dimanche 25 août 2019

FRONTON Deuxième

Il y a plus d'un an déjà, je vous vantais les mérites d'un des deux vignobles les plus proches de mon domicile: FRONTON. Pour mémoire, je vous invite à relire l'article de l'époque, notamment pour le récit descriptif réalisé. Au delà de parler des conditions qui évoluent fort peu, il convient de mentionner ici la qualité exponentielle des productions qui augmente bon gré leur attractivité (et même à l'international). Il faut dire que pour une petite appellation, ses encadrants et les producteurs qui y œuvrent sont alertes et dynamiques sur tous les plans... De très bons produits, très bien réalisés et très bien mis en valeur (sans chichis une communication efficace)...

Chaque année, en deuxième partie du mois d'Août est organisée une manifestation nommée "Saveurs et Senteurs du Frontonnais". Bien rationnellement, elle fait la part belle aux résultantes de la vigne. Des vignerons se retrouvent sur la place du village et font découvrir à qui le veut (toujours point de chichis) leurs gammes (en intégralité). Comme toute bonne manifestation sudouestine, la partie gastronomique n'est pas en reste et il est possible à tout un chacun de se délecter tant de liquide que de solide. Un événement très gentil, empli de simplicité, formidable outil de valorisation. Le matin, un peu à l'écart a lieu un concours des vins où les cuvées excitent les organes sensoriels des dégustateurs en s'affrontant en mode bienveillant mais sous un dénominateur commun d'excellence. J'ai eu le bonheur d'en être une nouvelle fois cette année, j'aurai même l'occasion de vous conter ici un vin tout à fait atypique dans les prochaines semaines, mais pour ce jour focus sur la branche classique frontonnaise, le vin rouge. Celui auquel le cépage local la NEGRETTE donne toutes ses lettres d'or. Le vin du jour a certes été primé hier dans une des catégories, mais au delà de toute récompense et comme quasiment toujours je me plais à retenir pour ces colonnes les nectars me menant dans une sorte d'hyperesthésie.

Pour cette deuxième donc, retour en territoire vacquiérois. Une petite bourgade qui peut veiller jalousement depuis son centre sur les nombreux vignobles qui l'entourent. La famille Penavayre est installée à Vacquiers et y produit du vin depuis près de cent cinquante années. Tout s'accélère néanmoins dans la deuxième partie du siècle dernier avec des réflexions plus poussées sur les méthodes culturales et une adaptation supérieure au terroir. Petit à petit, le domaine se convertit en bio, il l'est désormais à 100%. Un total respect de la nature donc comme leitmotiv. Aujourd'hui, le CHÂTEAU PLAISANCE s'entend sur une trentaine d'hectares et voit ses produits commercialisés dans douze pays différents. Un réel succès assurément provoqué par une gamme riche sur les fondamentaux mais aussi présentant des vins originaux. 

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Fronton
Château Plaisance (31340 Vacquiers)
Thibaut - La cuvée du Pitchou
Millésime 2017
12,4%
Cépages: Négrette (70%), Syrah (30%)

Mosaïque de couleurs combinant pourpre et violine brillante pour la bienvenue oculaire. Fusion olfactive, le cassis et la violette se mettent en avant, suivent derrière quelques fruits noirs écrasés et une pincée de poivre blanc. Un soupçon de café après aération, magnifique signe de complexité. La bouche allie rondeur et puissance avec un ascenseur émotionnel s'élevant à la vitesse de l'éclair vers les hauts étages. Un rien sauvage, on ressent une recherche réelle de l'expression de la Négrette comme signature. Juste ce qu'il faut charnu avec des tanins saillants rappelant la rusticité positive des vins sudouestins. Une expression du fruit épicée et déliée, qui se prolonge en longueur pour vous accompagner sur le chemin du plaisir. Un rouge aussi séducteur que consensuel. Une très belle réussite sur un millésime qui souvenons nous a été difficile en raison des gelées tardives.

Accord idéal: un tajine d'agneau


dimanche 18 août 2019

IGP COTES DE GASCOGNE

Etant donné la proximité géographique par rapport à mon lieu de résidence, il y a longtemps que je souhaitais écrire un article sur un vin originaire de ce coin de France, mais je ne trouvais pas l'exact angle d'attaque afin de dépeindre de façon pragmatique la réalité locale. Certes, j'aurais pu raconter un vin rouge, mais à côté de Madiran (pour mémoire) et Saint-Mont qui sont les fleurons locaux, la partie s'annonçait difficile. J'aurais pu épancher ma soif d'écrire sur un vin rosé, tellement de circonstance ces temps-ci mais pour moi cela était un peu hors sujet. Il faut bien dire que 85% de la production de cette appellation est basée sur des vins blancs, je me devais donc d'alléguer un vin blanc. Pour faire encore mieux, le nom de la cuvée a la racine identique à mon "nom de scène" a fatalement fini de me convaincre. Avec bonheur ceci dit...

La production d'environ 600 000 hectolitres par an est colossale à l'échelle de ce qui se fait à bien des endroits ailleurs mais paradoxalement cette appellation est très peu connue, même localement. Et pour cause, près de 75% de l'ouvrage part à l'export (énorme succès commercial à la clé car les acteurs ont merveilleusement bien appréhendé le marché étranger). Comme annoncé plus haut, la majorité des vins élaborés sont blancs (secs, moelleux, doux), les rouges et les rosés se partageant le restant du pourcentage à parts égales. Ceci est une véritable exception dans le Sud-Ouest de la France, plutôt connu et reconnu pour ses œuvres tanniques. La région est la première productrice de vins IGP en blanc et aussi au quatrième rang de la production de vins IGP dans le pays. Reconnue depuis 1974 avec les anciennes appellations en vin de pays, l'IGP COTES DE GASCOGNE englobe un territoire vaste de 13 000 hectares fractionnés sur trois départements que sont le Gers (certes plus sur sa partie occidentale), le département des Landes (sur sa partie orientale) et celui du Lot-et-Garonne (sur sa partie méridionale). A mieux y regarder, cela ressemble beaucoup au territoire de l'aire de production de l'Armagnac (dont nous reparlerons et que nous détaillerons prochainement car le terroir fait la différence). Les paysages y sont pluriels même si dominent les vallons, les orientations et les sols le sont tout autant (argilo-calcaire, graves, sables). Le climat y est océanique avec quelques influences parfois méditerranéennes, parfois continentales. Une juste conciliation entre tous les éléments météorologiques pour favoriser l'avènement de raisins de qualité. 42 cépages sont autorisés dont les fameux autochtones sudouestins. Colombard, Ugni-Blanc, Gros-Manseng et Sauvignon sont en force sur les vins blancs. Les rouges sont quant à eux composés majoritairement de Tannat, de Merlot et de Cabernet Sauvignon. Une telle mosaïque de paramètres ne peut donner que des résultats particulièrement différenciés. Les vins sont généralement agréablement fruités et de plaisir immédiat. Leur prix reste très abordable pour un niveau de qualité plus qu'acceptable. De plus, certains professionnels se lancent dans des vins plus ambitieux et plus personnels qui vont attirer l'attention sur les magnifiques terroirs que possède cette région. L'abaissement de la vitesse à 80km/h sur le réseau secondaire peut avoir du bon. En effet, il vous permettra de bien mieux apprécier tout le vignoble lorsque vous traverserez le beau département du Gers...

Le Domaine de Pellehaut, exploité par la famille Béraut se situe à Montréal du Gers. Cette charmante petite bourgade est assez connue pour son site paléogéographique et pour sa villa gallo romaine toute proche. Une nouvelle histoire de famille qui traverse le temps et les générations. Il est ici question de pluriactivité, l'élevage bovin et la culture céréalière venant compléter le panel viticole. Sur cette rive là, l'offre est multiple avec des cuvées des trois couleurs et en plusieurs modes (sec, moelleux, doux, effervescent) mais aussi une production d'eau de vie d'Armagnac. Chaque action de chaque moment de la vie de la vigne et du raisin est rigoureusement calculée et millimétrée dans un pur respect à la fois du terroir et de la matière première. Quelques pratiques intéressantes en matière de vinification revêtent également un intérêt certain. Ceci ne peut que faire la différence lorsqu'il s'agit de mettre au monde des vins non standardisés mais restant typiques de leurs origines. La bouteille du jour a été dégustée lors d'un événement professionnel il y a quelques semaines et il faut bien dire qu'à l'aveugle j'ai été autant trompé que charmé. Je me devais donc de vous rapporter mes impressions...

VIN BLANC
France / Sud-Ouest / IGP Côtes de Gascogne
Domaine de Pellehaut (32250 Montréal du Gers) Famille Béraut
Ampéloméryx *
Millésime 2017
13°
Cépages: Sauvignon Blanc, Chardonnay, Gros Manseng, Petit Manseng

A l'oeil il est tel une pépite d'or associée à un peu de jade. Profusion nasale où le confit tutoie un végétal bien mûr. Mangue, ananas, coing, poire, vanille, foin et feuille de groseillier cohabitent délicatement. Un bel imbroglio sensoriel rehaussé par une note de miel après agitation. En bouche il révèle d'emblée une belle tension avant de laisser place à une sensation juteuse, doucement beurrée et exotique. Le bouquet gustatif est fort expressif et aux arômes précités s'ajoutent le pamplemousse et le citron confit. Le passage en fût lui confère une finale un rien toastée très agréable. Sapidité, charme et verticalité sont ici conjugués, c'est une magistrale association de ces quatre cépages, chacun avec ses qualités. Une belle réussite!

Accord idéal: Filet de sébaste grillé sur lit de purée d'épinards, une tomate farcie au risotto au pesto


* mention portée sur la contre-étiquette: "Les fossiles retrouvés à côté de notre vignoble attestent la présence, il y a près de 17 millions d'années d'un ruminant, mi-cerf, mi-girafe appelé AMPELOMERYX."