jeudi 1 novembre 2018

CAMPO DE BORJA

L'exercice de trouver des vins blancs restant tout à fait sur le fruit (et donc appréciables par tous les publics) tout en étant assez racés pour affronter des épreuves apéritives est souvent assez difficile. Toujours torturant de mettre tout le monde d'accord. Il faut bien dire que dans ce domaine Espagne et Portugal foisonnent de petites productions répondant totalement à la problématique ci-dessus. Cépages adaptés, terroirs chauds et vinifications adaptées sont probablement les trois clés de ces succès.

L'Aragon jouxte notre bonne vieille France par le nord-est de l'Espagne. Pour mieux vous le situer Saragosse en est la capitale. Viticolement parlant, cela vous parle probablement peu. Calatayud, Campo de Borja, Cariñena et Somontano sont les appellations d'origine contrôlée qui en font la renommée (pas sûr que cela vous parle plus mais absolument à découvrir). Le cépage Grenache y trouve un terrain de jeu de prédilection, il y est majoritaire et d'expression si particulière en ces terres d'altitude moyenne (de 400 à 800 mètres).

CAMPO DE BORJA est une appellation vieille de presque quarante ans (1980). Elle est géographiquement localisée dans le nord-ouest de la province de Saragosse à environ soixante kilomètres de celle-ci. Elle regroupe les producteurs dont les vignes sont situées sur le territoire de seize communes étalées en étoile autour de Borja. La superficie est assez importante avec presque 7000 hectares ce qui en fait une région de production intensive. Le climat est ici continental avec des hivers très froids et des été a contrario caniculaires. Le vent de cers venu tout droit du Moncayo voisin a un terrible effet améliorateur pour atténuer ces contrastes thermiques. Le cahier des charges accepte une multitude de cépages dont les plus courants en Espagne. Seul le Verdejo surprend ici...

Quand il pense Verdejo, l'amateur de vins du monde pense effectivement immédiatement à l'appellation Rueda. Il faut bien dire que c'est là son fief. S'adaptant bien aux conditions climatiques continentales, il doit son nom à la couleur de ses grains qui même à maturité optimale présentent encore un fort visuel vert. Quasiment toujours vinifié seul, il donne des vins généralement très aromatiques, corsés et riches en glycérols.

La cave coopérative Santo Cristo est la seule à cultiver ce cépage (6 hectares) dans cette région aragonaise. Fondée en 1945, cette production de blanc n'est qu'au second plan ici, les cuvées à base de Grenache tenant le haut du pavé. Des vins plutôt faciles d'accès pour toutes les bouches mais permettant de tenir en haleine les dégustateurs les plus avertis.

VIN BLANC
Espagne / DO Campo de Borja
Viñedos Santo Cristo (50570 Fuendejalon - Ainzon)
Millésime 2016
13,5%
Cépages: Verdejo (100%)

Entraînant à la méprise visuelle entre le foin séché et l'herbe fraîchement coupée. Noble sensation végétale retrouvée dans les narines avec un surplus olfactif très légèrement anisé. Il vient s'ajouter à des arômes fruités de citron vert, de poire et de kiwi. En l'invitant à la ronde dans le verre, il est transportant sur des sentiers tropicaux. L'acidité vivifiante garde tout le monopole dans la bouche conférant une indescriptible fraîcheur. Néanmoins on sent un ascenseur intéressant de corps en milieu de bouche. Une saveur supplémentaire de pamplemousse donne un peu de peps à l'ensemble et un noble amer de style amande clôture la relation.    

Accord idéal: la découverte des "huevos tontos" aragonais


vendredi 26 octobre 2018

CHIROUBLES

Il était tout à fait inconcevable que nous arrivions au troisième jeudi de Novembre et un événement à mon goût trop commercial sans avoir parlé de l'entière réalité viticole d'une région. On ne peut en effet pas limiter la viticulture beaujolaise à la seule production des médiatiques Beaujolais Nouveau (qui est pourtant un des vins les plus connus au monde). Cela serait faire abstraction des dix crus d'expression qui se partagent la partie nord de la région. Brouilly, Chénas, Chiroubles, Côte de Brouilly, Fleurie, Juliénas, Morgon, Moulin-à-Vent, Régnié et Saint-Amour. Autant de noms qui entraînent les plus passionnés dans de belles rencontres mais qui sont encore trop méconnus du grand public. Quel dommage! Pourtant pas client des foires aux vins des enseignes de grande distribution, je me suis pourtant laissé tenter par l'achat d'un flacon, connaissant de nom le producteur et sachant son souci permanent de bien faire.

Croisement entre le Pinot et le Gouais, le Gamay, pourtant classiquement bourguignon est le principal instrument du succès beaujolais. Même s'il est sensible aux gelées, il a quand même une adaptabilité certaine au climat sauf sur les chaleurs les plus fortes. C'est un cépage très productif et qui s’accommode fort bien des sols pauvres. De fait, on le retrouve dans un grand nombre d'appellations françaises sur une palette de régions assez large (Beaujolais, Loire, Bourgogne, Sud-Ouest, Savoie et même un peu en Provence). Il donne des vins assez aromatiques, simples et faciles à boire.

CHIROUBLES est un de ces dix villages qui font office de cru au sein du vignoble Beaujolais. Reconnu en appellation d'origine depuis 1936, c'est le cru le plus élevé en altitude, nous oscillons ici entre 250 et 450 mètres. Une altitude compensée par une orientation exceptionnelle de ses coteaux vers le sud-est. De pauvres sols granitiques accueillent les plants de vigne. Le climat y est relativement sec mais continental avec des hivers très rigoureux. Environ 350 hectares partagés entre un peu moins de 80 propriétaires, une production d'envergure moyenne donc, mais peut-être les produits les plus expressifs de la zone.

Le domaine CHRISTOPHE SAVOYE est exactement situé sur le territoire de la commune de Chiroubles même si comme beaucoup de propriétaires de la région, le maître des lieux ne limite pas sa production à un seul cru beaujolais du fait de ses implantations multiples. Encore et toujours une histoire de famille, cinq générations sont passées avant. Avec exigence et passion, elles ont contribué au développement et à la renommée d'un domaine respectueux de son environnement et fidèle aux valeurs de son métier. La gamme de produits est ambitieuse avec cinq cuvées rouges (dont trois en Chiroubles), une blanche, une rosée et une effervescente. Sur un millésime 2017 très grêlé, produire aussi bien relève de l'exploit.

VIN ROUGE
France / Beaujolais / AOP Chiroubles
Domaine Christophe Savoye (69115 Chiroubles)
Cuvée Loïc
Millésime 2017
13%
Cépages: Gamay (100%)

Des deux yeux, vous tenez la chandelle de l'union du rubis et de la violette. Nul besoin d'un nez de Cléopâtre pour se laisser caresser par maintes effluves de cerises noires, de mûres et de roses. En bousculant un peu plus l'épithélium olfactif, une once de girofle jaillit. Plongeon buccal dans une cuve remplie de fruits bien mûrs. Une texture rendue crémeuse par des tanins encore vifs (on pardonne la jeunesse) mais mûrs. Digeste et tout en rondeur, il tient le palais en émoi avant de laisser place à une caressante terminale légèrement épicée approuvant tout de go le constat sus-cité. Il est de plaisir immédiat mais quelques lunes lui profiteront sans nul doute.  

Accord idéal: un gratin d'andouillette avec une purée maison


vendredi 19 octobre 2018

CHATEAUNEUF DU PAPE

Restons en France et dans le midi. Dans la partie méridionale du Rhône, le jeu de piste est énorme à la recherche de bons coups. Malgré de réels progrès, l'hétérogénéité des produits y reste hélas encore certaine. D'énormes succès à l'étranger (belle notoriété aux states) mais encore trop sous-estimés sur notre marché domestique. Quelle peine à l'annonce de crus tels Châteauneuf-du-Pape, Gigondas, Vacqueyras, Tavel, Lirac, Rasteau, Beaumes-de-Venise, Vinsobres, Ventoux, Luberon...Un vrai fourmillement de vins affriandants qui pour les meilleurs sont vendus en direct par des petits producteurs. Restons donc optimistes et conservons plaisir à se confier à ces produits.

Châteauneuf-du-Pape, une véritable fenêtre ouverte sur l'histoire. Depuis une époque lointaine (gallo-romaine) on connait l'existence de vignes sur le territoire du village. Tout s'accélère depuis XIVe siècle. Les papes qui s'installèrent à cette époque en Avignon mirent en lumière ce terroir, le village devenant même résidence d'été de la papauté. Sous cette impulsion, la notoriété grimpe jusqu'aux premiers exports, d'abord en Europe, puis bien vite de l'autre côté de l'Atlantique où elle jouit encore de ce succès. Toujours avec une idée d'avance, c'est aux vignerons châteauneuvois que nous devons les premières expéditions de vins français en bouteilles au XVIIIe siècle. C'est aussi à eux dès le début du XXe siècle que nous devons les travaux en vue et l'aboutissement de la notion d'appellation d'origine. Le 15 Mai 1936, le décret de l'appellation est publié et Châteauneuf-du-Pape devient la première AOC viticole de France.

La résumer brièvement est assez simple. Un vaste territoire de 3200 hectares répartis sur cinq communes du département du Vaucluse. Des terroirs originaux de géologies diverses, les fameux galets roulés en porte drapeau. Un climat méditerranéen prononcé (chaud, sec, aride et venté). 94% de production en rouge et 6% en blanc. 13 cépages autorisés (Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Clairette, Vaccarèse, Bourboulenc, Roussanne, Counoise, Muscardin, Picpoul, Picardan, Terret Noir). L'association de plusieurs de ces cépages fait la typicité, la complexité et l'aspect unique des cuvées. Le Grenache Noir y est majoritaire du fait de sa meilleure résistance aux assauts climatiques. Les structures tanniques si particulières, des retours marqués à la simplicité et des pratiques raisonnées en font le plus prestigieux des crus méridionaux. Dernière particularité, l'émérite bouteille armoirée qui participe notablement à la gloire.

Le Domaine Pontifical est un des innombrables domaines patriarcaux de notre pays. Quatre générations s'y succèdent et bientôt une cinquième en la personne de la fille de l'actuel maître des lieux prendra probablement la suite. 17 hectares plantés (sur galets roulés et calcaires) sur la commune de Châteauneuf permettent la production de deux cuvées, une rouge et une blanche (pourquoi diable se compliquer quand on peut faire simple et bon!). A chaque fois, quatre cépages y sont mêlés et vinifiés de manière aussi conventionnelle que simple. La prépotence est quasiment toujours au rendez-vous. Le tout à des prix constituant en permanence la bonne affaire.

VIN ROUGE
France / Rhône Sud / AOP Châteauneuf-du-Pape
Domaine Pontifical (84230 Châteauneuf-du-Pape)
Millésime 2012
14%
Cépages: Grenache (80%), Syrah (10%), Mourvèdre (5%), Cinsault (5%)

L'on chante "Le temps des cerises" quand on le croise du regard. Une belle offre de dégradé dans les parfums. L'on y reconnaît les cerises gorgées de soleil, les fraises des bois, les prunes confites, les oranges sanguines, le poivre et la violette. Une introspection dans le verre plus loin, véritable intrication de notes racinaires et d'olives noires. Le volume de bouche est généreux d'emblée. De bien belles noces de la finesse et de la puissance. Des tanins qui gagnent en sagesse à l'approche d'une chair douce et de belle concentration. Des saveurs de graphite et de fruits noirs viennent cohabiter avec la base fruitée précédemment narrée. Une finale méridionale incommensurable, poivre et olives nous disant à très bientôt. Un tout petit regret, malgré sa probable entrée en phase d'apogée, il méritait un an ou deux de plus de cave. Dans l'espoir d'en retrouver! Ce millésime 2012, plus tardif donne vraiment des produits incontournables.

Accord idéal: Filet de cerf sauce au poivre et endives braisées


samedi 29 septembre 2018

COTES DU ROUSSILLON LES ASPRES

A l'heure où il faudrait tout standardiser dans la nouvelle grande région Occitanie, il est rassurant de voir qu'en matière de vins, il n'y a aucune envie de raisonner de telle sorte. Heureusement, tout le monde va continuer à garder sa petite identité et nous disciples de Bacchus tous nos repères. Donc aujourd'hui direction les vignobles du Roussillon pour parler d'un vin catalan. Un petit coin de France toujours (et heureusement) attaché à sa forte identité, ce qui en matière de vins (et pour bien d'autres sujets) lui permet de se démarquer positivement de bien d'autres régions. Pour mémoire, nous avions déjà en ces lignes fait une première incursion en Catalogne Nord (lien).

Le Roussillon est composé d'une mosaïque complexe de sols. En plus d'un climat propice, vous avez là le début d'une belle recette productive. Pour ce qui est de notre appellation du jour COTES DU ROUSSILLON "LES ASPRES", le sol est majoritairement fait de schistes gris, de quartz, de granite, de gneiss et de marbre. Le postulat initial est donc confirmé.
Le paysage y est très vallonné avec très souvent de toutes petites parcelles de vigne. L'altitude oscille entre 100 et 400 mètres. A noter, l'éloignement de la mer tempère le climat méditerranéen. Il y est néanmoins chaud (plus de 300 jours d'ensoleillement par an), aride et très venteux (effet positif de la Tramontane pour chasser l'humidité). Grâce à un travail de plus en plus précis et qualitatif des producteurs, les cuvées de ce petit coin de France peuvent regarder droit dans les yeux les plus belles élaborées de l'autre côté de la frontière (Priorat et Montsant en tête d'affiche).

L'appellation Côtes du Roussillon Les Aspres voit le jour en 2003. Elle est entièrement consacrée aux vins rouges et est la plus récente et la plus petite des appellations du Roussillon. La superficie est de 160 hectares pour la couverture de 37 communes situées dans les avant postes sud des Aspres et des Albères. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, depuis fin 2017, la production de 18 communes pour 99 hectares fait l'objet d'une appellation supplémentaire en Côtes du Roussillon Villages "Les Aspres".
Les vins doivent être un assemblage d'un minimum de trois cépages contrairement à la majorité des autres productions locales qui n'en nécessitent qu'un minimum de deux. Les cépages acceptés sont: Carignan, Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Lladoner Pelut. L'association de cépages a toujours fait la typicité des produits des régions Languedoc et Roussillon, les professionnels s'évertuent donc à rechercher les meilleurs assemblages en fonction de la qualité de leurs raisins.

Le domaine Sol Payré (n'oubliez pas de prononcer le y!) est exploité depuis 1913 par une même famille où pour l'instant cinq générations se sont succédées. Deux terroirs distincts pour des produits totalement différents. Une gamme riche en rouges bien sûr, blancs, rosés et vins doux naturels (logique par ici) aussi, chacun peut facilement y trouver son (voire ses) bonheur(s). Au total près d'une cinquantaine d'hectares menés de manière raisonnée avec une grande maîtrise des rendements et une minimisation des techniques trop poussées de vinification qui pour moi sont souvent préjudiciables à la typicité des produits. Cela reste la philosophie du domaine, on ne peut que les encourager à poursuivre dans cette voie. 

VIN ROUGE
France / Roussillon / Côtes du Roussillon Village "Les Aspres"
Domaine Sol Payré (66200 Elne)
SCELERATA
Millésime 2015
14%
Cépages: 25% Mourvèdre, 25% Carignan, 25% Syrah, 25% Grenache

Robe prune à la profondeur abyssale. Un nez vif et sanguin mêlant les senteurs de cerises noires macérées, les baies de sureau confites, les épices et le cuir brûlé. Comme on en a jamais assez, la deuxième olfaction nous mène sur la route de notes graphites certaines. La bouche est ronde et suave d'emblée, évoquant les fruits macérés. Une dentelle de sensations avec pour dénominateur commun la finesse et l'élégance, le tout ne manquant ni de force ni de caractère. Les tanins sont millimétrés et au diapason d'une acidité bien maîtrisée, une belle enveloppe de matière. La finale est généreuse et chaude, le poivre blanc formidablement mis en éxergue. Le côté fruité reprend alors le relais en ressouvenance cherchant l'éternel. Excellent équilibre bâti sur la quintessence tirée des quatre cépages qui se complètent ici admirablement.

Accord idéal: un créatif civet de lièvre au chocolat


lundi 17 septembre 2018

IGP ARIEGE

"Les collines ne peuvent se comparer aux montagnes". Proverbe tibétain qui n'est pas forcément vrai partout et surtout pas dans l'Ariège. Un département où en plaine, les majestueuses collines talonnent de manière espiègle les plus hauts sommets. Les plaines et le piémont abritent même la majorité des ressources agricoles permettant les si belles productions de ce terroir tant sur le plan alimentation que boisson. Pays d'identité et de fort caractère, ces deux qualités se retrouvent à bon escient dans les résultantes de production. Le vin, pour notre plus grand plaisir n'échappe pas à ce constat.

Une activité viticole pour le moins confidentielle autour d'une seule appellation: IGP Ariège. Les premières plantations de vignes remonteraient à la fin des années 900 soit plus de mille ans en arrière avec des pieds de Syrah (cépage encore présent dans ces contrées). Autre fait historique honorifique pour la viticulture ariégeoise, il tient lieu de noter que c'est dans une ferme école créée par Napoléon III au 19e siècle que fût expérimentée la taille en cordon de Royat, encore utilisée de nos jours. Ce beau département ne pouvait donc pas rester viticolement muet à jamais. Ainsi, à la fin des années 90, quelques vignerons audacieux relancent le système. Les débuts sont prometteurs et depuis 2013, l'IGP Ariège est reconnue. Six producteurs se partagent les quasi 60 hectares plantés. L'encépagement se fait autour d'une diversifiée palette de cépages, mêmes si les suivants dominent, jugez plutôt: Chardonnay, Chenin, Sémillon, Sauvignon, Petit-Manseng, Syrah, Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Tannat, Pinot Noir. Les cuvées se décomposent à 75% en rouge, 15% en rosé et 10%  en blanc. Le climat très ensoleillé avec des hivers assez doux, des printemps humides (utile pour favoriser le cycle végétatif) et des étés très chauds et secs, permet un exercice optimal de la culture de la vigne. Les influences continentales augmentent avec l'altitude, permettant de magnifier les plus sensibles cités plus haut.

Le domaine de Lastronques fait partie des producteurs d'ici. Planté sur environ treize hectares sur les coteaux de la Vallée de la Léze, les vignes y sont jalousement surveillées par les Pyrénées plus que voisines. La famille Zeller est commise aux bons soins d'une terre très respectée dans son activité biologique. Les rendements sont maintenus faibles grâce à une taille rigoureuse. La bouteille du jour est une véritable et inattendue révélation du jeudi précédent, oasis de bonheur au milieu d'un désert de bruit. Et du coup le passionné curieux que je suis ne pourra qu'envisager de compléter une telle impression par une dégustation du reste de la gamme dans les prochains mois.

VIN BLANC
France / Sud-Ouest / IGP Ariège
Domaine de Lastronques (09210 Lézat-sur-Lèze)
Millésime 2016
13%
Cépages: Chardonnay (40%), Sauvignon (40%), Chenin (20%)

Il scintille comme une pépite d'or dénichée dans le lit de l'Oriège. L'effet de Foehn libère subrepticement un bouquet aromatique complexe. Nous tenons là du floral (chèvrefeuille, camomille), du fruité (poire, mangue) et du minéral (pierres mouillées, celles de la rivière sus citée bien sûr). L'ouverture en bouche se fait sur d'évidentes notes de maturité. Éblouissant au palais par son volume très gras, il "chardonne" supérieurement. Un léger perlant encore perceptible lui confère une inénarrable sensation de fraîcheur pour une délicate acidité. La pêche et l'abricot viennent compléter le quinté précédemment annoncé sur le plan des saveurs. Finale acidulée et sapide rappelant la mandarine. Équilibre plaisant, un vin gourmand et charmeur.  

Accord idéal: un pavé de truite des Pyrénées snacké aux deux sésames


mercredi 12 septembre 2018

EXTREMADURA

Pour cette première en Septembre, la "semi-rentrée" se fait en Espagne. Peu original me direz-vous. Nous pourrons toujours y découvrir mille et une choses. Et au plus on se perd, au plus on découvre. La flânerie du jour en est encore la preuve.

Des souvenirs plein la tête en vous parlant d'Estrémadure, tellement j'y ai séjourné et tellement j'y suis attaché. Cette région d'Espagne, véritable trait d'union entre la Castille et l'Andalousie, un paradis pour les aficionados d'architecture et d'art. Des villes au riche passé telles Mérida et Caceres, de quoi y perdre des journées entières. Un relief aussi variable que le climat, la possibilité de tutoyer la pleine nature entre faune et flore. Une gastronomie très riche, très influencée par les produits porcins qui se nourrissent de glands... Et bien évidemment, d'excellents produits issus de la vigne.

En Estrémadure, il tient lieu de distinguer les vins produits en Denominacion de Origen (DO Ribera del Guadiana) et les Vinos De la Tierra (VDT de Extremadura). Une production plus confidentielle (mais non moins qualitative) de Cava (et oui la Catalogne et la Rioja n'en ont pas le monopole) et celle de vinos de pitarra (sur lesquels nous reviendrons plus tard). Concernant notre appellation du jour (Vino De la Tierra de Extremadura) elle se base sur environ 8000 hectares plantés et partagés entre 70 producteurs environ, répartis sur l'intégralité du territoire extremeño. Le climat y est continental avec une influence océanique très modérée et des températures très élevées en été. L'hiver les précipitations sont abondantes et le climat frais, à l'extrême opposé, raison du nom de la région! Les sols y sont pauvres et les choix culturaux déterminants pour la réussite de production. Nombreux cépages rouges et blancs sont autorisés (dont quelques autochtones) mais par exemple pour les rouges, le Tempranillo est l'incontournable "lider".

Dans le village d'Almendralejo (ville au sud de Badajoz) qui est un des berceaux de la vigne dans cette région, il y a de tout temps eu des productions de qualités, les cavas d'Estrémadure venant notamment de là. Mais j'avais souvenir qu'étant adolescent et en voyage dans les environs avec mon collège, nous visitâmes une cave coopérative dans cette ville, Viña Extremeña Viñexsa. A l'époque, même si j'étais déjà familier des choses du vin grâce à mon éducation et la pratique précoce du travail vigneron, je ne pouvais me passionner comme maintenant et je ne me souviens quasiment plus du contenu de cette visite. Néanmoins, en visite pas mal d'années plus tard dans la même région, je me suis fendu de l'achat de quelques bouteilles chez un caviste. Récemment j'ai eu envie de me faire plaisir avec un millésime ancien pour fêter un événement assez spécial de réussite et me suis naturellement tourné vers une de ces bouteilles, au cachet visuel déjà si particulier. Hélas cette cave coopérative a définitivement fermé ses portes, mais bien des producteurs d'un très bon niveau continuent et portent haut les valeurs de leur terroir.

VIN ROUGE
Espagne / Extremadura / VDT de Extremadura
Viña Extremeña Viñexsa (06200 Almendralejo)
Corte Real
Millésime 2007
13,5%
Cépages: Tempranillo (50%), Cabernet-Sauvignon (50%)

"Couleur Café", une pensée pour Serge Gainsbourg en un clin d'oeil. Olfactivement encore très net et prononcé sur un émoustillant bouquet tertiaire fait de pruneaux bien cuits, de tabac blond surexposé au soleil, de cuir et de grains de café fraîchement torréfiés. Prélude en bouche en mode saisissement fruité, la prune (cuite) et la cerise (à l'eau de vie) nous accueillent et préparent admirablement le terrain d'un ascenseur sensoriel certain. Les tanins encore positivement batailleurs et serrés confèrent énormément de corps tout en étant astucieusement domptés par une acidité pour toujours salivante. Aux parfums flairés au préalable qui se rappellent à notre souvenir en bouche, nous ajouterons la réglisse pour une finale longue et délicieuse qui souille favorablement votre muqueuse d'interminables minutes durant. Il a largement de quoi traverser plus d'époques.

Accord idéal: un civet d'agneau, tel qu'il se cuisine par là bas



lundi 27 août 2018

CAHORS

Ignominie suprême de ne pas vous avoir entraîné plus tôt dans les méandres tortueux de la vallée du Lot... Ce n'est pas comme si je ne prononçais pas le nom Cahors au moins dix fois par jour depuis deux mois ces temps-ci. Mais il s'agissait pour moi de vous présenter un produit alliant typicité, identité et caractère. J'ai donc scruté, j'ai donc farfouillé, j'ai donc savouré et j'ai donc élu... Et force est de constater que dans les parages, les bonnes affaires sont légion.

Cahors regagne ses lettres de noblesse grâce à un logique retour des consommateurs à l'authenticité. Il faut bien dire que la concurrence sud-américaine exacerbée a poussé nos viticulteurs lotois pourtant d'un bon niveau à se réinventer pour retrouver les clés de la réussite face à des produits souvent trop techniques... Le juste retour à l'authentique donc comme je vous le confessais ci-dessus. L'introduction de différences de style grâce à des vinifications de plus en plus soignées a joué un rôle prépondérant.
De tout temps, il y eut de la vigne dans le Lot et déjà au moyen-âge on parlait ici de vin noir. Apprécié de nombreux personnages historiques, les bordelais ont même craint de cette concurrence, jusqu'à user de stratagèmes pour empêcher les tonneaux de voyager. L'AOP Cahors est officiellement créée en 1971.
45 communes dont les territoires jouxtent la rivière Lot forment le périmètre de production pour un peu plus de 4000 hectares plantés à environ 300 mètres d'altitude en moyenne. Le climat y est tiraillé tel un patchwork d'influences: méditerranéenne, océanique, montagnarde. Le vent chaud et sec soufflant à l'automne est le meilleur ami des maturités les plus justes. La nature des sols est hétéroclite: argilo-calcaire, alluvionnaire, de galets et d'argiles rouges (sidérolithique). Une fois ce décor planté, les hommes et les femmes ont ainsi des conditions idéales pour produire en mode différencié autour d'un cépage phare, le MALBEC (dont le nom original et local est AUXERROIS), croisement entre le Prunelard et la Magdeleine Noire des Charentes. Il doit être majoritaire dans les assemblages et peut être parfois (mais peu souvent en fait) complété par le Merlot ou le Tannat (personnellement je préfère les cuvées monocépages, plus typiques). Et sans nullement galéjer, l'on peut prétendre qu'il existe un Cahors différent dans son style pour chaque oenophile.

Le Château Combel-la-Serre est une propriété familiale (plusieurs générations se sont suivies) située à 17kms de Cahors. Un peu plus de 20 hectares sur des sols divers , en conversion bio depuis 2013. Une gamme assez large en rouge avec des cuvées pour tous les goûts (ensemble qualitatif) et tous les prix, et un marketing bouteille bienheureux sont autant d'atouts commerciaux. Une cuvée de blanc 100% Vermentino (plutôt rare ici) en IGP Côtes du Lot pour compléter la sphère. Nous nous polariserons aujourd'hui sur la cuvée éponyme de ce domaine.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Cahors
Château Combel-la-Serre (46140 Saint-Vincent-Rive-d'Olt)
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Auxerrois (Malbec) (100%)

Sombrer des deux yeux dans une profondeur ébène en guise d'intronisation sensorielle. Le nez est précis et intense de fruits noirs des bois (mûre, myrtille, cassis), d'épices (cannelle, réglisse), en y réfléchissant mieux de truffe (logique non?) et pourquoi pas une délicatesse sur une note de thé fumé. Percussion gustative délicieusement charnue et irrésistible gourmandise mitigée entre fruits noirs et épices douces. Ultra salivant, structuré sur une noble tannicité. Belle mâche avant une allonge intensément fruitée où l'on sauvegarde volontiers la myrtille sur la mémoire du palais, les secondes s'égrènent longuement ensuite en souvenir d'un équilibre identitaire. Cette bouteille est de celles qui met toutes les sensibilités au diapason.

Accord idéal: l'indémodable gigot d'agneau à la ficelle


mercredi 22 août 2018

DOURO

Je reste persuadé que l'on n'en a pas assez d'une seule vie pour explorer toute la richesse et la diversité du monde viticole lusitanien et sa pléthorique production. Comme la passion de la découverte est là et que la détermination ne fait pas défaut, il me restait juste à me lancer petit à petit à la pourchasse de "vinhos" d'exception.

Le vignoble portugais s'étend sur un peu plus de 200 000 hectares partagés sur plus de 300 000 producteurs ce qui fait des exploitations très hétérogènes en taille. 3% du vignoble mondial pour la 8e place des pays producteurs. Les principales régions productrices se situent dans le nord et le centre du pays: Estremadura, Douro, Minho, Alentejo, Terras Do Sado, Beira, Bairrada, Dão.
L’encépagement est purement foisonnant avec près de 200 espèces dont une très grande partie sont autochtones, ce qui rend encore plus passionnante l'étude des cuvées.
Différents climats des plus frais aux plus chauds, différents sols aussi, ce qui permet la production de vins très différents. Production donc de vins rouges, de vins blancs et des fameux vins mutés (Porto). Nous garderons les vins mutés pour de nouveaux articles...
Les vins tranquilles portugais quant à eux sont quasiment méconnus alors que leur qualité est plus qu'honorable et leur aromatique générale plus qu'exceptionnelle.

L'appellation DOURO DOC (Denominação de Origem Controlada) partage les mêmes terroirs que les vins de Porto. Elle est vieille de moins de vingt ans et couvre un territoire de près de 25 000 hectares. La particularité qui en fait la singularité est son relief escarpé. Plus de la moitié des vignes sont plantées sur des pentes dont l'inclinaison tutoie les les 30%. Elle se divise en trois sous-régions (Baixo Corgo, Cima Corgo, Haut Douro) aux caractéristiques climatiques bien différentes. On va du tempéré et humide à l'océanique (plus près des côtes). Globalement les hivers y sont très froids et les étés très chauds, il n'est vraiment pas rare que les températures avoisinent les 40°. La présence de la rivière Douro permet irrémédiablement de réguler les influences climatiques dans le vignoble, jouant un effet améliorateur certain. Avec de telles conditions, le Douro est vraiment une terre de prédilection pour la viticulture.

Entrée en matière en douceur ce jour avec une bouteille issue d'un regroupement de producteurs assez connu dans ce pays mais dont la typicité et la qualité des productions sont reconnues. Cette dégustation en appelle mille autres... Eh oui, je ne suis pas ampélomaniaque pour rien! 


VIN BLANC SEC
Portugal / DOC Douro
Lavradores de Feitoria (5060-193 Paços Sabrosa)
DOURO BRANCO
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Malvasia Fina (60%), Gouveio (30%), Siria (10%)

D'apparence oculaire telle une belle chevelure blonde. Avant-propos nasal un brin minéral, les pierres mouillées du fond de la rivière. Intensité à son comble sur des arômes d'ananas, de citrons bien mûrs, de poires, de prunes jaunes et de fruits tropicaux. L'ébranlement du contenant vous permet de discerner une complexité sur l'herbe fraîchement coupée encore humide. Une acidité vibrante conditionne tendrement votre bouche sur un registre aussi minéral que fruité où règnent les saveurs citriques et de pierre à fusil. Belle tension, juste équilibre entre fraîcheur et richesse aromatique. Persistance finale allongée et fastueuse qui en fait un solide compagnon pour toutes les péripéties.

Accord idéal: un risotto de langoustes



dimanche 12 août 2018

SAINT SARDOS

Le Sud-Ouest de la France a cela de passionnant qu'il est un véritable métissage de terroirs et de produits en matière viticole. Multitude de climats et d'influences, de sols, de cépages, de types d'exploitation...
C'est ce qui le rend aussi intéressant à découvrir que des régions autrement plus huppées. Et l'on y déniche, à des prix bien meilleurs, de vrais pépites, qui nous donnent qui plus est l'occasion de disserter.

Le vignoble de Saint-Sardos est situé au mileu du triangle formé par les villes de Toulouse, Montauban et Agen. Il se situe à équidistance (environ 30 minutes) de ces trois villes. Une zone de polyculture où l'ail, le melon et les raisins règnent en maîtres. Vingt communes du Tarn et Garonne (82) et trois de la Haute Garonne (31) se partagent la production. Les villes les plus connues restent Beaumont-de-Lomagne et Verdun-sur-Garonne. Cette région bénéficie d'un climat océanique bien qu'un petit contraste méditerranéen y soit présent ne serait-ce que par l'omniprésence du vent d'autant à certaines saisons, qui a sans nul doute un effet améliorateur (il chasse bien l'humidité pourtant tenace par ici).
La superficie plantée peut être qualifiée de confidentielle (pas plus de 150 hectares). La tradition remonte au XIIe siècle mais ce n'est que depuis 2011 que Saint-Sardos est reconnu en appellation après plus de vingt ans de démarches des producteurs locaux auprès des organismes institutionnels.
Le cahier des charges est assez particulier et différencié. Ici, la Syrah bénéficie d'une importance particulière, dans le sens où elle doit compter pour au moins 40% des assemblages. Le Tannat est sur une proportion minimale de 20%. Les cépages tels que le Merlot et/ou le Cabernet-Franc venant en complément. Nous en concluons donc que cette appellation est vraiment atypique dans cette région car même si la Syrah est assez présente dans ce coin viticole (Gaillac, Fronton), Saint-Sardos est la seule à la placer en tête. Le rouge tient 80% des proportions, les 20% restants étant consacrés aux rosés. Il y a bien quelques épisodiques cuvées en blanc, mais elles sont produites sous la bannière IGP Comté Tolosan.
La quasi majorité est assumée par des producteurs affiliés à une coopérative assez influente et visionnaire, néanmoins subsistent quelques indépendants jouissant d'une belle notoriété grâce à la qualité et l'originalité de leurs créations.

Nous partons ce jour chez un des trois indépendants. Histoire de famille à la base, il a beaucoup évolué avec le temps grâce à la passion de son propriétaire. Renforcé depuis quelques années par un collaborateur venu avec des idées nouvelles et novatrices, le domaine a réussi avec brio sa conversion en bio, tout en gardant une très grande partie de ce qui a fait son succès. Une gamme assez fournie pour tous les budgets et tous les goûts. Mais toujours avec le dénominateur commun de qualité et de plaisir. Quelques flacons vieillissaient dans ma cave et l'idée m'est venue cette semaine de voir l'influence qu'avait eu le temps sur les vieux millésimes.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / AOP Saint-Sardos
Domaine de la Tucayne (82600 Bouillac)
LES GABARES
Millésime 2012
13%
Cépages: Syrah, Tannat, Cabernet Franc

Juste vision sur un abyssal grenat, le disque souligné sur une teinte orangée agréable. Sans ambages, le nez est une alliance de fruits rouges mûrs (framboise, fraise), de fruits noirs (myrtille, mûre) et d'épices (poivre, cannelle). La complexité se présente à nous en deuxième résolution sur des notes florales de réséda. La bouche relève de l'assortiment de sensations, ce vin est corsé mais tout en rondeur (le faible niveau d'acidité aide bien), son fruité est aussi éclatant que persistant, le tout sur une assise tannique aussi prononcée que patinée. Des saveurs évidentes de fruits sont conservées et associées à des nuances de musc, de cuir, de réglisse et de tabac qui sont synonymes de l'évolution. Gracieuse longueur et terminale épicée. Une belle expression d'un vin évolué mais abordable pour tous les palais.

Accord idéal: Un suprême de poulet arrosé d'une sauce de beaucoup d'épices. Courgettes de saison gratinées


jeudi 2 août 2018

IGP ALPILLES

Été oblige, restons ensemble dans le midi et revenons faire une brève incursion dans les prémices provençaux. Région pour le moins éclectique en matière de vin, nous ne saurions la limiter à ses vins rosés à succès, comme nous en fîmes par deux fois déjà la démonstration (Caladoc, Côteaux Varois en Provence).

En Provence, la production IGP représente environ 1/3 des volumes. Elle se décline par département, voire par zones plus restrictives.

Le massif des Alpilles est un ensemble montagneux de faible altitude, qui fait le charme certain de cette partie d'arrière pays et sert de trait d'union entre Camargue, Provence et Vallée du Rhône. Cette région a souvent été source d'inspiration pour pas mal d'artistes (Van Gogh, Alphonse Daudet, Frédéric Mistral), force est de constater qu'elle l'a aussi été par le passé mais qu'elle l'est toujours tout autant par certains vignerons, qui proposent souvent une excellence trop peu mise en avant...
La zone de production de l'IGP Alpilles s'etend sur le territoire de 19 communes des Bouches du Rhône. Le climat y est méditerranéen. Vignes (cultivés à faible rendement pour une IGP) et garrigue cohabitent sous la présence conjuguée du soleil et du mistral bienfaisant. La majeure partie des 6000 hectolitres de production annuelle est consacrée aux vins rouges. Les vins sont globalement destinés à être bus jeunes mais certaines cuvées plus ambitieuses peuvent résister à l'épreuve du temps.
Globalement les cépages courants ici (Grenache, Cinsault, Syrah, Carignan, Mourvèdre) sont majoritaires mais on note aussi la présence de Cabernet-Sauvignon  et de Merlot, pourtant moins courants et un peu moins attendus. Aujourd'hui c'est une cuvée monocépage de Merlot qui nous attend. Bien que natif de Bordeaux, ce croisement de Magdeleine Noire des Charentes et de Cabernet Franc, est largement planté ailleurs dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Il constitue une excellente base pour les vins d'entrée et moyenne gamme. Véritable buvard à terroir, il n'est nulle part pareil, ce qui le rend très intéressant à étudier en toutes circonstances.

Le domaine de Lansac est situé sur la commune de Tarascon, juste à l'entrée du département des Bouches
du Rhône quand on vient du Gard. 40 hectares de vignes et 20 hectares de céréales composent une propriété historiquement riche et qui se transmet de génération en génération. Les sols y sont majoritairement sablonneux et limoneux, les vignes d'âge moyen (dix à quarante ans). Pas moins de douze cépages y sont plantés, dont certains totalement autochtones (Aubun noir). Autant d'éléments qui sont propices à la production de vins de qualité. Particularité aussi, 9 hectares de cette propriété sont plantés en franc de pied, ce qui nécessite un travail supplémentaire l'hiver pour lutter contre le phylloxéra. Gamme accessible à tous les goûts et à toutes les bourses avec comme dénominateur commun la qualité.

VIN ROUGE
France / Provence / IGP Alpilles
Domaine de Lansac (13150 Tarascon)
LES QUATRE REINES
Millésime 2016
14,5%
Cépages: Merlot (100%)

Un regard sur un rubis tourné vers le soleil, une invitation à l'indiscrétion. Senteurs de fruits en version noire (myrtille, cerise, prune) et d'un beau bouquet typiquement provençal (truffe noire, garrigue, épices douces). Après l'avoir délicatement invité à la danse dans son verre, il vous révèle des arômes plus purs de raisin rouge bien mûr. Il pénètre en vous de manière à la fois suave et stimulante. Il affiche un très bon niveau de maturité sur un profil sanguin bien que le niveau d'acidité soit moyen. Tanins bien présents mais soyeux, ils donnent un relief supplémentaire à un vin concentré, charnu et avec une belle mâche. Les fruits rouges et noirs se retrouvent ici. Ils sont précis, vivaces et surtout sans lourdeur aucune. Colossale longueur et finale subtilement poivrée pour clore les débats. Toute la richesse et la sensualité méridionale s'expriment dans cette cuvée d'entrée de gamme.

Accord idéal: un pavé saignant de taureau AOP Camargue délicatement saupoudré à la fleur de sel de la même région. Quelques légumes locaux de circonstance en accompagnement.