vendredi 3 mai 2019

SAUVIGNON BLANC

Premier vendredi du mois de Mai, c'est le jour international du cépage Sauvignon Blanc... Evènement commercial peut-être, à vrai dire je n'en sais rien et n'étant pas sensible à ce genre de coïncidences, je préfère m'en tenir aux bons souvenirs de dégustations autour de ce cépage, capable de convaincre dans toutes les catégories de prix mais aussi me rappeler d'une masterclass animée de manière énergique et convaincante (me faisant presque être fan de l'anglais du vin) par Rebecca Gibb MW lors du salon Wine Paris qui s'est tenu en Février dernier. Focus donc ce soir sur un cépage plus que sur une appellation et/ou un territoire.

Le SAUVIGNON BLANC est un cépage très répandu à travers le monde. Il est célèbre depuis la fin du XVIIIe siècle et ses origines seraient bordelaises et ligériennes quant à ses premières implantations. Il serait demi-frère du Chenin Blanc et son croisement avec le Cabernet Franc donna le Cabernet Sauvignon, grand cépage rouge à succès. Véritable illustration des territoires dans lesquels il grandit et comme beaucoup de cépages aromatiques, il est capable de prendre mille expressions. Il se plait dans les terres peu productives et devient très vigoureux s'il n'est pas rigoureusement conduit. A ce titre le palissage, la taille et l'épamprage sont nécessaires. Ceci permet également de contourner sa sensibilité à certaines maladies telles l'oïdium, et la pourriture grise. Implanté géographiquement désormais dans le monde entier, la France reste son berceau avec le vignoble bordelais et le nord de la Loire comme fiefs (Sancerre, Pouilly Fumé). Il est également présent en Italie, en Afrique du Sud, en Australie, au Chili (agréables surprises) mais dans ce que l'on appelle le Nouveau Monde viticolement parlant, c'est en Nouvelle-Zélande et plus particulièrement dans la région de Marlborough (nord de l'île sud) qu'il exprime les plus grandes qualités. Au delà des vins secs, il peut également produire de grands vins liquoreux (région bordelaise) à condition de laisser la pourriture noble se développer. Son aromatique si particulière en fait un vin aussi facile que ludique à déguster pour toutes les bouches.

Le CHATEAU LA VERRIERE est situé dans la partie la plus orientale du vignoble bordelais, il fait presque de l’œil aux appellations dordognotes voisines. Travaillé depuis quatre générations par une même famille, il s'étend désormais sur 75 hectares de parcelles d'une grande qualité. La vigne est toujours travaillée avec le respect de la terre et en privilégiant la qualité du raisin en limitant les rendements par une conduite raisonnée du vignoble. La gamme est composée de deux cuvées blanches, deux rouges et une rosée. Le rapport qualité/prix/plaisir est à ranger dans la catégorie des imbattables.

VIN BLANC
France / Bordeaux / AOP Bordeaux
Château La Verrière (33790 Landerrouat)
Bordeaux Blanc
Millésime 2016
13,°
Cépages: Sauvignon Blanc (100%)

Une robe de gala cristalline aux reflets platine. Un nez charmeur intense ouvert et expressif, subtil mélange de fleurs de daphné, de pamplemousse et de fruits de la passion. L'abricot vient donner une touche plus classique en deuxième intention. La bouche est un formidable duo d'équilibristes entre la fraîcheur et le corps. L'acidité et le volume jouent des coudes sur un profil exotique qui exprime une grande personnalité. La franchise et la longueur de la finale vous mènent sur de fins amers citronnés vivaces très appréciables.

Accord idéal: Oursins au naturel et purée de potimarron


vendredi 19 avril 2019

PATRIMONIO

La Corse ne se raconte pas, elle se regarde, elle se respire et elle se donne à ceux qui savent l'aimer et la comprendre. Pour ses vins, c'est exactement la même chose et quelques flacons issus de l'île de beauté pourraient aisément accéder au statut d’élixir de bonheur. Je ne peux pas le cacher, j'ai un faible pour les vins méditerranéens. Comme un peu marié avec le Languedoc (du côté de Saint-Chinian) mais avec des relations infidèles pour des vignes regardant de près ou d'un peu plus loin la mer. Certaines cuvées corses me permettent une idéale relation adultère... Pour preuve!

Le vignoble corse a une renommée qui traverse les siècles, une tradition qui remonte à l'antiquité. Les viticulteurs ont toujours su tirer un parfait profit de tous les atouts (sols, climats, reliefs) qui sont plus qu'enviables. Si l'on y rajoute un trésor d'un peu plus d'une trentaine de cépages autochtones (nous en verrons plusieurs au fil du temps), tous les éléments sont réunis pour affirmer une véritable identité. Le soleil brille ici plus qu'ailleurs en France, flirtant avec les 2800 heures annuelles, une chaleur tempérée entre mer et montagne. Nombreuses variantes selon l'altitude et l'exposition, faisant de la Corse un patchwork de terroirs.

PATRIMONIO  est une des neufs appellations d'origine protégée corses. Nous sommes en Haute Corse. Il y a là la terre, la mer et la montagne (qui protège des vents), le vignoble dominant le golfe de Saint-Florent. Des sols caillouteux, argilo-calcaire, parfois schisteux et de faibles rendements sont autant d'atouts qui viennent s'ajouter à ceux précédemment cités pour justifier la qualité des productions de cette petite zone viticole d'un peu plus de 400 hectares (sur sept communes) qui est tournée à 85% sur les vinifications en rouge. Le Niellucciu règne ici en maître. Cépage noir pour l'heure typiquement corse, il est descendant du fameux Sangiovese toscan. Implanté depuis le 12e siècle il est l'acteur principal du succès des vins de l'appellation. Rustique et plus riche que d'autres en tanins, il permet aux vins corses de traverser les époques avec majesté. Bien vinifié, il donne des vins sauvages et empreints de caractère. De vrais produits identitaires.

Le Domaine Leccia est situé au cœur de cette appellation. Plus de cent ans de tradition viticole familiale résument l'histoire du domaine étendu sur 13 hectares de vignes. Une attention permanente sur les équilibres entre interventions manuelles et mécaniques, une limitation des intrants (aucun produit chimique) ainsi que des pratiques culturales raisonnées permettent de qualifier le domaine en bio et de démontrer si besoin en était toute la passion des propriétaires. Des productions en blanc, en rouge et en rosé avec une infime part de vin doux naturel également (Muscat du Cap Corse). D'excellentes expériences sensorielles.  

VIN ROUGE
France / Corse / Patrimonio
Domaine Leccia (20232 Poghju d'Oletta)
Pettale
Millésime 2016
14,5%
Cépages: Niellucciu (100%)

Paré d'une robe rubis soutenue scintillant à la lumière. S'échappent d'intenses effluves de fruits rouges et noirs macérés tels la cerise, la grenade, la mûre et le cassis, un peu d'écorce d'orange sanguine et de réglisse pour compléter une palette aromatique fort complexe. La bouche est d'une mâche énergique sans pareil, un subtil velouté procuré par une finesse peu commune des grains de tanins. Sensation d'une maturité du fruit très poussée mais restant aussi soyeuse que digeste portée par un équilibre juteux entre l'acidité et le corps. Finale longue et savoureuse sur la réglisse avec une très légère note fumée. Vous pouvez aussi bien lui crier "Veni Qui" qu' "Aspetta". Le rêve corse se poursuit!

Accord idéal: Veau aux olives à la corse


lundi 8 avril 2019

CERONS

Si on exclut Sauternes et Barsac, je trouve que la partie sud-est du vignoble bordelais est un peu mise de côté de manière très dommageable. Et pourtant... On oublie bien vite les rouges très aromatiques de Graves et certains Bordeaux supérieurs de très grande personnalité. Et on abandonne carrément quelques pépites blanches liquoreuses issues des appellations telles que Cadillac, Loupiac, Sainte-Croix-du-Mont et Cérons... Elles sont bien évidemment dans l'ombre des deux citées plus haut, il n'empêche que l'on peut trouver parmi elles quelques produits d'une élégance y ressemblant à s'y méprendre.

L'aire de production (38 hectares) de l'appellation Cérons (qui est uniquement dédiée aux vins blancs) se situe sur le territoire de trois communes (Cérons, Illats et Podensac) en bord gauche de Garonne. Sauternes est voisin d'une quinzaine de kilomètres, Barsac encore plus près. Ici aussi le climat (océanique) et la proximité de la rivière (le Ciron et son eau si froide à l'automne) sont deux facteurs clés à la culture de raisin atteints par la pourriture noble (botrytis cinerea pour les intimes) le temps des vendanges venu. Les brumes matinales laissant place grâce au vent à un soleil améliorateur, les conditions sont ainsi optimales pour le développement de la pourriture noble sur des raisins surmûris. Le sémillon, cépage blanc originaire du bordelais (et même de cette région sud-est si l'on s'en réfère à bien des ouvrages) se prête très bien à la production de vins botrytisés, sa peau épaisse se prête bien malgré tout à l'atteinte des baies par la pourriture noble. Manquant un peu d'acidité, il est néanmoins doté d'une aromatique très particulière et est de fait à la base de très grands vins qui sont en plus aptes à vieillir de longues années.  

Le Domaine du Salut a été repris par ses actuels propriétaires voici quatre ans. 16 hectares de vigne sont cultivés en blanc et en rouge sur les appellations Graves et Cérons. Un tout petit hectare est consacré à la culture du sémillon dévolu à la cuvée Château Huradin en AOP Cérons. La conscience environnementale guide toutes les actions du couple aux manettes du domaine et on peut dire que la réflexion est souvent poussée très loin, avec beaucoup de rigueur mais surtout avec une résultante d'un très bon niveau. Les critiques, reconnaissances et labels sont tous là pour en attester.

VIN BLANC
France / Bordeaux / AOP Cérons
Domaine du Salut (33720 Cérons)
Château Huradin
Millésime 2015
13,5°
Cépages: Sémillon (100%)

Fait briller à vos yeux le bronze et l'or. Un nez évocateur d'une belle salade exotique faite d'ananas frais, de mangues et de papaye. Elle est soulignée d'un trait de vanille bourbon et d'un filet de miel coulant sous la cuillère. La bouche est d'une belle suavité, une matière onctueuse et souple alternant finesse et profondeur. Un fruit frais s'exprime sans peine dans une liqueur sans lourdeur aucune pour le palais. Belle vivacité en finale, une sensation rafraîchissante laissée par un amer enchanteur de type pamplemousse. A boire pour un plaisir immédiat ou à oublier dans la cave pour gagner en complexité.

Accord idéal: Trilogie internationale de fromages persillés (Roquefort, Gorgonzola, Cabrales)


jeudi 28 mars 2019

SAUMUR-CHAMPIGNY

Fêter l'arrivée du printemps avec une cuvée nommée CUVEE DE PRINTEMPS est anodin au possible me direz vous. Je ne suis pas si d'accord que cela. L'arrivée du printemps est une formidable période pour passer de ces vins qui font l'hiver avec force, caractère et élégance ; à des liquides souvent plus jeunes, légers, fins mais tout à fait expressifs. Cette période permet aussi de tremper pour la première fois les lèvres avec les résultats de la vendange de l'année qui précède... Un bon indicateur de millésime en quelque sorte...

Saumur-Champigny, vignoble ligérien dont les origines semblent remonter au IVe siècle, une longue histoire donc. Traversée des époques jusqu'à notre ère et l'appellation voit le jour en 1957. Moins de dix communes du Maine-et-Loire constituent son territoire, sur le côté gauche du fleuve Loire. Le climat est tempéré d'influence océanique et les sols sont majoritairement faits de sables et d'argiles. Le tuffeau, un calcaire poreux et tendre est aussi présent dans les sols. Son pouvoir absorbant et restituant permet de réguler l'apport d'eau aux pieds de vigne, effet grandement améliorateur.
Le Cabernet-Franc, cépage rouge très répandu dans le Val-de-Loire est ici majoritaire. Je ne m'étendrai volontairement pas ici sur ce cépage malgré que je l'apprécie car une autre occasion me sera bientôt donnée. Je dirai juste qu'il est originaire des Pyrénées! (ceux qui me connaissent comprendront)

Le DOMAINE DE NERLEUX (loups noirs en vieux français) n'échappe pas à la règle inter-générationnelle de ce joli monde du vin. Neuvième génération à présider aux destinées du domaine. 47 hectares plantés de Cabernet-Franc majoritairement, de Chenin (quoi de plus logique ici) et complétés par un soupçon de plants de Chardonnay (pour la production de crémants de Loire). Une situation géographique exceptionnelle, un microclimat profitable ainsi qu'une maîtrise parfaite des méthodes permettent un résultat productif certain. La fameuse CUVEE DE PRINTEMPS a été dégustée dans un hiver qui n'en était pas vraiment un, j'avais volontairement gardé mes notes de dégustation jusqu'ici. 

VIN ROUGE
France / Vallée de la Loire / Saumur-Champigny
Domaine de Nerleux (49260 Saint-Cyr-en-Bourg
Cuvée de Printemps
Millésime 2018
13,5%
Cépages: Cabernet-Franc (100%)

Le violet laisse place à un rouge franc séduisant à l’œil. Un groupe de fruits noirs et de fruits rouges défilent devant votre nez. La mûre, le cassis, la framboise, la groseille. Deux par deux tels des élèves se tenant la main. Une note graphite en complexité vient bien rappeler le crayon à papier de notre enfance. Friandise en bouche, la souplesse soyeuse des tanins laisse les fruits continuer à bavarder jusqu'à pousser le cri du loup en fin de dispute. Point de punition, une infusion croquante qui dure encore et encore avec comme point final une impression salivante. Belle réussite.

Accord idéal: une classique omelette parisienne


jeudi 21 mars 2019

TAVEL

Est-ce que le vin rosé français peut encore nous surprendre? L'attente peut-elle être grande quant à ces cuvées? Oui les deux fois. Personne ne peut dire que tous les rosés sont les mêmes, pourtant on l'entend trop souvent et c'est tellement réducteur. Tant elle regroupe différents styles de vins rosés, la France est assurément un leader mondial en la matière. Des rosés de la Loire à ceux de Bordeaux, de ceux du Languedoc à ceux des Riceys, des détours rhodaniens et corses, retour vers le Sud-Ouest en Gascogne, cela donne plus le tournis que la Grande Boucle du mois de Juillet.

TAVEL, appellation rhodanienne! Oui je le précise, quelle désagréable surprise de la voir autant dans des cours de dégustation que dans des concours respectables classée parmi les cuvées languedociennes. Alors oui Tavel et Roquemaure (seul autre village dans le périmètre de l'appellation) sont des cités gardoises (département occitan et languedocien) mais viticolement parlant elles partent dans le Rhône Sud. TAVEL est une appellation qui ne produit que des vins rosés. Elle fait face à Châteauneuf-du-Pape géographiquement parlant, le fleuve Rhône en arbitre. Le climat y est logiquement méditerranéen. Beaucoup de soleil, peu de pluie et ce vent bienfaiteur qu'est le mistral. Les sols y sont divers malgré une majorité de sables et de calcaires, une grande partie est située en zone alluvionnaire ce qui est une réelle plus value pour la culture de la vigne. Onze cépages rentrent dans le cahier des charges mais aucun de ces cépages ne doit dépasser 60% de la superficie d'une exploitation. Généralement, le cépage majoritaire est le Grenache, les autres venant en complément pour apporter leur petite touche de typicité et leurs différences sensorielles. Traverser le temps est une des qualités des vins de TAVEL, de leur prime jeunesse jusqu'aux canons de l'âge de raison. Ainsi l'on peut y trouver diverses nuances. C'est la probable raison à l’élévation au grade de "cru" et à des gloires de meilleur rosé de France voire du Monde (il traverse volontiers les frontières).

Détenu par la famille Demoulin et plusieurs générations depuis 1936, le CHATEAU TRINQUEVEDEL est entouré de 32 hectares de vignoble. Les sols de sable et de galets sont propices à la culture de nombreux cépages qui composent généreusement les cuvées majoritairement rosées produites ici (quelques rouges en appellations voisines et une seule cuvée en blanc doux). Rigueur et minutie sont poussées au paroxysme pour ce qui est des vinifications. Le produit présenté ce jour est le fruit d'un assemblage qui a tout d'une superbe mosaïque de cépages. Encore jeune mais assurément au top. Dégusté dans le cadre d'un salon parisien, il se démarquait très largement des autres vins rosés par sa richesse sur tous les plans. Je me devais donc de vous le présenter, ce qui nous permet de sortir de la monotonie des rouges et des blancs, avec bonheur!

VIN Rosé
France / Rhône Sud / Tavel
Château de Trinquevedel (30126 Tavel)
Cuvée Traditionnelle
Millésime 2018
14%
Cépages: Grenache (60%), Clairette (13%), Syrah (13%), Cinsault (10%), Mourvèdre (3%), Bourboulenc (1%)

Vos yeux s'ouvrent sur un rose incarnadin. Nette prémonition nasale de groseilles, de petites cerises avant de laisser dignement place à des oranges Taroco et des pointes de condiments. Imbroglio sensoriel majeur et fort appréciable. La bouche est charnue et enrobante, un véritable patchwork de fruits frais pour décor gustatif. Une tension louable lui permet une sublimation en deuxième intention dans un registre plus vineux qui n'en est pas moins élégant. La finale est délicatement épicée, sans lourdeur mais avec une gracieuse matière qui se rappelle à vous de longs instants. Assurément un vin rosé taillé pour la table.

Accord idéal: Ceviche de poulpes marinés aux agrumes




dimanche 10 mars 2019

CARIGNAN

Il est des démarches vigneronnes qui ne peuvent laisser insensible. Celles laissant s'exprimer des cépages moins connus et/ou les rappelant aux bons souvenirs des passionnés sont très louables. En effet, comment mieux comprendre le vin que par l'intérêt pour la matière première qui le compose et le terroir dont elle est issue. Le savoir, la sagesse, le romantisme des hommes et des femmes en juges d'harmonie... Le sud de la France fourmille de ces cépages qui ont fait sa renommée viticole avant de connaître quelques éclipses. La lumière revient toujours et augustes sont ceux et celles qui osent y croire.

Le Languedoc est encore le berceau de notre rencontre sensorielle du jour. Et même si nous allons faire honneur à un vin issu du terroir exceptionnel de Minervois-la-Livinière, je préfère insister sur un cépage le CARIGNAN. Vous qui êtes des lecteurs assidus, vous avez déjà pris garde au fait que ce cépage est très présent en association dans les cuvées sudistes (principalement en Languedoc et en Roussillon). Il faut dire que ce cépage est d'origine espagnole, aragonaise plus particulièrement où il ne nomme Cariñena (du nom de la ville qui en plus héberge une appellation) ou Mazuelo. Cépage pouvant être assez productif suivant sa conduite, aimant les sols pauvres mais bien exposés, il résiste fort bien aux aléas climatiques chauds mais est quelque peu sensible aux maladies et donc de fait nécessite surveillance et soin. Tardif, il aime les arrière-saisons sèches. Cultivé en masse pour son abondance un temps jadis, il était un peu tombé en désuétude en raison de produits manquant clairement de charme. La vinification en macération carbonique a redonné de méritées lettres noblesses à ce cépage avec entre autres qualités des couleurs profondes, des aromatiques prononcées, de la présence tannique et de belles acidités.

Le Clos Centeilles se trouve sur un des meilleurs terroirs du Languedoc comme cité ci-dessus. C'est clairement un conservatoire officieux, riche de 22 cépages. L'enragé curieux que je suis ne pouvait que bouillonner intellectuellement devant une telle offre. Quand en plus les travaux sont empreints de sincérité, de rectitude et de conscience, l'on boit déjà les paroles ou les écrits les relatant avant de déguster les productions. Les cultures sont ici menées en lyre avec la plus grande précision. Les vendanges sont manuelles et tout est mis en oeuvre pour éviter l'écrasement des baies. Tout ce qui suit est bien sûr millimétré mais dans la plus grande simplicité comme se plaisent à le préciser Patricia Boyer-Domergue et Cécile Domergue (mère et fille) qui œuvrent toutes deux à la tête de cette exploitation, une aventure débutée par la première nommée au début des années 90... Dire que la qualité est au rendez-vous serait clairement un euphémisme, je ne manquerai donc pas de vous reparler en ces lignes et plus en détail des merveilleuses autres possibilités de ce domaine.  

VIN ROUGE
France / Languedoc / Minervois
Clos Centeilles (34210 Siran)
Carignanissime
Millésime 2015
13,5%
Cépages: Carignan (100%)

Brillantissime est la robe aux jolis dégradés de violine. Urgentissime chatouillement nasal dans un répertoire très confit de cassis, de raisin macéré et de prunes noires. Éminentissime variation autour du laurier-sauce, des baies de genièvre et des clous de girofle. Grandissime franchise de goût, la bouche frime et s'exprime par une élégance magnanime. Légitime mais pommadée grande présence tannique permettant d'éviter la déprime aux saveurs qui tirent désormais vers la liqueur, rarissime alternance des sensations tout du long. Ultime relation sur des notes truffées et en étant fou sur un soupçon maritime. De manière unanime des sens, il n'est pas de plus divin crime sur un tel millésime!  

Accord idéal: dix bons centimètres de sérénissime saucisse de sanglier grillée


jeudi 28 février 2019

IGP PAYS DES BOUCHES DU RHONE

Il est parfois agréablement surprenant de se détourner du système des appellations d'origine protégée au profit du système des indications géographiques protégées... Quel grand routier n'a jamais quitté l'autoroute au bénéfice d'une nationale... Les plus grincheux pourront s'attacher à la dénonciation de rendements industriels et donc de moindre soin, le cahier des charges étant moins strict en IGP qu'en AOP, mais si l'on pousse plus loin la réflexion, l'on peut y voir des signes supérieurs d'originalité et pourquoi pas de qualité, du fait justement que le cahier des charges moins empreint de critères laisse aux producteurs plus de libertés en termes de conduite des vignobles, utilisation des cépages et assemblages... Nous l'allons bien sûr essayer de le démontrer.

L'IGP Pays des Bouches du Rhône est une appellation est une appellation produite dans le département éponyme. Elle est principalement destinée à la commercialisation en grande distribution. L'introduction de la viticulture sur ce territoire remonte à plus de 2600 ans en arrière par les peuplades phocéennes. Les zones de production se situent autour d'Aix-en-Provence et entourant la Camargue. Le climat méditérannéen (mais tempéré par des vents favorables), un relief légèrement montagneux et des sols argilo-calcaires sont autant d'éléments permettant un exercice optimal de la culture de la vigne. Les vins rouges et les vins rosés y restent majoritaires, mais la part confidentielle de vins blancs ne saurait être passée sous silence.

VILLA MINNA VINEYARD c'est une nouvelle histoire de famille dans le monde du vin. Une fois encore une philosophie exquise et une relation au vin tenant de l'idylle. Du début à la fin, le temps semble rester l'incontournable dans un travail aussi raisonnable que minutieux. Un total respect de la matière première qu'est le raisin et de la nature permettant l'élaboration de grands vins avec un recours minimal aux intrants. Pas moins de neuf cépages rouges et blancs cultivés face aux montagnes du département (la Sainte-Victoire et les Alpilles). Des élevages longs finissent de donner style et personnalité aux vins, ce qui n'est plus si courant de nos jours mais pour notre plus grand plaisir. Dernier détail donnant une touche chaleureusement humaine supplémentaire, chaque nouveau millésime reprend une partie différente d'un dessin réalisé par les filles des vignerons dans leur enfance pour venir orner l'étiquette (le tout choisi en fonction de la typicité du millésime). Une telle approche ne peut être que synonyme de qualité et la cuvée du jour lutte directement dans la catégorie des grands vins blancs méridionaux (et même plus).

VIN BLANC
France / Provence / IGP Pays des Bouches du Rhône
Villa Minna Vineyard (13760 Saint-Cannat)
Millésime 2014
13°
Cépages: Vermentino (61%), Roussanne (27%), Marsanne (12%)

Les chercheurs d'or trouvent grâce à leurs yeux. Un échelon sensoriel plus bas, belle oscillation autour d'un carpaccio de mangues, d'un méli-mélo de pêches et d'abricots, et d'une brioche encore chaude aux petits fruits confits. Sublime ascension sensorielle sur des notes de tilleul. Le mariage buccal est un aboutissement, l'association mémorable de saveurs minutieusement sucrées avec un volume divin, une vivifiante tension en témoin actif. Un véritable envol spirituel finissant en apothéose interminable dans un registre un brin salin. Magnifique! Le temps saura encore être son meilleur allié et lui imposer trop de froid avant la dégustation est inutile.

Accord idéal: les légendaires pieds paquets marseillais


vendredi 15 février 2019

SCHIOPPETINO

Dans l'Europe viticole, l'Italie est probablement plus passionnante que la France et l'Espagne réunies en matière de diversité de cépages exploités (338 officiellement recommandés). La Sicile fût deux fois à l'honneur en ces colonnes grâce au Nero-d'Avola et au Grillo mais le nord du pays regorge également de cépages autochtones moins connus mais pétris de personnalité et de qualité. Le nebbiolo bien évidemment participe en grande partie au succès des vins nord-italiens (Barolo) mais il serait réducteur de mettre de côté bien d'autres trésors qui nous viennent de recoins plus septentrionaux.

Friuli Colli Orientali est une appellation nichée aux confins du pays, blottie contre la frontière slovène. Elle s'étend sur un peu plus de 2000 hectares répartis sur treize communes. Le passage d'air entre les Alpes et la mer Adriatique (jouxtant elle aussi ce territoire) crée des conditions idéales pour la viticulture, un micro climat appréciable de pluie et de beau-temps (de manière un peu vulgaire). Comme dans beaucoup d'appellations, le nombre de cépages autorisés est très important. Au delà des internationaux, on note également quelques autochtones dont le SCHIOPPETTINO qui guidera notre intérêt (et notre extrêm plaisir) du jour.

Le Schioppettino (parfois aussi nommé Ribolla Nera) est ici sur ses terres natales. Environ 50 hectares sont cultivés dans la province d'Udine. De manière confidentielle, l'on en recense aussi en Slovénie (toute proche) et plus surprenant, en Californie et en Australie. Cépage assez sensible aux maladies, il est assez tardif, sa vendange intervient généralement vers fin Septembre (voire début Octobre). Il donne des vins très expressifs et portés par une tension inénarrable.

La Azienda Vigna Traverso s'étire sur 22 hectares de vigne, essentiellement plantés en terrasse sur des marnes argileuses. Deux générations se succèdent pour l'instant aux destinées du domaine. Une gamme complète riche de cinq cuvées blanches, six rouges et une de liqueur fait l'attrait commercial de ce domaine. Et la première expérience sensorielle avec la cuvée décrite ci-dessous ne peut qu'inviter à aller confirmer l'excellence perçue.

VIN ROUGE
Italie/ Friuli Colli Orientali
Vigna Traverso (Prepotto - Udinese)
Schioppettino di Prepotto
Millésime 2015
13,5°
Cépages: Shioppettino (100%)

Accordailles visuelles entre carmin et pourpre, scintillement à l'appui. Le banquet olfactif est des plus mémorables sur des notes d'arbouse, de merise et de framboise. Zan et moka ne veulent pas être en reste et s'invitent à l'improviste. Union à l'amplitude sphérique, volume de bouche tel du velours assorti d'un contraste de saveurs attirant à leur tour myrtille et prune. Les tanins participent à une animation vive mais sont justement raisonnés par une acidité restant digne et juge de paix. Les festivités se prolongent à n'en plus finir, les épices participant à la fermeture de l'album souvenir.

Accord idéal: l'incontournable osso bucco


mardi 29 janvier 2019

ALSACE 2

Toute littérature française relative à la chose du vin s'initie alphabétiquement en Alsace. C'est inexorable. Et sans hâblerie aucune l'on peut supputer que les vins blancs alsaciens sont une excellente vitrine pour notre pays sur la scène étrangère. Tout consommateur qu'il soit averti ou non ne peut sortir sans fortune sensorielle d'une rencontre avec une flûte alsacienne (nom donné à la bouteille si particulière par sa forme). Pour rappel, dans cette région on fait plus référence à des cépages pour caractériser les liquides. Des mentions géographiques particulières pouvant compléter à discrétion. Je vous encourage à cet effet à relire l'article paru sur ce blog un temps jadis pour compléter la lecture du jour.

Le cépage Auxerrois (ou pinot auxerrois) est probablement moins exposé que bien d'autres en ces terres de l'Est. Il n'en est pas moins la composante de beaucoup de vins d'assemblages (edelzwicker) et de beaucoup de crémants d'Alsace. Parfois, il est aussi vinifié seul, avec bonheur... Quelques 1600 hectares sont plantés en France, en Alsace donc mais aussi en Lorraine (dont il serait plus originaire mais rien n'est vraiment prouvé). Il ressemble assez au pinot blanc (avec lequel il est très souvent associé) même s'il est de maturité plus précoce. Il se distingue aussi par un surplus aromatique et une plus grande finesse. Il est en tout cas l'ingrédient idéal pour la production de vins d'entrée de gamme faisant honneur à leur région.

10 hectares de vignes en coteaux composent le vignoble du domaine Baumann-Zirgel. Les générations s'y succèdent, cultivant la vigne avec une philosophie semblant presque parole d'évangile. Depuis 2016, les récoltes sont frappées du sceau bio et la démarche est vraiment entière, la terre de certaines parcelles étant même travaillée au cheval. Une conversation longue et passionnée à mi-chemin de nos pays respectifs avec les propriétaires a fini d'aiguiser ma curiosité de découvrir une grande partie de leurs cuvées. En voici une...

VIN BLANC
France / Alsace
EARL Baumann Zirgel (68630 Mittelwihr)
Millésime 2017
13°
Cépages: Pinot Auxerrois (100%)

L'optique rivé sur un tapis d'herbe plus jaune que vert. L'on ferme les yeux et l'on se croirait traversant un verger en fleurs au printemps. L'on tient à sa main un panier rempli de coings, de poires, de pêches et de pommes, dont les effluves totales envoûtent le nasal. Le fruité survit en bouche, l'introduction est tonique et fraîche. La faible acidité lui confère un velouté appréciable. Rehaussé par des saveurs de poire williams juste mûre et un soupçon de fumé en finale, ce nectar est d'un équilibre impeccable. La persistance qui oscille entre le poivre blanc et la cannelle ressemble à la route des épices. En résumé, une complexité pulpeuse, idéale pour entamer un bon repas.  

Accord idéal: une salade de crevettes et avocat


jeudi 17 janvier 2019

RIOJA

L'occasion m'est enfin donnée d'adresser mes vœux les plus chaleureux à vous fidèles lecteurs de ce blog. Qu'elle vous apporte dans votre passion pour le vin de belles surprises sensorielles... Bien sûr l'audace paye toujours en la matière, je vous souhaite donc beaucoup d'audace dans votre envie de découverte.

Pour commencer l'année et bien que nous allons parcourir bien d'autres contrées, parfois curieuses, nous partons refaire un petit échauffement des sens en Espagne. Dans le nord central plus précisément. L'appellation Rioja parle à beaucoup de gens un peu au fait des choses du vin. Presque 150 communes composent son territoire, presque 65 000 hectares de superficie. Un climat très sec, chaud et une influence quasi méditerranéenne quand on va vers l'est. Un sol argilo-calcaire majoritaire, une terre donc très apte à la culture de la vigne. Le cépage roi (ici comme dans beaucoup de terres ibères) est le Tempranillo. Grenache Noir, Graciano, Mazuelo et Maturana Tinta sont aussi autorisés, seuls ou en association. Rien ne sert d'enfoncer des portes ouvertes, une telle superficie entraîne bien évidemment des disparités dans les modes de production et donc dans les échelles de qualité. Les meilleurs vins de la région savent allier puissance et élégance, les plus mauvais sont capiteux et/ou trop boisés.

La bouteille du jour a été découverte au cours d'une dégustation de vins de cette région, de profils et de millésimes bien différents. Une sélection empreinte de qualité dont se sont détachés quelques flacons. Comme souvent dans les bons vins, une histoire de famille et un respect total de la vigne et de l'environnement. Et assurément une envie décuplée d'aller plus loin sur les sentiers riojanos pour mille occasions (de quoi se garantir un périple au printemps ou cet été).

VIN ROUGE
Espagne / D.O. Rioja
Bodegas Osoti (Aldeanueva de Ebro)
Millésime 2014
14,85°
Cépages: Tempranillo (100%)

La robe scintille telle un almandin se reposant en plein soleil. Nette alliance olfactive de cassis, de mûre et de myrtille dès la première approche nasale. L'on insiste volontiers pour révéler des notes complexes de cannelle, de pain grillé et de manière beaucoup plus inattendue d'olive noire. Sincère et frétillante admission en bouche. Dès le prélude, matière concentrée et mûre toujours sur les fruits noirs en version confiturée. Cœur salivant, dense et charnu qui se repose sur des tanins puissants, le tout souligné d'un boisé intense juste ce qu'il faut pour rappeler son élevage. Finale longue et persistance allongée par des saveurs de poivre noir et de cacao. Meilleur rapport qualité/prix/plaisir tu meurs!

Accord idéal: une viande de chasse en civet