. Le vent chaud et sec soufflant à l'automne est le meilleur ami des maturités les plus justes. La nature des sols est hétéroclite: argilo-calcaire, alluvionnaire, de galets et d'argiles rouges (sidérolithique). Une fois ce décor planté, les hommes et les femmes ont ainsi des conditions idéales pour produire en mode différencié autour d'un cépage phare, le MALBEC (dont le nom original et local est AUXERROIS), croisement entre le Prunelard et la Magdeleine Noire des Charentes. Il doit être majoritaire dans les assemblages et peut être parfois (mais peu souvent en fait) complété par le Merlot ou le Tannat (personnellement je préfère les cuvées monocépages, plus typiques). Et sans nullement galéjer, l'on peut prétendre qu'il existe un Cahors différent dans son style pour chaque oenophile.

Le Château Combel-la-Serre est une propriété familiale (plusieurs générations se sont suivies) située à 17kms de Cahors. Un peu plus de 20 hectares sur des sols divers , en conversion bio depuis 2013. Une gamme assez large en rouge avec des cuvées pour tous les goûts (ensemble qualitatif) et tous les prix, et un marketing bouteille bienheureux sont autant d'atouts commerciaux. Une cuvée de blanc 100% Vermentino (plutôt rare ici) en IGP Côtes du Lot pour compléter la sphère. Nous nous polariserons aujourd'hui sur la cuvée éponyme de ce domaine.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Cahors
Château Combel-la-Serre (46140 Saint-Vincent-Rive-d'Olt)
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Auxerrois (Malbec) (100%)

Sombrer des deux yeux dans une profondeur ébène en guise d'intronisation sensorielle. Le nez est précis et intense de fruits noirs des bois (mûre, myrtille, cassis), d'épices (cannelle, réglisse), en y réfléchissant mieux de truffe (logique non?) et pourquoi pas une délicatesse sur une note de thé fumé. Percussion gustative délicieusement charnue et irrésistible gourmandise mitigée entre fruits noirs et épices douces. Ultra salivant, structuré sur une noble tannicité. Belle mâche avant une allonge intensément fruitée où l'on sauvegarde volontiers la myrtille sur la mémoire du palais, les secondes s'égrènent longuement ensuite en souvenir d'un équilibre identitaire. Cette bouteille est de celles qui met toutes les sensibilités au diapason.

Accord idéal: l'indémodable gigot d'agneau à la ficelle


mercredi 22 août 2018

DOURO

Je reste persuadé que l'on n'en a pas assez d'une seule vie pour explorer toute la richesse et la diversité du monde viticole lusitanien et sa pléthorique production. Comme la passion de la découverte est là et que la détermination ne fait pas défaut, il me restait juste à me lancer petit à petit à la pourchasse de "vinhos" d'exception.

Le vignoble portugais s'étend sur un peu plus de 200 000 hectares partagés sur plus de 300 000 producteurs ce qui fait des exploitations très hétérogènes en taille. 3% du vignoble mondial pour la 8e place des pays producteurs. Les principales régions productrices se situent dans le nord et le centre du pays: Estremadura, Douro, Minho, Alentejo, Terras Do Sado, Beira, Bairrada, Dão.
L’encépagement est purement foisonnant avec près de 200 espèces dont une très grande partie sont autochtones, ce qui rend encore plus passionnante l'étude des cuvées.
Différents climats des plus frais aux plus chauds, différents sols aussi, ce qui permet la production de vins très différents. Production donc de vins rouges, de vins blancs et des fameux vins mutés (Porto). Nous garderons les vins mutés pour de nouveaux articles...
Les vins tranquilles portugais quant à eux sont quasiment méconnus alors que leur qualité est plus qu'honorable et leur aromatique générale plus qu'exceptionnelle.

L'appellation DOURO DOC (Denominação de Origem Controlada) partage les mêmes terroirs que les vins de Porto. Elle est vieille de moins de vingt ans et couvre un territoire de près de 25 000 hectares. La particularité qui en fait la singularité est son relief escarpé. Plus de la moitié des vignes sont plantées sur des pentes dont l'inclinaison tutoie les les 30%. Elle se divise en trois sous-régions (Baixo Corgo, Cima Corgo, Haut Douro) aux caractéristiques climatiques bien différentes. On va du tempéré et humide à l'océanique (plus près des côtes). Globalement les hivers y sont très froids et les étés très chauds, il n'est vraiment pas rare que les températures avoisinent les 40°. La présence de la rivière Douro permet irrémédiablement de réguler les influences climatiques dans le vignoble, jouant un effet améliorateur certain. Avec de telles conditions, le Douro est vraiment une terre de prédilection pour la viticulture.

Entrée en matière en douceur ce jour avec une bouteille issue d'un regroupement de producteurs assez connu dans ce pays mais dont la typicité et la qualité des productions sont reconnues. Cette dégustation en appelle mille autres... Eh oui, je ne suis pas ampélomaniaque pour rien! 


VIN BLANC SEC
Portugal / DOC Douro
Lavradores de Feitoria (5060-193 Paços Sabrosa)
DOURO BRANCO
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Malvasia Fina (60%), Gouveio (30%), Siria (10%)

D'apparence oculaire telle une belle chevelure blonde. Avant-propos nasal un brin minéral, les pierres mouillées du fond de la rivière. Intensité à son comble sur des arômes d'ananas, de citrons bien mûrs, de poires, de prunes jaunes et de fruits tropicaux. L'ébranlement du contenant vous permet de discerner une complexité sur l'herbe fraîchement coupée encore humide. Une acidité vibrante conditionne tendrement votre bouche sur un registre aussi minéral que fruité où règnent les saveurs citriques et de pierre à fusil. Belle tension, juste équilibre entre fraîcheur et richesse aromatique. Persistance finale allongée et fastueuse qui en fait un solide compagnon pour toutes les péripéties.

Accord idéal: un risotto de langoustes



dimanche 12 août 2018

SAINT SARDOS

Le Sud-Ouest de la France a cela de passionnant qu'il est un véritable métissage de terroirs et de produits en matière viticole. Multitude de climats et d'influences, de sols, de cépages, de types d'exploitation...
C'est ce qui le rend aussi intéressant à découvrir que des régions autrement plus huppées. Et l'on y déniche, à des prix bien meilleurs, de vrais pépites, qui nous donnent qui plus est l'occasion de disserter.

Le vignoble de Saint-Sardos est situé au mileu du triangle formé par les villes de Toulouse, Montauban et Agen. Il se situe à équidistance (environ 30 minutes) de ces trois villes. Une zone de polyculture où l'ail, le melon et les raisins règnent en maîtres. Vingt communes du Tarn et Garonne (82) et trois de la Haute Garonne (31) se partagent la production. Les villes les plus connues restent Beaumont-de-Lomagne et Verdun-sur-Garonne. Cette région bénéficie d'un climat océanique bien qu'un petit contraste méditerranéen y soit présent ne serait-ce que par l'omniprésence du vent d'autant à certaines saisons, qui a sans nul doute un effet améliorateur (il chasse bien l'humidité pourtant tenace par ici).
La superficie plantée peut être qualifiée de confidentielle (pas plus de 150 hectares). La tradition remonte au XIIe siècle mais ce n'est que depuis 2011 que Saint-Sardos est reconnu en appellation après plus de vingt ans de démarches des producteurs locaux auprès des organismes institutionnels.
Le cahier des charges est assez particulier et différencié. Ici, la Syrah bénéficie d'une importance particulière, dans le sens où elle doit compter pour au moins 40% des assemblages. Le Tannat est sur une proportion minimale de 20%. Les cépages tels que le Merlot et/ou le Cabernet-Franc venant en complément. Nous en concluons donc que cette appellation est vraiment atypique dans cette région car même si la Syrah est assez présente dans ce coin viticole (Gaillac, Fronton), Saint-Sardos est la seule à la placer en tête. Le rouge tient 80% des proportions, les 20% restants étant consacrés aux rosés. Il y a bien quelques épisodiques cuvées en blanc, mais elles sont produites sous la bannière IGP Comté Tolosan.
La quasi majorité est assumée par des producteurs affiliés à une coopérative assez influente et visionnaire, néanmoins subsistent quelques indépendants jouissant d'une belle notoriété grâce à la qualité et l'originalité de leurs créations.

Nous partons ce jour chez un des trois indépendants. Histoire de famille à la base, il a beaucoup évolué avec le temps grâce à la passion de son propriétaire. Renforcé depuis quelques années par un collaborateur venu avec des idées nouvelles et novatrices, le domaine a réussi avec brio sa conversion en bio, tout en gardant une très grande partie de ce qui a fait son succès. Une gamme assez fournie pour tous les budgets et tous les goûts. Mais toujours avec le dénominateur commun de qualité et de plaisir. Quelques flacons vieillissaient dans ma cave et l'idée m'est venue cette semaine de voir l'influence qu'avait eu le temps sur les vieux millésimes.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / AOP Saint-Sardos
Domaine de la Tucayne (82600 Bouillac)
LES GABARES
Millésime 2012
13%
Cépages: Syrah, Tannat, Cabernet Franc

Juste vision sur un abyssal grenat, le disque souligné sur une teinte orangée agréable. Sans ambages, le nez est une alliance de fruits rouges mûrs (framboise, fraise), de fruits noirs (myrtille, mûre) et d'épices (poivre, cannelle). La complexité se présente à nous en deuxième résolution sur des notes florales de réséda. La bouche relève de l'assortiment de sensations, ce vin est corsé mais tout en rondeur (le faible niveau d'acidité aide bien), son fruité est aussi éclatant que persistant, le tout sur une assise tannique aussi prononcée que patinée. Des saveurs évidentes de fruits sont conservées et associées à des nuances de musc, de cuir, de réglisse et de tabac qui sont synonymes de l'évolution. Gracieuse longueur et terminale épicée. Une belle expression d'un vin évolué mais abordable pour tous les palais.

Accord idéal: Un suprême de poulet arrosé d'une sauce de beaucoup d'épices. Courgettes de saison gratinées


jeudi 2 août 2018

IGP ALPILLES

Été oblige, restons ensemble dans le midi et revenons faire une brève incursion dans les prémices provençaux. Région pour le moins éclectique en matière de vin, nous ne saurions la limiter à ses vins rosés à succès, comme nous en fîmes par deux fois déjà la démonstration (Caladoc, Côteaux Varois en Provence).

En Provence, la production IGP représente environ 1/3 des volumes. Elle se décline par département, voire par zones plus restrictives.

Le massif des Alpilles est un ensemble montagneux de faible altitude, qui fait le charme certain de cette partie d'arrière pays et sert de trait d'union entre Camargue, Provence et Vallée du Rhône. Cette région a souvent été source d'inspiration pour pas mal d'artistes (Van Gogh, Alphonse Daudet, Frédéric Mistral), force est de constater qu'elle l'a aussi été par le passé mais qu'elle l'est toujours tout autant par certains vignerons, qui proposent souvent une excellence trop peu mise en avant...
La zone de production de l'IGP Alpilles s'etend sur le territoire de 19 communes des Bouches du Rhône. Le climat y est méditerranéen. Vignes (cultivés à faible rendement pour une IGP) et garrigue cohabitent sous la présence conjuguée du soleil et du mistral bienfaisant. La majeure partie des 6000 hectolitres de production annuelle est consacrée aux vins rouges. Les vins sont globalement destinés à être bus jeunes mais certaines cuvées plus ambitieuses peuvent résister à l'épreuve du temps.
Globalement les cépages courants ici (Grenache, Cinsault, Syrah, Carignan, Mourvèdre) sont majoritaires mais on note aussi la présence de Cabernet-Sauvignon  et de Merlot, pourtant moins courants et un peu moins attendus. Aujourd'hui c'est une cuvée monocépage de Merlot qui nous attend. Bien que natif de Bordeaux, ce croisement de Magdeleine Noire des Charentes et de Cabernet Franc, est largement planté ailleurs dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Il constitue une excellente base pour les vins d'entrée et moyenne gamme. Véritable buvard à terroir, il n'est nulle part pareil, ce qui le rend très intéressant à étudier en toutes circonstances.

Le domaine de Lansac est situé sur la commune de Tarascon, juste à l'entrée du département des Bouches
du Rhône quand on vient du Gard. 40 hectares de vignes et 20 hectares de céréales composent une propriété historiquement riche et qui se transmet de génération en génération. Les sols y sont majoritairement sablonneux et limoneux, les vignes d'âge moyen (dix à quarante ans). Pas moins de douze cépages y sont plantés, dont certains totalement autochtones (Aubun noir). Autant d'éléments qui sont propices à la production de vins de qualité. Particularité aussi, 9 hectares de cette propriété sont plantés en franc de pied, ce qui nécessite un travail supplémentaire l'hiver pour lutter contre le phylloxéra. Gamme accessible à tous les goûts et à toutes les bourses avec comme dénominateur commun la qualité.

VIN ROUGE
France / Provence / IGP Alpilles
Domaine de Lansac (13150 Tarascon)
LES QUATRE REINES
Millésime 2016
14,5%
Cépages: Merlot (100%)

Un regard sur un rubis tourné vers le soleil, une invitation à l'indiscrétion. Senteurs de fruits en version noire (myrtille, cerise, prune) et d'un beau bouquet typiquement provençal (truffe noire, garrigue, épices douces). Après l'avoir délicatement invité à la danse dans son verre, il vous révèle des arômes plus purs de raisin rouge bien mûr. Il pénètre en vous de manière à la fois suave et stimulante. Il affiche un très bon niveau de maturité sur un profil sanguin bien que le niveau d'acidité soit moyen. Tanins bien présents mais soyeux, ils donnent un relief supplémentaire à un vin concentré, charnu et avec une belle mâche. Les fruits rouges et noirs se retrouvent ici. Ils sont précis, vivaces et surtout sans lourdeur aucune. Colossale longueur et finale subtilement poivrée pour clore les débats. Toute la richesse et la sensualité méridionale s'expriment dans cette cuvée d'entrée de gamme.

Accord idéal: un pavé saignant de taureau AOP Camargue délicatement saupoudré à la fleur de sel de la même région. Quelques légumes locaux de circonstance en accompagnement.


vendredi 27 juillet 2018

IGP SAINT GUILHEM LE DESERT

Je préfère le dire tout de go, l'objectivité est clairement mise de côté ce coup-ci. Nous repartons directement dans une région qui m'est viticolement chère, le LANGUEDOC. Et sur la dégustation d'une cuvée qui porte mon prénom BASTIEN. Dégustée à la fin de la semaine dernière lors d'un événement de promotion des productions locales, le festival des vins d'Aniane. Je recommande clairement cette manifestation, à la fois pour le sérieux de son organisation, la logistique inhérente, la richesse du programme (des masterclass passionnantes) et une qualité quasi permanente au rendez-vous.

Dans un paysage exceptionnel de collines méditerranéennes, l’IGP Saint-Guilhem-le-Désert, est située dans la partie nord du département de l’Hérault, au pied du plateau du Larzac et des montagnes cévenoles. L’aire de production s’étend sur une cinquantaine de kilomètres sur des sols essentiellement calcaires, cailloutis et marnes. Deux montagnes calcaires dominent le vignoble, le mont Baudile à l’ouest et le Pic St Loup à l’est de ce territoire. Le climat est caractéristique et influe de façon essentielle sur le vignoble. Loin de la mer Méditerranée, les embruns marins sont très atténués. La pluviométrie assez importante limite le caractère excessif du climat méditerranéen et la présence des montagnes conduit à des écarts de température jour/nuit importants (idéal pour une maturation lente et régulière). Le vignoble, majoritairement installé entre 100 et 150 mètres d’altitude, bénéficie ainsi d’un climat méditerranéen atténué. Les conditions sont donc idéales à la production de vins dont les dénominateurs communs sont fruité et équilibre.
Ce territoire, couvert en grande partie par des espaces naturels boisés de chênes verts et de pins, ou garrigue méditerranéenne, a permis à l’homme d’y pratiquer une agriculture diversifiée, céréales, oliviers, pastoralisme, la vigne connaissant un essor significatif à la fin du 19ème siècle avec le développement des échanges commerciaux. Reconnu en vin de pays par le décret du 5 avril 1982 pour seulement 5 communes, les vignerons proches de la zone, compte tenu des réalités pédoclimatiques communes ont souhaité une extension de la zone de production qui s’étend désormais sur 71 communes pour une production de 10.000 hl de vins rouges, rosés et blancs. Pour résumer cela englobe une très grande partie nord du département de l'Hérault, Montpellier étant même inclus dans le périmètre pour donner un ordre d'idée.
Le vignoble, composé de parcelles de faible dimension, est installé majoritairement sur des zones de coteaux très caractéristiques dans la région. Il s’insère souvent dans des espaces naturels faisant l’objet de protections environnementales. Les vignes confèrent à ce territoire une qualité paysagère particulière très réputée et reconnue au niveau touristique.

Le domaine Croix de Saint Privat est un vignoble encore géré de façon familiale, comme beaucoup ici d'ailleurs. Il est situé sur le territoire de la charmante commune d'Aniane, sur la route partant vers le Pont du Diable. Les traditionnels cépages languedociens permettent la production de cuvées qui bien qu'assez typiques comportent toutes une petite originalité dans leurs propriétés organoleptiques. Le commentaire de dégustation qui va suivre va vous le prouver...

VIN BLANC
France / Languedoc / IGP Saint Guilhem Le Désert
Domaine Croix de Saint-Privat (34150 Aniane)
BASTIEN
Millésime 2017
12,5%
Cépages: Viognier (100%)

Si jeune et déjà d'or, le soleil levant ou couchant n'est pas d'égale lutte. Positif et complexe doute nasal partagé entre des notes fruitées de poire et de pêche, des notes florales de lis et de jasmin. L'aération mène à la perception d'effluves miellées et vanillées. Le mariage mandibulaire se fait dans le registre de la vivacité et l'acidité prononcée de ce vin (si rare dans ce cépage) lui confère d'emblée une magnifique fraîcheur. Très onctueux avec de belles saveurs. Les pommes, les poires et le miel se rappellent à nous. Une touche vanillée comme pour venir souligner ces lettres d'excellence. Transcendante longueur pour faire la synthèse de la puissance et de la finesse aromatique. Avant de se quitter, finale gourmande sur la fraîcheur et les fruits jaunes. L'équilibre est infaillible et ne fait que décupler la notion de plaisir.

Accord idéal: n'importe quel poisson à la plancha, farandole de petits légumes à peine croquants


mercredi 4 juillet 2018

MADIRAN

Après un petite mise en veille du blog logiquement causée par la concentration sur d'autres desseins liés à la vigne et au vin, place à de nouveaux écrits. Fidèle à ma sensibilité pour les vins puissants et fier de ma région et des productions qu'elle enfante, nous faisons ce jour un cap à l'Ouest.

Pour faire simple, MADIRAN est une appellation située à un plus d'une centaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse et à un peu plus d'une cinquantaine de kilomètres de vue de mes natives Pyrénées si chères. Territoire occitan et gascon donc côté identité. Environ 1500 hectares de vignes y poussent fièrement sur le territoire de 37 communes réparties sur trois départements: le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques (dans sa partie béarnaise). Le climat y est continental bien que la proximité des Pyrénées apporte des phénomènes améliorateurs indispensables dans les saisons clés (pluies au printemps, effet de Foehn amenant du vent chaud en automne). Ainsi, les raisins peuvent atteindre un niveau de maturité technique optimal.
Historiquement, ce vin était produit dès le onzième siècle dans un but de consommation locale et par quelques montagnards. L'appellation elle même remonte à 1948 et le succès vint petit à petit. Dans les années 90, les producteurs conscients de leurs moyens ont nettement amélioré leurs vins qui sont passés du rouge austère et difficile à boire à des vins structurés et puissants pouvant regarder droit dans les yeux certaines autres cuvées pourtant autrement plus réputées. Mais ce qui fait avant tout le succès du Madiran, c'est un cépage qui prend en ces terres sa meilleure expression: le TANNAT. Dans le cahier des charges, obligation est faite aux propriétaires d'avoir 80% de leur création consacrée à ce cépage.

Le TANNAT est un cépage de pure origine béarnaise, il est donc ici le local de l'étape (bientôt le Tour de France cycliste ne passera pas loin). Hormis dans les vins du Sud-Ouest de la France, vous pouvez en retrouver quelques rares plantations dans des pays étranger, le plus connu étant l'Uruguay (tiens tiens l'équipe de France de football joue contre l'Uruguay vendredi, le derby du tannat!). Vigoureux et productif, il nécessite quand même grand soin tant dans la culture que dans la vinification. En effet, riche en alcool et ultra tannique, il tient lieu pour les vignerons de savoir les styles qu'ils veulent imprimer à leurs cuvées. Un Madiran contient au moins 50% de Tannat qui peut être associé uniquement à trois cépages (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Fer Servadou). Le tannat est un cépage très riche en polyphénols, ce qui le rend intéressant en cas de consommation modérée dans la lutte contre les risques cardio-vasculaires.

Christine Dupuy a été la première femme viticultrice en Madiran. Elle est à la tête du domaine familial depuis 1993, converti à l'agriculture biologique depuis 2014. Actuellement, une vingtaine d'hectares sont cultivés. Elle poursuit sans cesse des objectifs de qualité et de vins se démarquant au niveau expression et typicité. Ayant les mêmes préoccupations dans ma passion, je ne pouvais pas passer à côté des produits de ce domaine qui comptent largement parmi les meilleurs de cette zone de production et à des rapports qualité/prix imbattables. Très bientôt d'ailleurs en ces colonnes, des nouvelles dégustations de ce domaine.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Madiran
Domaine Labranche Laffont (32400 Maumusson)
TRADITION
Millésime 2015
14%
Cépages: Tannat, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc

Œil scintillant sur un rubis précieux. Le premier nez est vraiment aussi coquin que gourmand sur un ouragan de baies noires (cassis, mûres) qui amène avec lui sur son passage des arômes de pain grillé, de poivre et de réglisse. Après avoir infligé une petite turbulence au verre, on perçoit une complexification mentholée amenant de la fraîcheur déjà à ce stade. Le préambule en bouche est aussi énergique que sensuel, dans un registre très fruité, ceux cités ci-dessus semblent comme coincés entre vos dents. La profondeur impérieuse du tannat ne s'impose qu'en deuxième intention avec des tanins certes puissants mais déjà plus que sociables. Une acidité très vive compensée par une fraîcheur gourmande et des saveurs douces et amères. Une finale chaleureuse et épicée pour laisser le souvenir d'un vin racé. Équilibre et fraîcheur au paroxysme en résumé et nouveau coup de maître de l'excellent millésime 2015, grande année de vins. L'on a hâte d'y revenir.

Accord idéal: le plus simplement du monde un magret de canard à peine rosé accompagné d'une belle ratatouille de saison.


vendredi 15 juin 2018

#Drink Chenin

Céder aux opérations commerciales/merchandising peut parfois permettre de mettre en lumière des produits parfois pas assez connus mais méritant de justes mentions.

Le CHENIN est un cépage ligérien qui est localement baptisé "Plant d'Anjou", son nom initial. C'est grâce au célèbre écrivain François Rabelais qu'il fût popularisé sous son nom actuel.
C'est un cépage assez tardif et où qu'il soit planté dans le monde, il a la capacité d'extrêmement bien s'adapter aux microclimats, mais en contrepartie cela implique pour les viticulteurs de faire preuve de la plus grande vigilance quant aux niveaux de maturité.
De fait, il peut être vinifié en plusieurs déclinaisons: des blancs secs et racés (ex: Savennières), des blancs effervescents (ex: Vouvray) et enfin des blancs allant de demi-secs à liquoreux (ex: Côteaux du Layon). Il est à noter que dans les plus grandes années, les cuvées de Chenin proposent un potentiel de garde plus que notable et intéressant.
Rondeur, caractère et expression aromatique riche, tels sont les qualificatifs qui peuvent être employés à l'endroit de ce cépage pour le synthétiser au mieux.
Pour être tout à fait complet, sachez que malgré qu'il soit désormais très planté à l'international, c'est l'Afrique-du-Sud où il représente près de 30% du vignoble qui reste le premier producteur en volume devant la France.

Et pour illustrer mon propos, je vous propose un retour sur une excellente dégustation. Formidable appellation proposant encore de belles affaires à des prix aussi doux que les cuvées.


mercredi 30 mai 2018

NAVARRE

Voilà qui ne va pas tordre le coup à mes contradicteurs me blâmant pour mes goûts trop languedociens et hispaniques. Nous repassons les Pyrénées (sur les routes de France et de Navarre bien sûr pour faire honneur à l'expression) tels des contrebandiers pour se rendre dans une région qui m'est familière pour plein de raisons, la NAVARRE.

La Navarre est un territoire basque situé des deux côtés des Pyrénées. La Haute Navarre, côté Espagne est depuis le courant des années 80 devenue une communauté autonome dont la capitale est Pamplona, ville mondialement connue pour ses fêtes de la San Fermin au mois de Juillet. 

Bien qu'une toute partie du vignoble de la Rioja soit située sur le territoire de cette autonomie, sur le plan viticole, l'appellation la plus connue est DO NAVARRA. Un peu plus de 11000 hectares plantés. Elle représente une grande diversité de vins. Cela reflète en partie la grande variété des conditions climatiques présentes. En effet, l'on y note des influences atlantiques, continentales et méditerranéennes suivant la sous-région où l'on se trouve. La production de vins rouges domine, en allant du fruité souple au charnu complexe. Les cépages Grenache Noir (garnatxa ici) et Graciano (originaire de la Rioja) étaient omniprésents à la base. Par la suite sont arrivés les cépages internationaux tels le Cabernet Sauvignon, la Syrah et le Merlot, dans le but de différencier les cuvées et d'en envisager des plus ambitieuses. 
Une production discrète de vin blanc sec sur des cépages tels que Viura (nom local du Macabeu) et Chardonnay. Encore plus confidentielle pour le coup, la conception de vins blancs doux à base de Moscatel. L'autre production phare en Navarre est le "rosado", vin rosé. Cela représenté 28% des volumes, le plus souvent sur des jolis monocépages de Grenache. Caractéristiques fruitées, gourmandes et vives.
Depuis une vingtaine d'années, la qualité a été croissante, de sorte que la réputation de ces vins a même gagné les principales vinothèques madrilènes.

La Bodega Inurrieta est localisée à Falces. Un tout petit village de 2000 âmes situé à 58kms au sud de Pamplona, principalement connu pour ces encierros. Pour extrêmement résumer, un encierro est une course de plusieurs personnes devant des têtes de bétail (toros bravos, vaches). Ce sont des coutumes qui sont dans le nord de l'Espagne plus que centenaires. A Falces donc, en plein cœur du mois d'Août ont lieu pendant les fêtes de la vierge de la Nieva, les encierros del Pilon, une course devant des vaches navarraises sur un sentier coincé entre falaise et ravin. Impressionnant! 
La Bodega Inurrieta est une entreprise familiale qui exploite un peu plus de 200 hectares depuis une quinzaine d'années dans des installations grandes et modernes. Parmi la riche gamme, tous les consommateurs y trouveront leur bonheur. Pour ma part, j'ai deux coups de cœur dans cette maison, je vais dans les lignes qui suivent vous dépeindre l'un d'entre eux.   

VIN ROUGE
Espagne / DO Navarra / La Ribera
Bodega Inurrieta (Falces - Navarra)
INURRIETA SUR
Millésime 2014
15%
Cépages: Grenache, Syrah, Graciano

L'acuité visuelle s'exerce sur un rubis abyssal. Le nez est ouvert et très véhément sur des arômes de fruits rouges (fraises et cerises), de fruits noirs (mûres, cassis), de fleurs (violette), d'épices (poivre rouge) et de chêne (bois brûlé). Cuir et olive noire viennent en apostilles après aération. Invasion buccale plus que civilisée sur un registre de souplesse et de rondeur. Conflagration totale juste dans la foulée, du volume, de la matière et un velouté hors du commun. Des tanins francs et batailleurs sur des saveurs crépitantes de fruits et d'épices. Belle extension en longueur et persistance aromatique complexe sur une note boisée vanillée. Plus prolixe au niveau sensoriel en entrée de gamme, vous mourez!

Accord idéal: le pavé de bœuf du restaurant Beratxa de Tafalla (c'est là que j'ai découvert cette cuvée) accompagné de piquillos. Un peu d'émotion en évoquant tout ceci.


jeudi 24 mai 2018

#CHARDONNAY DAY

Il y a environ un mois, je partageais en ces lignes un article flatteur sur une cuvée issue de ce cépage (pour mémoire). C'était la première fois que je parlais de Chardonnay ici alors que c'est pourtant le cépage le plus utilisé pour produire tous types de vins blancs et probablement celui ayant été le plus essayé et utilisé dans tous les pays viticoles.



Vieux croisement entre deux cépages, le gouais et le pinot, ses origines se situent en Bourgogne. Assez productif mais aussi assez sensibles à tous les types d'attaque, il craint tout particulièrement la sécheresse, ce qui nécessite de l'arroser au goutte-à-goutte dans certains pays. Internationalement planté, l'on peut facilement affirmer qu'il se révélera comme un véritable buvard du terroir dans lequel il grandit. C'est d'ailleurs cela qui le rend passionnant et sympathique à approcher car il se plait aux quatre coins du monde, autant dans les petites cuvées monocépages d'entrée de gamme que dans les grands champagnes millésimés. Ci après quelques dénominateurs communs à l'expression de ce cépage: finesse, équilibre, puissance aromatique. Il peut sans souci affronter l'épreuve du chêne et d'une fermentation malolactique, même si ce n'est pas forcément nécessaire suivant le style recherché. Ayant un fort potentiel alcoolique, il est préférable de ne pas le vendanger en surmaturité. Nous aurons tout loisir de reparler prochainement de ce cépage, au delà de la Bourgogne et de la cuvée dont je vais vous narrer les aventures plus bas.



Le CHARDONNAY DAY (ne nous mettons pas hors-sujet!), est né en 2010 en Californie et est célébré traditionnellement chaque quatrième jeudi du mois de Mai. D'abord numérique (à la base prévu pour les réseaux sociaux), il est maintenant décliné sous forme réelle avec des événements spécifiques à la clé sur toute la surface du globe. Le but est de vulgariser positivement les produits réalisés à partir de ce cépage et faire qu'à la longue le mot CHARDONNAY ne devienne pas une simple marque internationale, ce qui serait bien dommageable. La minuscule commune éponyme de Saône-et-Loire (25kms au nord de Mâcon) organise même parfois des événements particuliers ce jour là (même si les plus férus vous diront que l'on ne peut clairement pas établir de lien entre le nom du cépage et le nom du village).



Même si je n'aime pas suivre les phénomènes de mode (pas plus dans le vin que dans d'autres domaines d'ailleurs), je ne pouvais pas résister à la tentation de vous écrire quelques lignes au sujet d'une cuvée à base de Chardonnay, probablement la plus proche de mon domicile.

La MAISON VENTENAC est située au cœur de l'AOC Cabardès (nous aurons l'occasion d'y revenir mais c'est grosso modo une zone au nord-ouest de la ville de Carcassonne). 160 hectares de vignes sont adossés à la Montagne Noire. Cette région a la particularité d'être le carrefour à tous les niveaux (climats, sols, vents, culture, ...) entre les influences océaniques et méditerranéennes. Dans ce domaine particulier, le sol est calcaire et profond. Les producteurs, soucieux de leur outil de travail ont fait le choix d'un minimum de traitement et surtout de n'utiliser aucun herbicide (toute les opérations à ce sujet à la main). Les produits ont généralement une identité franche, à la fois celle de leur terroir, conjuguée à celle de leurs producteurs. Pourquoi rester conventionnel quand les sorties des sentiers battus en matière viticole, mènent sur autant de routes aux trésors? Notre producteur du jour l'a bien compris, la cuvée du jour étant passée un court temps dans le bois (avec parcimonie et délicatesse comme il précise), pratique qui n'est pourtant pas tellement usitée chez lui. Un beau travail de vinification et d'élevage.



VIN BLANC
France / Languedoc-Roussillon / Vin de France (explication sur l'appellation ici)
Maison Ventenac (11610 Ventenac Cabardès)
PREJUGES
Millésime 2017
12.5%
Cépages: Chardonnay (100%)



Jaune très pâle aux reflets verts, l’œil de la jeunesse. Un nez net, intense et agréable à la grande tendance exotique (ananas, mangue, fruits de la passion) et une autre tendance très agrumes (citron, cédrat). En jouant à qui cherche trouve l'on perçoit une subtile note boisée qui amène déjà un peu de complexité. Expression beurrée et charmeuse dès l'entrée en bouche, le cœur de bouche est dense et vineux, tout en gardant une belle acidité et une belle fraîcheur qui le ramènent dans la voie de l'équilibre. Il se lâche véritablement en mêlant aux saveurs déjà perçues au nez, une déferlante de poire au sirop. Sa finale saline lui donne un relief original. Un vin gourmand sans être écœurant.



Accord idéal: un carré de steak de thon snacké au sésame



lundi 21 mai 2018

CALIFORNIE

Aujourd'hui nous quittons l'Europe, traversons l'Océan Atlantique, arrivons aux Etats-Unis d'Amérique et faisons directement un cap à l'Ouest. Près de dix mille kilomètres nous séparent de ces contrées.

Les Etats-Unis arrivent en cinquième position des pays viticoles à travers le monde. De manière schématisée, trois régions représentent plus de 99% de la production ; à savoir la Californie, l'Oregon et la région de New York. Le développement de la viticulture dans ce pays se fait de manière pour le moins complexe à partir du milieu du XIXe siècle pour connaître de belles évolutions depuis, les professionnels locaux étant très attentifs à tout ce qui se passe ailleurs et sachant tirer le meilleur à la fois des pratiques culturales, des climats et des terroirs.

La Californie est aujourd'hui l'objet de notre article. A elle seule, cette région concentre 90% de la production de vins américaine. Avec ses plus de 200 000 hectares (plus du double du vignoble bordelais) et 100 appellations, elle représente la quatrième superficie mondiale viticole. Vous comprendrez donc aisément qu'il sera difficile de faire un focus précis dès la première incursion et que comme ailleurs il y a des spécificités locales à étudier (sujet de prochains articles off course). Restons donc généralistes. Les climats de cette grande région sont à la fois variés mais aussi extrêmes, le froid glacial pouvant tutoyer la même année des chaleurs accablantes, le tout avec des épisodes humides bien marqués tant par les pluies que par les brumes. L'encépagement y est très varié même si on reste dans les grands cépages mondiaux (Cabernet Sauvignon, Merlot, Pinot Noir, Chardonnay, Colombard, Chenin, Sauvignon). Néanmoins nous nous arrêterons ce jour sur un cépage d'origine européenne mais qui doit toute sa renommée à sa production outre-Atlantique, le ZINFANDEL.

Originaire de Croatie où il a un nom qui est notoirement imprononçable, ce cépage est planté massivement dès le début du XIXe siècle aux Etats-Unis, largement avant d'être planté de manière plus épisodique dans quelques pays d'Europe dont l'Italie où il se nomme Primitivo. Fertile, bon producteur, il résiste bien au froid. Ces conditions lui permettent de logiquement et joliment s'exprimer dans le terroir californien. En France, il est à noter qu'un seul domaine commercialise ouvertement des vins produits à partir de ce cépage, le Domaine de l'Arjolle, situé tout près de Béziers dans le Languedoc. La qualité aromatique de ce cépage devrait susciter de l'intérêt chez certains de nos vignerons dans un futur proche et l'on peut sincèrement s'en réjouir.

La bouteille du jour, c'est aussi l'histoire d'un homme. Francis Ford Coppola, producteur et réalisateur américain à succès tant en qualité qu'en récompenses (œuvre majeure: LE PARRAIN). Il a aussi très largement investi dans la vigne au travers de deux domaines californiens. La passion lui est venue par transmission familiale durant les années 60, les origines italiennes de la famille n'y étant sûrement pas pour rien. Il a consacré une grande partie de ses richesses liées au cinéma à la production de vins, n'hésitant pas à même perdre de l'argent sur des techniques culturales poussées dans un but de grande qualité. Force est de constater, qu'il avait eu le nez creux, le génie de production lui permettant un notable succès commercial. Modèle économique ô combien payant, légitimant la réalisation de nouveaux investissements, toujours avec l'excellence comme leitmotiv. La dégustation du jour illustrera fort bien ce propos.

VIN ROUGE
Etats-Unis / Californie
Francis Coppola Winery (Geyserville, CA)
DIAMOND COLLECTION / ZINFANDEL
Millésime 2014
13.5%
Cépages: Zinfandel (95%), Petite Sirah (5%)

Genèse sensorielle sur un rubis scintillant telle une pierre précieuse. Netteté et intensité olfactive avec des arômes de fruits noirs (mûres, cassis, prune), de vanille et de réglisse. Embellie des émanations après aération, l'on y distingue des nuances de cuir et une subtile note végétale de fougère sèche et marron. Energie certaine lors de la pénétration en bouche, ce liquide est franc et direct, le corps et l'élégance se mettant en avant d'entrée de jeu comme pour livrer bataille. Tanins puissants mais agréablement fondus. Riches saveurs de fruits noirs cités plus haut et d'épices. L'acidité discrète, présente dans un deuxième temps et probablement amenée par le petit pourcentage de Petite Sirah, confère un équilibre certain en maintenant un soupçon de fraîcheur. Belle longueur partagée entre compote de fruits encore chaude et tabac blond. En tutoyant autant les sommets, il semble presque éternel.

Accord idéal: un rôti de bœuf à peine saignant, sur un lit d'échalotes confites

mardi 8 mai 2018

UN RETOUR EN SICILE

Quelques mois après une première incursion sur ce territoire insulaire italien (pour mémoire), un renouvellement du périple des sens vers un nouveau vin entièrement basé sur un cépage autochtone, le GRILLO.

Le Grillo est un cépage assez peu connu de tous les passionnés et quel dommage dirai je quand on voit le haut niveau de compromis entre fruité et fraîcheur. Souvent associé géographiquement à la Sicile (à juste titre vu que c'est maintenant la seule région à en produire hormis quelques parcelles confidentielles en Amérique du Sud et en Australie), il serait néanmoins originaire des Pouilles. La légende raconte même que ce cépage était le préféré de Jules César, c'est dire...
De culture facile et de grande capacité à supporter la chaleur il a été planté de manière importante (un peu plus de 2000 hectares) sur l'île au début du vingtième siècle. Il a notamment été le cépage principal du vin de liqueur italien le plus connu, le Marsala. Il a été néanmoins peu à peu abandonné au profit de cépage plus productifs, de sorte que désormais il sert de base qualitative pour des vins blancs secs d'entrée et milieu de gamme.

La cuvée dégustée ce jour nous démontre une fois de plus la grande qualité tout en simplicité des vins siciliens. La plus belle expression d'un terroir ensoleillé et de techniques culturales maîtrisées, directement illustrés dans le verre. Ils sont en tout cas quasiment imbattables dans la catégorie vins simples de plaisir.

VIN BLANC
Italie / Sicile / IGT Terre Siciliane
Cantine Cellaro (92017 Sambuca di Sicilia)
BACARO GRILLO
Millésime 2015
13%
Cépages: Grillo (100%)

Quand les citrons sont à la recherche de l'or au niveau visuel. Première excitation sensorielle dans un registre clairement fruité d'agrumes tropicaux, de pomme très mûre, de poire et d'ananas. Quelle richesse aromatique! En agitant un peu le fluide, l'on y subodore des notes plus florales telles laurier rose et jasmin.
Préambule buccal sur un registre de fraîcheur. Une incommensurable acidité pour tenir au garde à vous en les faisant cohabiter le gras et le fruit. Des saveurs citées plus haut auxquelles s'ajoutent pêches et abricots en mode marmelade. Fin de bouche faisant l'excellente synthèse de toutes ces émotions en débordant de sapidités tropicales. Persistance aromatique très agréable sur une idée de noisettes juste cassées, signe d'évolution positive. Digeste, léger, frais et fruité. N'est ce pas la meilleure définition du vin de plaisir qui étanche la soif? Inutile de garder plus en cave...

Accord idéal: une salade de poulpes aux échalotes et au lait de coco