samedi 29 septembre 2018

COTES DU ROUSSILLON LES ASPRES

A l'heure où il faudrait tout standardiser dans la nouvelle grande région Occitanie, il est rassurant de voir qu'en matière de vins, il n'y a aucune envie de raisonner de telle sorte. Heureusement, tout le monde va continuer à garder sa petite identité et nous disciples de Bacchus tous nos repères. Donc aujourd'hui direction les vignobles du Roussillon pour parler d'un vin catalan. Un petit coin de France toujours (et heureusement) attaché à sa forte identité, ce qui en matière de vins (et pour bien d'autres sujets) lui permet de se démarquer positivement de bien d'autres régions. Pour mémoire, nous avions déjà en ces lignes fait une première incursion en Catalogne Nord (lien).

Le Roussillon est composé d'une mosaïque complexe de sols. En plus d'un climat propice, vous avez là le début d'une belle recette productive. Pour ce qui est de notre appellation du jour COTES DU ROUSSILLON "LES ASPRES", le sol est majoritairement fait de schistes gris, de quartz, de granite, de gneiss et de marbre. Le postulat initial est donc confirmé.
Le paysage y est très vallonné avec très souvent de toutes petites parcelles de vigne. L'altitude oscille entre 100 et 400 mètres. A noter, l'éloignement de la mer tempère le climat méditerranéen. Il y est néanmoins chaud (plus de 300 jours d'ensoleillement par an), aride et très venteux (effet positif de la Tramontane pour chasser l'humidité). Grâce à un travail de plus en plus précis et qualitatif des producteurs, les cuvées de ce petit coin de France peuvent regarder droit dans les yeux les plus belles élaborées de l'autre côté de la frontière (Priorat et Montsant en tête d'affiche).

L'appellation Côtes du Roussillon Les Aspres voit le jour en 2003. Elle est entièrement consacrée aux vins rouges et est la plus récente et la plus petite des appellations du Roussillon. La superficie est de 160 hectares pour la couverture de 37 communes situées dans les avant postes sud des Aspres et des Albères. Pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, depuis fin 2017, la production de 18 communes pour 99 hectares fait l'objet d'une appellation supplémentaire en Côtes du Roussillon Villages "Les Aspres".
Les vins doivent être un assemblage d'un minimum de trois cépages contrairement à la majorité des autres productions locales qui n'en nécessitent qu'un minimum de deux. Les cépages acceptés sont: Carignan, Grenache, Syrah, Mourvèdre, Cinsault, Lladoner Pelut. L'association de cépages a toujours fait la typicité des produits des régions Languedoc et Roussillon, les professionnels s'évertuent donc à rechercher les meilleurs assemblages en fonction de la qualité de leurs raisins.

Le domaine Sol Payré (n'oubliez pas de prononcer le y!) est exploité depuis 1913 par une même famille où pour l'instant cinq générations se sont succédées. Deux terroirs distincts pour des produits totalement différents. Une gamme riche en rouges bien sûr, blancs, rosés et vins doux naturels (logique par ici) aussi, chacun peut facilement y trouver son (voire ses) bonheur(s). Au total près d'une cinquantaine d'hectares menés de manière raisonnée avec une grande maîtrise des rendements et une minimisation des techniques trop poussées de vinification qui pour moi sont souvent préjudiciables à la typicité des produits. Cela reste la philosophie du domaine, on ne peut que les encourager à poursuivre dans cette voie. 

VIN ROUGE
France / Roussillon / Côtes du Roussillon Village "Les Aspres"
Domaine Sol Payré (66200 Elne)
SCELERATA
Millésime 2015
14%
Cépages: 25% Mourvèdre, 25% Carignan, 25% Syrah, 25% Grenache

Robe prune à la profondeur abyssale. Un nez vif et sanguin mêlant les senteurs de cerises noires macérées, les baies de sureau confites, les épices et le cuir brûlé. Comme on en a jamais assez, la deuxième olfaction nous mène sur la route de notes graphites certaines. La bouche est ronde et suave d'emblée, évoquant les fruits macérés. Une dentelle de sensations avec pour dénominateur commun la finesse et l'élégance, le tout ne manquant ni de force ni de caractère. Les tanins sont millimétrés et au diapason d'une acidité bien maîtrisée, une belle enveloppe de matière. La finale est généreuse et chaude, le poivre blanc formidablement mis en éxergue. Le côté fruité reprend alors le relais en ressouvenance cherchant l'éternel. Excellent équilibre bâti sur la quintessence tirée des quatre cépages qui se complètent ici admirablement.

Accord idéal: un créatif civet de lièvre au chocolat


lundi 17 septembre 2018

IGP ARIEGE

"Les collines ne peuvent se comparer aux montagnes". Proverbe tibétain qui n'est pas forcément vrai partout et surtout pas dans l'Ariège. Un département où en plaine, les majestueuses collines talonnent de manière espiègle les plus hauts sommets. Les plaines et le piémont abritent même la majorité des ressources agricoles permettant les si belles productions de ce terroir tant sur le plan alimentation que boisson. Pays d'identité et de fort caractère, ces deux qualités se retrouvent à bon escient dans les résultantes de production. Le vin, pour notre plus grand plaisir n'échappe pas à ce constat.

Une activité viticole pour le moins confidentielle autour d'une seule appellation: IGP Ariège. Les premières plantations de vignes remonteraient à la fin des années 900 soit plus de mille ans en arrière avec des pieds de Syrah (cépage encore présent dans ces contrées). Autre fait historique honorifique pour la viticulture ariégeoise, il tient lieu de noter que c'est dans une ferme école créée par Napoléon III au 19e siècle que fût expérimentée la taille en cordon de Royat, encore utilisée de nos jours. Ce beau département ne pouvait donc pas rester viticolement muet à jamais. Ainsi, à la fin des années 90, quelques vignerons audacieux relancent le système. Les débuts sont prometteurs et depuis 2013, l'IGP Ariège est reconnue. Six producteurs se partagent les quasi 60 hectares plantés. L'encépagement se fait autour d'une diversifiée palette de cépages, mêmes si les suivants dominent, jugez plutôt: Chardonnay, Chenin, Sémillon, Sauvignon, Petit-Manseng, Syrah, Merlot, Cabernet Franc, Cabernet Sauvignon, Tannat, Pinot Noir. Les cuvées se décomposent à 75% en rouge, 15% en rosé et 10%  en blanc. Le climat très ensoleillé avec des hivers assez doux, des printemps humides (utile pour favoriser le cycle végétatif) et des étés très chauds et secs, permet un exercice optimal de la culture de la vigne. Les influences continentales augmentent avec l'altitude, permettant de magnifier les plus sensibles cités plus haut.

Le domaine de Lastronques fait partie des producteurs d'ici. Planté sur environ treize hectares sur les coteaux de la Vallée de la Léze, les vignes y sont jalousement surveillées par les Pyrénées plus que voisines. La famille Zeller est commise aux bons soins d'une terre très respectée dans son activité biologique. Les rendements sont maintenus faibles grâce à une taille rigoureuse. La bouteille du jour est une véritable et inattendue révélation du jeudi précédent, oasis de bonheur au milieu d'un désert de bruit. Et du coup le passionné curieux que je suis ne pourra qu'envisager de compléter une telle impression par une dégustation du reste de la gamme dans les prochains mois.

VIN BLANC
France / Sud-Ouest / IGP Ariège
Domaine de Lastronques (09210 Lézat-sur-Lèze)
Millésime 2016
13%
Cépages: Chardonnay (40%), Sauvignon (40%), Chenin (20%)

Il scintille comme une pépite d'or dénichée dans le lit de l'Oriège. L'effet de Foehn libère subrepticement un bouquet aromatique complexe. Nous tenons là du floral (chèvrefeuille, camomille), du fruité (poire, mangue) et du minéral (pierres mouillées, celles de la rivière sus citée bien sûr). L'ouverture en bouche se fait sur d'évidentes notes de maturité. Éblouissant au palais par son volume très gras, il "chardonne" supérieurement. Un léger perlant encore perceptible lui confère une inénarrable sensation de fraîcheur pour une délicate acidité. La pêche et l'abricot viennent compléter le quinté précédemment annoncé sur le plan des saveurs. Finale acidulée et sapide rappelant la mandarine. Équilibre plaisant, un vin gourmand et charmeur.  

Accord idéal: un pavé de truite des Pyrénées snacké aux deux sésames


mercredi 12 septembre 2018

EXTREMADURA

Pour cette première en Septembre, la "semi-rentrée" se fait en Espagne. Peu original me direz-vous. Nous pourrons toujours y découvrir mille et une choses. Et au plus on se perd, au plus on découvre. La flânerie du jour en est encore la preuve.

Des souvenirs plein la tête en vous parlant d'Estrémadure, tellement j'y ai séjourné et tellement j'y suis attaché. Cette région d'Espagne, véritable trait d'union entre la Castille et l'Andalousie, un paradis pour les aficionados d'architecture et d'art. Des villes au riche passé telles Mérida et Caceres, de quoi y perdre des journées entières. Un relief aussi variable que le climat, la possibilité de tutoyer la pleine nature entre faune et flore. Une gastronomie très riche, très influencée par les produits porcins qui se nourrissent de glands... Et bien évidemment, d'excellents produits issus de la vigne.

En Estrémadure, il tient lieu de distinguer les vins produits en Denominacion de Origen (DO Ribera del Guadiana) et les Vinos De la Tierra (VDT de Extremadura). Une production plus confidentielle (mais non moins qualitative) de Cava (et oui la Catalogne et la Rioja n'en ont pas le monopole) et celle de vinos de pitarra (sur lesquels nous reviendrons plus tard). Concernant notre appellation du jour (Vino De la Tierra de Extremadura) elle se base sur environ 8000 hectares plantés et partagés entre 70 producteurs environ, répartis sur l'intégralité du territoire extremeño. Le climat y est continental avec une influence océanique très modérée et des températures très élevées en été. L'hiver les précipitations sont abondantes et le climat frais, à l'extrême opposé, raison du nom de la région! Les sols y sont pauvres et les choix culturaux déterminants pour la réussite de production. Nombreux cépages rouges et blancs sont autorisés (dont quelques autochtones) mais par exemple pour les rouges, le Tempranillo est l'incontournable "lider".

Dans le village d'Almendralejo (ville au sud de Badajoz) qui est un des berceaux de la vigne dans cette région, il y a de tout temps eu des productions de qualités, les cavas d'Estrémadure venant notamment de là. Mais j'avais souvenir qu'étant adolescent et en voyage dans les environs avec mon collège, nous visitâmes une cave coopérative dans cette ville, Viña Extremeña Viñexsa. A l'époque, même si j'étais déjà familier des choses du vin grâce à mon éducation et la pratique précoce du travail vigneron, je ne pouvais me passionner comme maintenant et je ne me souviens quasiment plus du contenu de cette visite. Néanmoins, en visite pas mal d'années plus tard dans la même région, je me suis fendu de l'achat de quelques bouteilles chez un caviste. Récemment j'ai eu envie de me faire plaisir avec un millésime ancien pour fêter un événement assez spécial de réussite et me suis naturellement tourné vers une de ces bouteilles, au cachet visuel déjà si particulier. Hélas cette cave coopérative a définitivement fermé ses portes, mais bien des producteurs d'un très bon niveau continuent et portent haut les valeurs de leur terroir.

VIN ROUGE
Espagne / Extremadura / VDT de Extremadura
Viña Extremeña Viñexsa (06200 Almendralejo)
Corte Real
Millésime 2007
13,5%
Cépages: Tempranillo (50%), Cabernet-Sauvignon (50%)

"Couleur Café", une pensée pour Serge Gainsbourg en un clin d'oeil. Olfactivement encore très net et prononcé sur un émoustillant bouquet tertiaire fait de pruneaux bien cuits, de tabac blond surexposé au soleil, de cuir et de grains de café fraîchement torréfiés. Prélude en bouche en mode saisissement fruité, la prune (cuite) et la cerise (à l'eau de vie) nous accueillent et préparent admirablement le terrain d'un ascenseur sensoriel certain. Les tanins encore positivement batailleurs et serrés confèrent énormément de corps tout en étant astucieusement domptés par une acidité pour toujours salivante. Aux parfums flairés au préalable qui se rappellent à notre souvenir en bouche, nous ajouterons la réglisse pour une finale longue et délicieuse qui souille favorablement votre muqueuse d'interminables minutes durant. Il a largement de quoi traverser plus d'époques.

Accord idéal: un civet d'agneau, tel qu'il se cuisine par là bas