dimanche 23 décembre 2018

GEVREY CHAMBERTIN

Ce blog va bientôt souffler sa deuxième bougie et il parait hallucinant voire presque navrant de ne pas trouver encore de lecture sur une cuvée rouge de Bourgogne. Je dois bien avouer que malgré que j'aime bien acoquiner ma bouche avec les productions de cette région, malgré que j'en reconnais l'indéniable qualité, je ne suis pas le plus grand fanatique... Sensibilité quand tu nous tiens!

Gevrey Chambertin est une des nombreuses appellations de l'espace viticole bourguignon. Pour la situer, vous la trouverez dans la partie quasiment la plus au Nord de la Côte-d'Or, que l'on appelle Côte de Nuits. Comme partout en Bourgogne, le cépage rouge roi est ici le Pinot Noir, dans une expression si particulière qui le rend sensoriellement passionnant.

Aujourd'hui une cuvée dégustée dans une cave parisienne qui met en avant des petits producteurs qui font le pari de l'authenticité, du raisonnable et de la qualité.  

VIN ROUGE
France / Bourgogne / Gevrey-Chambertin
Domaine Dominique Gallois (21220 Gevrey-Chambertin)
Millésime 2015
13%
Cépages: Pinot Noir (100%)

Robe d'un pâle semblant opalin. Joli dégradé dans les parfums au nez. Cerise, framboise et groseille représentent le fruit. L'églantine lui donne un côté floral. Si l'on recherche la complexité minérale l'on y perçoit une effluve faisant hésiter entre la suie et la terre. Un CDI de complexité est signé d'emblée. L'intensité du fruit est pénétrante en bouche et lui confère un aspect longiligne qui est partagé entre acidité salivante et trame tannique craquante. De bout en bout pulpeuse, elle reste à un haut niveau d'équilibre et d'harmonie comme on l'attend dans un vin bourguignon. La finale est vivante et aérienne laissant cerise et terre humide se rappeler à votre bon souvenir. 2015 signe encore une belle réussite dans une autre région.

Accord idéal: casserole de ris de veau et cèpes


Boire et Manger - Noël 2018

La période de Noël est très souvent le théâtre du plus grand brainstorming mets-vins... Je ne pouvais donc pas demeurer en reste.

Je me suis efforcé de suggérer quelques associations en fonction de cuvées toutes commentées ici.

Pour le reste et comme je me plais à le répéter il n'y a pas de règles vraiment établies et comme je l'écris partout sur mon blog, le vin est question de sensibilité, donc chacun la sienne et surtout à chacun de débattre avec ses convives. Le plus important dans tout cela reste: LE PLAISIR

SALADE CRABES-CREVETTES
IGP Ariège
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DÉCLINAISON CHAUD/FROID DE CANETON
AOP Côtes du Roussillon Les Aspres
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COTE DE BŒUF EN CROUTE DE SEL
AOP Châteauneuf du Pape
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SOUFFLE AU COMTE
AOP Fronton


VERRINE DE POT AU FEU DE POISSONS
Vin de France Chardonnay
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EFFILOCHE DE BOEUF EN MARINADE DE FRAMBOISE
AOP Saint Sardos
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CHAPON AUX MORILLES
IGP Saint Guilhem le Désert
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GÂTEAU AU CHOCOLAT CUIT DANS UNE ORANGE
AOP Luberon


LANGOUSTES AU FOUR EN SAUCE VIERGE, CITRON VERT ET GINGEMBRE
AOP Viré Clessé
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TERRINE DE SANGLIER EN CROÛTE
AOP Côtes du Rhône
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BŒUF WELLINGTON
AOP Cahors
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BÛCHE CHÂTAIGNES CHOCOLAT BLANC
AOP Collioure


FOIE GRAS POÊLE AUX ABRICOTS
AOP Chiroubles
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ROUGET AU LARD GRILLE
AOP Graves
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OIE FARCIE
AOP Madiran
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TRIO DE FROMAGES DES PYRENEES AU CHOIX
AOP Limoux

Soyez curieux de tous les vins que les tables vous réserveront ces prochains jours, c'est le meilleur moyen d'augmenter son plaisir.

jeudi 20 décembre 2018

LUBERON

Je me suis fait affubler d'être un peu "relou" dans les premières parties de mes écrits. De ne pas laisser assez de place et d'importance à l'approche sensorielle du vin. J'entends volontiers ces remarques et je vais faire en sorte d'aller à l'essentiel et à la bouteille. Cela me permettra aussi de vous partager des émotions à une fréquence plus grande.

Pour la faire courte, Luberon est une appellation méridionale qui est un parfait trait d'union entre les sous régions Rhône Sud et Provence. Comme dans ces deux régions, on trouve une multitude de cépages plantés, de terroirs et donc d'expressions avec un fort caractère en dénominateur commun.

Le vin du jour est un vin qui m'a immédiatement parlé lorsque je l'ai dégusté autour d'un instant convivial hier soir. Et pour cause, je l'avais goûté il y a quelques mois en arrière sur un salon. Pour moi, c'est une des illustrations même du vin de soif, de plaisir et de copains/copines.   

VIN ROUGE
France / Rhône Sud / Luberon
Le Temps des Sages (84240 Cabrières d'Aigues)
Le Temps des Valeurs
Millésime 2017
13,5%
Cépages: Syrah (80%), Grenache (20%)

Le vermillon qui l'habille est profond. Il sent bon le cassis, les mûres confiturées et la réglisse. Pour les fleurs mesdames, pensez à celles de ciste. Le cuir tanné en prélude à la complexité. Une bouche toute en chair, séduisant volume sauvage mais sans aucune lourdeur. La bouche est tonique avec des tanins un brin veloutés rappelant les fruits noirs et le cacao (très belle expression de la Syrah). La terminaison consiste en un sagace mélange de fruits (framboises) et d'épices (poivre de Sichuan). Concupiscence autour de cette cuvée et finalité de réjouissance.

Accord idéal: la terrine d'un lièvre ayant lutté dignement dans la Combe de Lourmarin


jeudi 13 décembre 2018

LIMOUX

Pour un quasi retour aux affaires après quelques semaines de silence, je vais montrer que je maintiens le cap en matière de pensées par rapport au vin. Oui je vais vous le répéter, je pense que le Languedoc-Roussillon concentre la plus grande richesse et une complète diversité en matière viticole dans notre pays voire dans le Monde. Le tout avec une qualité exponentielle au fil des annuités.

Comme certaines autres en ce coin sudiste, la zone proche de Limoux a pour elle d'être un véritable puzzle, que ce soit en matière de climats, de sols, de cépages et de produits. Quoi de mieux pour aiguiser la curiosité des amoureux de la cause de Bacchus. Nous sommes ici du côté le plus occidental du Languedoc (avec Cabardès et Malepère), à deux pas des Pyrénées qui me sont chères. L'altitude oscille entre 200 et 500 mètres. Les sols y sont de calcaire, de grès, de quartz et d'argile. 7800 hectares comme berceau de production (environ 1800 en appellation d'origine) sur 41 communes. La climatologie variée permet néanmoins de définir quatre terroirs distincts (Autan, Méditérannéen, Océanique, Haute-Vallée). Au rayon des cépages, citons Chardonnay, Chenin, Mauzac, Pinot Noir (uniquement autorisé en vinification en blanc et rosé pour les crémants) pour les blancs. Les autres Merlot, Cot, Grenache, Syrah, Carignan, Cabernet-Franc, Cabernet Sauvignon pour les vins rouges tranquilles. Donc belle palette de tous les éléments nécessaires à la vigne et au vin, comme exposé plus haut.

A Limoux donc, cohabitent cinq appellations d'origine protégée, trois sont consacrées aux vins effervescents (blanquette méthode traditionnelle, méthode ancestrale, crémant) et deux sont consacrées aux vins tranquilles (blanc, rouge). Cela nous donnera donc l'occasion de parler à nouveau et très rapidement de cette région à travers la découverte de nouveaux produits. Pour aujourd'hui nous nous dépenserons intellectuellement sur une cuvée tranquille blanche, monocépage de Chardonnay. Le cépage Chardonnay, ce caméléon déjà évoqué (seul ou accompagné) à trois reprises (#Chardonnay Day, Viré-Clessé, IGP Ariège) trouve dans les terroirs limouxins une source d'inspiration lui permettant de s'exprimer dans une grande partie de son répertoire d'ensemble, d'une manière nulle part ailleurs semblable. En étant un brin polisson, je me laisse même aller à dire que Limoux enfante les meilleurs chardonnays du Languedoc, pour une production entamée il y a une quarantaine d'années à peine. Une qualité au moins équivalente à des bons produits venus de Côte-d'Or. La production reste confidentielle mais à un niveau de qualité élevé.
Les réglementations liées aux AOP sont ici très strictes, on peut notamment pour les blancs tranquilles (et de manière pas complète) évoquer les vendanges manuelles obligatoires, fermentation et vieillissement (sept mois minimum) réalisés entièrement en fût de chêne (c'est même la seule appellation en Languedoc), remuage des lies. Il y a même une réglementation limitant la taille de la remorque permettant de transporter les raisins à la cave (3000kgs maximum).

Jean-Baptiste Fau représente la quatrième génération de vignerons qui président à la destinée du domaine qui nous intéresse aujourd'hui. 25 hectares de vigne situés en plein Terroir d'Autan, à une altitude moyenne et dans un climat frais humide. Des conditions optimales pour la production des vins typiques de la région. La production se répartit à 75% en vins effervescents et 25% en vins tranquilles. En vrai passionné qu'il est, épaulé comme il se doit ; et conscient des atouts de sa situation, de son terroir, et de la propension à la qualité des cépages qu'il utilise ; le vigneron fait en sorte de tutoyer tous les ans la perfection grâce à une volonté d'amélioration continue. Force est de constater que le potentiel est bien là et que les perspectives d'un bel avenir productif sont bien réelles. Nous en reparlerons! 

VIN BLANC
France / Languedoc-Roussillon / AOP Limoux Blanc
Maison JBF (11300 Magrie)
Le Clos Saint Michel
13,5%
Cépages: Chardonnay (100%)

Visuellement plus proche de la paille que du gilet, il scintille néanmoins plus par sa robe cristalline que ce que l'étoffe éblouit par sa bande réfléchissante. Le nez est mutin, véritable cortège d'arômes ou défilent en rangs serrés les agrumes confits par le front, les fruits tropicaux, les pommes bien mûres. Après agitation, l'attroupement est rejoint par l'anis, un magnifique triptyque boisé-grillé-vanillé fermant cette marche autoritaire. Véritable émeute en bouche avec une élégante bien que farouche bataille de sensations. Insurrectionnelle acidité trouvant pour juste adversaire un fruit rebelle. Équilibre global du combat aux prémices. L'ébullition atteinte connait une accalmie lorsque la sagesse vient se mêler du conflit par l'apport de finesse, d'élégance et de complexité (l'expérience du bois comme plus-value dans la dispute). C'est la lutte finale! Elle est bien  élancée et subversive, empreinte de poivre blanc. En résumé et pour calmer le jeu, le caractère généreux du Sud épouse une fraîcheur tout à fait septentrionale. De leur union, naquit un grand vin. 

Accord idéal: des gambas flambées




jeudi 1 novembre 2018

CAMPO DE BORJA

L'exercice de trouver des vins blancs restant tout à fait sur le fruit (et donc appréciables par tous les publics) tout en étant assez racés pour affronter des épreuves apéritives est souvent assez difficile. Toujours torturant de mettre tout le monde d'accord. Il faut bien dire que dans ce domaine Espagne et Portugal foisonnent de petites productions répondant totalement à la problématique ci-dessus. Cépages adaptés, terroirs chauds et vinifications adaptées sont probablement les trois clés de ces succès.

L'Aragon jouxte notre bonne vieille France par le nord-est de l'Espagne. Pour mieux vous le situer Saragosse en est la capitale. Viticolement parlant, cela vous parle probablement peu. Calatayud, Campo de Borja, Cariñena et Somontano sont les appellations d'origine contrôlée qui en font la renommée (pas sûr que cela vous parle plus mais absolument à découvrir). Le cépage Grenache y trouve un terrain de jeu de prédilection, il y est majoritaire et d'expression si particulière en ces terres d'altitude moyenne (de 400 à 800 mètres).

CAMPO DE BORJA est une appellation vieille de presque quarante ans (1980). Elle est géographiquement localisée dans le nord-ouest de la province de Saragosse à environ soixante kilomètres de celle-ci. Elle regroupe les producteurs dont les vignes sont situées sur le territoire de seize communes étalées en étoile autour de Borja. La superficie est assez importante avec presque 7000 hectares ce qui en fait une région de production intensive. Le climat est ici continental avec des hivers très froids et des été a contrario caniculaires. Le vent de cers venu tout droit du Moncayo voisin a un terrible effet améliorateur pour atténuer ces contrastes thermiques. Le cahier des charges accepte une multitude de cépages dont les plus courants en Espagne. Seul le Verdejo surprend ici...

Quand il pense Verdejo, l'amateur de vins du monde pense effectivement immédiatement à l'appellation Rueda. Il faut bien dire que c'est là son fief. S'adaptant bien aux conditions climatiques continentales, il doit son nom à la couleur de ses grains qui même à maturité optimale présentent encore un fort visuel vert. Quasiment toujours vinifié seul, il donne des vins généralement très aromatiques, corsés et riches en glycérols.

La cave coopérative Santo Cristo est la seule à cultiver ce cépage (6 hectares) dans cette région aragonaise. Fondée en 1945, cette production de blanc n'est qu'au second plan ici, les cuvées à base de Grenache tenant le haut du pavé. Des vins plutôt faciles d'accès pour toutes les bouches mais permettant de tenir en haleine les dégustateurs les plus avertis.

VIN BLANC
Espagne / DO Campo de Borja
Viñedos Santo Cristo (50570 Fuendejalon - Ainzon)
Millésime 2016
13,5%
Cépages: Verdejo (100%)

Entraînant à la méprise visuelle entre le foin séché et l'herbe fraîchement coupée. Noble sensation végétale retrouvée dans les narines avec un surplus olfactif très légèrement anisé. Il vient s'ajouter à des arômes fruités de citron vert, de poire et de kiwi. En l'invitant à la ronde dans le verre, il est transportant sur des sentiers tropicaux. L'acidité vivifiante garde tout le monopole dans la bouche conférant une indescriptible fraîcheur. Néanmoins on sent un ascenseur intéressant de corps en milieu de bouche. Une saveur supplémentaire de pamplemousse donne un peu de peps à l'ensemble et un noble amer de style amande clôture la relation.    

Accord idéal: la découverte des "huevos tontos" aragonais


vendredi 26 octobre 2018

CHIROUBLES

Il était tout à fait inconcevable que nous arrivions au troisième jeudi de Novembre et un événement à mon goût trop commercial sans avoir parlé de l'entière réalité viticole d'une région. On ne peut en effet pas limiter la viticulture beaujolaise à la seule production des médiatiques Beaujolais Nouveau (qui est pourtant un des vins les plus connus au monde). Cela serait faire abstraction des dix crus d'expression qui se partagent la partie nord de la région. Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour. Autant de noms qui entraînent les plus passionnés dans de belles rencontres mais qui sont encore trop méconnus du grand public. Quel dommage! Pourtant pas client des foires aux vins des enseignes de grande distribution, je me suis pourtant laissé tenter par l'achat d'un flacon, connaissant de nom le producteur et sachant son souci permanent de bien faire.

Croisement entre le Pinot et le Gouais, le Gamay, pourtant classiquement bourguignon est le principal instrument du succès beaujolais. Même s'il est sensible aux gelées, il a quand même une adaptabilité certaine au climat sauf sur les chaleurs les plus fortes. C'est un cépage très productif et qui s’accommode fort bien des sols pauvres. De fait, on le retrouve dans un grand nombre d'appellations françaises sur une palette de régions assez large (Beaujolais, Loire, Bourgogne, Sud-Ouest, Savoie et même un peu en Provence). Il donne des vins assez aromatiques, simples et faciles à boire.

CHIROUBLES est un de ces dix villages qui font office de cru au sein du vignoble Beaujolais. Reconnu en appellation d'origine depuis 1936, c'est le cru le plus élevé en altitude, nous oscillons ici entre 250 et 450 mètres. Une altitude compensée par une orientation exceptionnelle de ses coteaux vers le sud-est. De pauvres sols granitiques accueillent les plants de vigne. Le climat y est relativement sec mais continental avec des hivers très rigoureux. Environ 350 hectares partagés entre un peu moins de 80 propriétaires, une production d'envergure moyenne donc, mais peut-être les produits les plus expressifs de la zone.

Le domaine CHRISTOPHE SAVOYE est exactement situé sur le territoire de la commune de Chiroubles même si comme beaucoup de propriétaires de la région, le maître des lieux ne limite pas sa production à un seul cru beaujolais du fait de ses implantations multiples. Encore et toujours une histoire de famille, cinq générations sont passées avant. Avec exigence et passion, elles ont contribué au développement et à la renommée d'un domaine respectueux de son environnement et fidèle aux valeurs de son métier. La gamme de produits est ambitieuse avec cinq cuvées rouges (dont trois en Chiroubles), une blanche, une rosée et une effervescente. Sur un millésime 2017 très grêlé, produire aussi bien relève de l'exploit.

VIN ROUGE
France / Beaujolais / AOP Chiroubles
Domaine Christophe Savoye (69115 Chiroubles)
Cuvée Loïc
Millésime 2017
13%
Cépages: Gamay (100%)

Des deux yeux, vous tenez la chandelle de l'union du rubis et de la violette. Nul besoin d'un nez de Cléopâtre pour se laisser caresser par maintes effluves de cerises noires, de mûres et de roses. En bousculant un peu plus l'épithélium olfactif, une once de girofle jaillit. Plongeon buccal dans une cuve remplie de fruits bien mûrs. Une texture rendue crémeuse par des tanins encore vifs (on pardonne la jeunesse) mais mûrs. Digeste et tout en rondeur, il tient le palais en émoi avant de laisser place à une caressante terminale légèrement épicée approuvant tout de go le constat sus-cité. Il est de plaisir immédiat mais quelques lunes lui profiteront sans nul doute.  

Accord idéal: un gratin d'andouillette avec une purée maison


vendredi 19 octobre 2018

CHATEAUNEUF DU PAPE

Restons en France et dans le midi. Dans la partie méridionale du Rhône, le jeu de piste est énorme à la recherche de bons coups. Malgré de réels progrès, l'hétérogénéité des produits y reste hélas encore certaine. D'énormes succès à l'étranger (belle notoriété aux states) mais encore trop sous-estimés sur notre marché domestique. Quelle peine à l'annonce de crus tels Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Tavel, Lirac, Rasteau, Beaumes-de-Venise, Vinsobres, Ventoux, Luberon...Un vrai fourmillement de vins affriandants qui pour les meilleurs sont vendus en direct par des petits producteurs. Restons donc optimistes et conservons plaisir à se confier à ces produits.

Châteauneuf-du-Pape, une véritable fenêtre ouverte sur l'histoire. Depuis une époque lointaine (gallo-romaine) on connait l'existence de vignes sur le territoire du village. Tout s'accélère depuis XIVe siècle. Les papes qui s'installèrent à cette époque en Avignon mirent en lumière ce terroir, le village devenant même résidence d'été de la papauté. Sous cette impulsion, la notoriété grimpe jusqu'aux premiers exports, d'abord en Europe, puis bien vite de l'autre côté de l'Atlantique où elle jouit encore de ce succès. Toujours avec une idée d'avance, c'est aux vignerons châteauneuvois que nous devons les premières expéditions de vins français en bouteilles au XVIIIe siècle. C'est aussi à eux dès le début du XXe siècle que nous devons les travaux en vue et l'aboutissement de la notion d'appellation d'origine. Le 15 Mai 1936, le décret de l'appellation est publié et Châteauneuf-du-Pape devient la première AOC viticole de France.

La résumer brièvement est assez simple. Un vaste territoire de 3200 hectares répartis sur cinq communes du département du Vaucluse. Des terroirs originaux de géologies diverses, les fameux galets roulés en porte drapeau. Un climat méditerranéen prononcé (chaud, sec, aride et venté). 94% de production en rouge et 6% en blanc. 13 cépages autorisés (Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Clairette, Vaccarèse, Bourboulenc, Roussanne, Counoise, Muscardin, Picpoul, Picardan, Terret Noir). L'association de plusieurs de ces cépages fait la typicité, la complexité et l'aspect unique des cuvées. Le Grenache Noir y est majoritaire du fait de sa meilleure résistance aux assauts climatiques. Les structures tanniques si particulières, des retours marqués à la simplicité et des pratiques raisonnées en font le plus prestigieux des crus méridionaux. Dernière particularité, l'émérite bouteille armoirée qui participe notablement à la gloire.

Le Domaine Pontifical est un des innombrables domaines patriarcaux de notre pays. Quatre générations s'y succèdent et bientôt une cinquième en la personne de la fille de l'actuel maître des lieux prendra probablement la suite. 17 hectares plantés (sur galets roulés et calcaires) sur la commune de Châteauneuf permettent la production de deux cuvées, une rouge et une blanche (pourquoi diable se compliquer quand on peut faire simple et bon!). A chaque fois, quatre cépages y sont mêlés et vinifiés de manière aussi conventionnelle que simple. La prépotence est quasiment toujours au rendez-vous. Le tout à des prix constituant en permanence la bonne affaire.

VIN ROUGE
France / Rhône Sud / AOP Châteauneuf-du-Pape
Domaine Pontifical (84230 Châteauneuf-du-Pape)
Millésime 2012
14%
Cépages: Grenache (80%), Syrah (10%), Mourvèdre (5%), Cinsault (5%)

L'on chante "Le temps des cerises" quand on le croise du regard. Une belle offre de dégradé dans les parfums. L'on y reconnaît les cerises gorgées de soleil, les fraises des bois, les prunes confites, les oranges sanguines, le poivre et la violette. Une introspection dans le verre plus loin, véritable intrication de notes racinaires et d'olives noires. Le volume de bouche est généreux d'emblée. De bien belles noces de la finesse et de la puissance. Des tanins qui gagnent en sagesse à l'approche d'une chair douce et de belle concentration. Des saveurs de graphite et de fruits noirs viennent cohabiter avec la base fruitée précédemment narrée. Une finale méridionale incommensurable, poivre et olives nous disant à très bientôt. Un tout petit regret, malgré sa probable entrée en phase d'apogée, il méritait un an ou deux de plus de cave. Dans l'espoir d'en retrouver! Ce millésime 2012, plus tardif donne vraiment des produits incontournables.

Accord idéal: Filet de cerf sauce au poivre et endives braisées


samedi 29 septembre 2018

COTES DU ROUSSILLON LES ASPRES

A l'heure où il faudrait tout standardiser dans la nouvelle grande région Occitanie, il est rassurant de voir qu'en matière de vins, il n'y a aucune envie de raisonner de telle sorte. Heureusement, tout le monde va continuer à garder sa petite identité et nous disciples de Bacchus tous nos repères. Donc aujourd'hui direction les vignobles du Roussillon pour parler d'un vin catalan. Un petit coin de France toujours (et heureusement) attaché à sa forte identité, ce qui en matière de vins (et pour bien d'autres sujets) lui permet de se démarquer positivement de bien d'autres régions. Pour mémoire, nous avions déjà en ces lignes fait une première incursion en Catalogne Nord (lien).

Le Roussillon est composé d'une mosaïque complexe de sols. En plus d'un climat propice, vous avez là le début d'une belle recette productive. Pour ce qui est de notre appellation du jour COTES DU ROUSSILLON "LES ASPRES", le sol est majoritairement fait de schistes gris, de quartz, de granite, de gneiss et de marbre. Le postulat initial est donc confirmé.
Le paysage y est très vallonné avec très souvent de toutes petites parcelles de vigne. L'altitude oscille entre 100 et 400 mètres. A noter, l'éloignement de la mer tempère le climat méditerranéen. Il y est néanmoins chaud (plus de 300 jours d'ensoleillement par an), aride et très venteux (effet positif de la Tramontane pour chasser l'humidité). Grâce à un travail de plus en plus précis et qualitatif des producteurs, les cuvées de ce petit coin de France peuvent regarder droit dans les yeux les plus belles élaborées de l'autre côté de la frontière (Priorat et Montsant en tête d'affiche).

L'appellation Côtes du Roussillon Les Aspres voit le jour en 2003. Elle est entièrement consacrée aux vins rouges et est la plus récente et la plus petite des appellations du Roussillon. La superficie est de 160 hectares pour la couverture de 37 communes situées dans les avant postes sud des Aspres et des Albères. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, depuis fin 2017, la production de 18 communes pour 99 hectares fait l'objet d'une appellation supplémentaire en Côtes du Roussillon Villages "Les Aspres".
Les vins doivent être un assemblage d'un minimum de trois cépages contrairement à la majorité des autres productions locales qui n'en nécessitent qu'un minimum de deux. Les cépages acceptés sont: Carignan, Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Lladoner Pelut. L'association de cépages a toujours fait la typicité des produits des régions Languedoc et Roussillon, les professionnels s'évertuent donc à rechercher les meilleurs assemblages en fonction de la qualité de leurs raisins.

Le domaine Sol Payré (n'oubliez pas de prononcer le y!) est exploité depuis 1913 par une même famille où pour l'instant cinq générations se sont succédées. Deux terroirs distincts pour des produits totalement différents. Une gamme riche en rouges bien sûr, blancs, rosés et vins doux naturels (logique par ici) aussi, chacun peut facilement y trouver son (voire ses) bonheur(s). Au total près d'une cinquantaine d'hectares menés de manière raisonnée avec une grande maîtrise des rendements et une minimisation des techniques trop poussées de vinification qui pour moi sont souvent préjudiciables à la typicité des produits. Cela reste la philosophie du domaine, on ne peut que les encourager à poursuivre dans cette voie. 

VIN ROUGE
France / Roussillon / Côtes du Roussillon Village "Les Aspres"
Domaine Sol Payré (66200 Elne)
SCELERATA
Millésime 2015
14%
Cépages: 25% Mourvèdre, 25% Carignan, 25% Syrah, 25% Grenache

Robe prune à la profondeur abyssale. Un nez vif et sanguin mêlant les senteurs de cerises noires macérées, les baies de sureau confites, les épices et le cuir brûlé. Comme on en a jamais assez, la deuxième olfaction nous mène sur la route de notes graphites certaines. La bouche est ronde et suave d'emblée, évoquant les fruits macérés. Une dentelle de sensations avec pour dénominateur commun la finesse et l'élégance, le tout ne manquant ni de force ni de caractère. Les tanins sont millimétrés et au diapason d'une acidité bien maîtrisée, une belle enveloppe de matière. La finale est généreuse et chaude, le poivre blanc formidablement mis en éxergue. Le côté fruité reprend alors le relais en ressouvenance cherchant l'éternel. Excellent équilibre bâti sur la quintessence tirée des quatre cépages qui se complètent ici admirablement.

Accord idéal: un créatif civet de lièvre au chocolat


lundi 17 septembre 2018

IGP ARIEGE

"Les collines ne peuvent se comparer aux montagnes". Proverbe tibétain qui n'est pas forcément vrai partout et surtout pas dans l'Ariège. Un département où en plaine, les majestueuses collines talonnent de manière espiègle les plus hauts sommets. Les plaines et le piémont abritent même la majorité des ressources agricoles permettant les si belles productions de ce terroir tant sur le plan alimentation que boisson. Pays d'identité et de fort caractère, ces deux qualités se retrouvent à bon escient dans les résultantes de production. Le vin, pour notre plus grand plaisir n'échappe pas à ce constat.

Une activité viticole pour le moins confidentielle autour d'une seule appellation: IGP Ariège. Les premières plantations de vignes remonteraient à la fin des années 900 soit plus de mille ans en arrière avec des pieds de Syrah (cépage encore présent dans ces contrées). Autre fait historique honorifique pour la viticulture ariégeoise, il tient lieu de noter que c'est dans une ferme école créée par Napoléon III au 19e siècle que fût expérimentée la taille en cordon de Royat, encore utilisée de nos jours. Ce beau département ne pouvait donc pas rester viticolement muet à jamais. Ainsi, à la fin des années 90, quelques vignerons audacieux relancent le système. Les débuts sont prometteurs et depuis 2013, l'IGP Ariège est reconnue. Six producteurs se partagent les quasi 60 hectares plantés. L'encépagement se fait autour d'une diversifiée palette de cépages, mêmes si les suivants dominent, jugez plutôt: Chardonnay, Chenin, Sémillon, Sauvignon, Petit-Manseng, Syrah, Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Tannat, Pinot Noir. Les cuvées se décomposent à 75% en rouge, 15% en rosé et 10%  en blanc. Le climat très ensoleillé avec des hivers assez doux, des printemps humides (utile pour favoriser le cycle végétatif) et des étés très chauds et secs, permet un exercice optimal de la culture de la vigne. Les influences continentales augmentent avec l'altitude, permettant de magnifier les plus sensibles cités plus haut.

Le domaine de Lastronques fait partie des producteurs d'ici. Planté sur environ treize hectares sur les coteaux de la Vallée de la Léze, les vignes y sont jalousement surveillées par les Pyrénées plus que voisines. La famille Zeller est commise aux bons soins d'une terre très respectée dans son activité biologique. Les rendements sont maintenus faibles grâce à une taille rigoureuse. La bouteille du jour est une véritable et inattendue révélation du jeudi précédent, oasis de bonheur au milieu d'un désert de bruit. Et du coup le passionné curieux que je suis ne pourra qu'envisager de compléter une telle impression par une dégustation du reste de la gamme dans les prochains mois.

VIN BLANC
France / Sud-Ouest / IGP Ariège
Domaine de Lastronques (09210 Lézat-sur-Lèze)
Millésime 2016
13%
Cépages: Chardonnay (40%), Sauvignon (40%), Chenin (20%)

Il scintille comme une pépite d'or dénichée dans le lit de l'Oriège. L'effet de Foehn libère subrepticement un bouquet aromatique complexe. Nous tenons là du floral (chèvrefeuille, camomille), du fruité (poire, mangue) et du minéral (pierres mouillées, celles de la rivière sus citée bien sûr). L'ouverture en bouche se fait sur d'évidentes notes de maturité. Éblouissant au palais par son volume très gras, il "chardonne" supérieurement. Un léger perlant encore perceptible lui confère une inénarrable sensation de fraîcheur pour une délicate acidité. La pêche et l'abricot viennent compléter le quinté précédemment annoncé sur le plan des saveurs. Finale acidulée et sapide rappelant la mandarine. Équilibre plaisant, un vin gourmand et charmeur.  

Accord idéal: un pavé de truite des Pyrénées snacké aux deux sésames


mercredi 12 septembre 2018

EXTREMADURA

Pour cette première en Septembre, la "semi-rentrée" se fait en Espagne. Peu original me direz-vous. Nous pourrons toujours y découvrir mille et une choses. Et au plus on se perd, au plus on découvre. La flânerie du jour en est encore la preuve.

Des souvenirs plein la tête en vous parlant d'Estrémadure, tellement j'y ai séjourné et tellement j'y suis attaché. Cette région d'Espagne, véritable trait d'union entre la Castille et l'Andalousie, un paradis pour les aficionados d'architecture et d'art. Des villes au riche passé telles Mérida et Caceres, de quoi y perdre des journées entières. Un relief aussi variable que le climat, la possibilité de tutoyer la pleine nature entre faune et flore. Une gastronomie très riche, très influencée par les produits porcins qui se nourrissent de glands... Et bien évidemment, d'excellents produits issus de la vigne.

En Estrémadure, il tient lieu de distinguer les vins produits en Denominacion de Origen (DO Ribera del Guadiana) et les Vinos De la Tierra (VDT de Extremadura). Une production plus confidentielle (mais non moins qualitative) de Cava (et oui la Catalogne et la Rioja n'en ont pas le monopole) et celle de vinos de pitarra (sur lesquels nous reviendrons plus tard). Concernant notre appellation du jour (Vino De la Tierra de Extremadura) elle se base sur environ 8000 hectares plantés et partagés entre 70 producteurs environ, répartis sur l'intégralité du territoire extremeño. Le climat y est continental avec une influence océanique très modérée et des températures très élevées en été. L'hiver les précipitations sont abondantes et le climat frais, à l'extrême opposé, raison du nom de la région! Les sols y sont pauvres et les choix culturaux déterminants pour la réussite de production. Nombreux cépages rouges et blancs sont autorisés (dont quelques autochtones) mais par exemple pour les rouges, le Tempranillo est l'incontournable "lider".

Dans le village d'Almendralejo (ville au sud de Badajoz) qui est un des berceaux de la vigne dans cette région, il y a de tout temps eu des productions de qualités, les cavas d'Estrémadure venant notamment de là. Mais j'avais souvenir qu'étant adolescent et en voyage dans les environs avec mon collège, nous visitâmes une cave coopérative dans cette ville, Viña Extremeña Viñexsa. A l'époque, même si j'étais déjà familier des choses du vin grâce à mon éducation et la pratique précoce du travail vigneron, je ne pouvais me passionner comme maintenant et je ne me souviens quasiment plus du contenu de cette visite. Néanmoins, en visite pas mal d'années plus tard dans la même région, je me suis fendu de l'achat de quelques bouteilles chez un caviste. Récemment j'ai eu envie de me faire plaisir avec un millésime ancien pour fêter un événement assez spécial de réussite et me suis naturellement tourné vers une de ces bouteilles, au cachet visuel déjà si particulier. Hélas cette cave coopérative a définitivement fermé ses portes, mais bien des producteurs d'un très bon niveau continuent et portent haut les valeurs de leur terroir.

VIN ROUGE
Espagne / Extremadura / VDT de Extremadura
Viña Extremeña Viñexsa (06200 Almendralejo)
Corte Real
Millésime 2007
13,5%
Cépages: Tempranillo (50%), Cabernet-Sauvignon (50%)

"Couleur Café", une pensée pour Serge Gainsbourg en un clin d'oeil. Olfactivement encore très net et prononcé sur un émoustillant bouquet tertiaire fait de pruneaux bien cuits, de tabac blond surexposé au soleil, de cuir et de grains de café fraîchement torréfiés. Prélude en bouche en mode saisissement fruité, la prune (cuite) et la cerise (à l'eau de vie) nous accueillent et préparent admirablement le terrain d'un ascenseur sensoriel certain. Les tanins encore positivement batailleurs et serrés confèrent énormément de corps tout en étant astucieusement domptés par une acidité pour toujours salivante. Aux parfums flairés au préalable qui se rappellent à notre souvenir en bouche, nous ajouterons la réglisse pour une finale longue et délicieuse qui souille favorablement votre muqueuse d'interminables minutes durant. Il a largement de quoi traverser plus d'époques.

Accord idéal: un civet d'agneau, tel qu'il se cuisine par là bas