mardi 20 mars 2018

BULGARIE

Non je ne déserte pas les vignobles français. Loin s'en faut et je pourrai bientôt vous narrer en ces lignes quelques succulentes expériences.

Mais dans le tour du monde viticole que je vis actuellement sans quitter mon logis, formation oblige, il y a des bouteilles qui par leur personnalité et leur singularité ne laissent pas indifférent. Et par extension, l'on s'intéresse logiquement de plus près au pays et pas que sur le plan du vin.

La Bulgarie est un pays qui pour moi est un peu le trait d'union entre l'Europe de l'Est et l'Europe Occidentale dans laquelle certains d'entre nous vivent. Je dois bien dire qu'avant de me passionner pour le vin, j'étais à mille lieux de m'imaginer des productions de qualité en la matière dans un pays plus réputé pour son non moins fameux yaourt.

Le vin est très lié aux terres bulgares depuis des milliers d'années. Une des anciennes civilisations, les thraces, utilisaient eux aussi le vin dans leurs rites religieux. Un vin déjà recommandé pour son incomparable élégance. Les traditions vitivinicoles sont encore très vivantes aujourd'hui et le pays peut s’enorgueillir de produire des vins de qualité, souvent même avec des cépages locaux.

La Bulgarie est divisée en cinq régions, ayant chacune leurs caractéristiques et leurs particularités. Cap aujourd'hui au Sud-Ouest. Le climat y est spécifique et se rapproche en beaucoup de points au méditerranéen. Avec la richesse des sols, autant d'éléments pour obtenir des raisins de qualité issus de cépages internationaux tels le Cabernet-Sauvignon, le Merlot, la Syrah, le Petit-Verdot et un cépage plus autochtone Shiroka Melnishka Ioza. La dégustation du jour s'arrêtera néanmoins sur un assemblage d'internationaux mais n'en est pas moins dénuée de découverte et d'originalité dans les expressions sensorielles. Un propriétaire réputé dans le bordelais amène avec son équipe son savoir faire, conjugué avec l'excellence d'un terroir.

VIN ROUGE
Bulgarie / Région du Sud-Ouest
Bessa Valley (Ognianovo)
ENIRA
Millésime 2011
14,5%
Cépages: Merlot (55%), Syrah (21%), Petit-Verdot (15%), Cabernet-Sauvignon (9%)

Robe profonde, on est d'emblée à la limite de la noyade des sens à la vue d'une telle intensité. Pour la couleur, même à mi-chemin, l'aiguille va plus vers le grenat, premier signe d'évolution.
Netteté aromatique et immense concentration avant même de trop rapprocher le verre du nez. La juxtaposition aux organes olfactifs vous mène sur des arômes prononcés et volumineux de confiture de fraise, de framboise et de mûre. La deuxième intention permet de déceler une belle complexité truffée et vanillée. Evolution en cours confirmée en version magnifiée.
L'accueil buccal est aussi riche en fruits qu'énergique. L'acidité moyenne (propre aux cépages composant l'assemblage) permet une explosion de saveurs en bouche toujours sur des fruits ultra confiturés (fraise, framboise, airelle, cerise, prune). Les tanins sont puissants et très épurés, amenant un velouté très agréable. Finale inlassablement longue sur une belle sapidité de tabac blond et de peau de cuir, ratification unanime de complexité et de saine évolution. Un vin équilibré, chaud et charnu qui nous laisse une indélébile empreinte d'orange sanguine en souvenir. Pour une première dans ce pays, le niveau est juste admirable et me mènera sur la route de nouvelles découvertes plus autochtones.

Accord idéal: pour rester dans le registre bulgare, des boulettes Kufteta accompagnées de poivrons farcis

samedi 10 mars 2018

NEMEA

Dans les productions intensives viticoles européennes, la Grèce a souvent été mise à l'index. Bien évidemment, nous ne saurions en bons oenophiles nous réjouir de cet état de fait. Mais force est de constater que petit à petit, et grâce à la qualité de nombreux cépages autochtones, le niveau des cuvées grecques s'est considérablement élevé.


La Grèce bénéficie logiquement d'un climat méditerranéen très sec et de sols assez pauvres. Les différences de terroirs se font donc par l'altitude des vignes (oscillant entre 0 et 1000 mètres).


L'appellation NEMEA (Némée) se situe dans le Nord de la Grèce, dans la région du Péloponnèse. C'est une zone plus fraîche que les autres de par des altitudes plus élevées (500m en moyenne), où un cépage autochtone l'AGIORGITIKO (un peu à tort comparé à notre bon vieux Merlot) donne des vins aromatiques et joliment épicés.


Point trop connaisseur des produits de la vigne de ce pays, en besoin permanent de découverte et passant devant une épicerie faisant la part belle aux produits helléniques, je me suis décidé à l'achat d'une demie douzaine de bouteilles provenant toutes d'une région différentes et dans les deux couleurs. D'autres articles viendront mais aujourd'hui la parole est à une cuvée rouge.



VIN ROUGE
Grèce / AOQS Nemea
A&G Papaioannou
ESTATE PAPAIOANNOU
Millésime 2010
13,5%
Cépages: Agiorgitiko (100%)



Robe grenat d'intensité moyenne et commençant à évoluer vers un magnifique tuilé. Jambes importantes et persistantes sur la paroi du cristal. Nez très affriolant et riche autour de fruits rouges bien mûrs, de fruits noirs dorés par le soleil et de vanille. Le deuxième nez révèle d'enjôleuses notes de poivre démontrant que ce vin n'est peut être pas encore à son apogée. Le nectar entre en bouche tout en délicatesse, en rondeur et en souplesse, sensation exquise. Fruité et confituré en mode farandole de fraises, de cerises, de groseilles, de mûres et de cassis. Les tanins sont très soyeux et laissent une inénarrable perception de velouté. A mieux s'y reprendre on distingue un boisé racé et un poivre qui s'adoucit merveilleusement. La finale sur une note de baie de sureau est très ludique, elle contribue à finir de marquer les esprits. Quand en plus, la persistance est au rendez-vous sur un véritable registre de fraîcheur (vignes d'altitude expliquant probablement cela) sans lourdeur alcoolique aucune... Extase totale!


Accord idéal: une pièce de bœuf confite dans un vin doux naturel rouge (pourquoi pas de Patras? pour rester dans le thème grec)


  

COLLIOURE

Retour en France et cap à l'extrême Sud, dans un décor relativement paradisiaque, la Côte Vermeille. Un beau petit coin catalan de caractère (où les Pyrénées se jettent dans la Méditerranée) et pas seulement pour les vins (certains acteurs rugbystiques ne me contrediront pas).

Les appellations COLLIOURE (vins secs) et BANYULS (vins doux naturels, articles à venir) y partagent un peu plus de 300 hectares de vigne répartis sur les communes de Collioure, Banyuls/Mer, Port-Vendres et Cerbère. Avec un des climats probablement les plus doux de France à l'année (seulement quatre jours de gel), les vignes y sont plantées très bas et les pratiques culturales sont suffisamment règlementées pour limiter les rendements. Le relief escarpé et très en pente nécessite un entretien permanent des terrasses et des banquettes pour une bonne stabilisation des sols qui sont ici majoritairement schisteux.





L'encépagement est classiquement méditerranéen, avec souvent (rendements bas et moindre plantation de certains) et règlementairement oblige beaucoup d'assemblages. Pour les blancs, le Grenache Gris (très rare) y est très représenté et fort bien vinifié.
La production est partagée entre quelques petits propriétaires et deux caves coopératives. Nous nous arrêterons aujourd'hui sur l'une d'elles qui a une gamme complète de vins de très grande qualité, souvent reconnus autant par les consommateurs que les professionnels.


VIN BLANC
France / Roussillon / AOP Collioure
Terres des Templiers (66650 Banyuls/Mer)
LES SCHISTES DE VALBONNE
Millésime 2016
14,5%
Cépages: Grenache Gris (65%), Grenache Blanc (25%), Vermentino, Marsanne, Roussanne



Une robe jaune très claire qui se pare de reflets verts. Paroxystique brillance. Le nez est d'une complexité encourageante, sur des notes de fruits jaunes à noyau, de fleurs d'acacias et d'amandes. L'aération permet de mettre en évidence un caractère de bois brûlé. La prise de bouche est sans concessions, vive et nerveuse et montre d'emblée une belle tension. L'acidité est peu élevée et l'explosion des saveurs se fait sur une concentration d'agrumes tels le cédrat confit, la marmelade de pêche et la figue verte. Charpenté en cœur de bouche, il nous révèle en sus des nuances végétales d'herbes séchées et de racines. La finale est saline et ultra généreuse, elle vient confirmer tout l'équilibre et l'élégance de cette cuvée.


Accord idéal: des filets de rouget au beurre d'agrumes