lundi 27 août 2018

CAHORS

Ignominie suprême de ne pas vous avoir entraîné plus tôt dans les méandres tortueux de la vallée du Lot... Ce n'est pas comme si je ne prononçais pas le nom Cahors au moins dix fois par jour depuis deux mois ces temps-ci. Mais il s'agissait pour moi de vous présenter un produit alliant typicité, identité et caractère. J'ai donc scruté, j'ai donc farfouillé, j'ai donc savouré et j'ai donc élu... Et force est de constater que dans les parages, les bonnes affaires sont légion.

Cahors regagne ses lettres de noblesse grâce à un logique retour des consommateurs à l'authenticité. Il faut bien dire que la concurrence sud-américaine exacerbée a poussé nos viticulteurs lotois pourtant d'un bon niveau à se réinventer pour retrouver les clés de la réussite face à des produits souvent trop techniques... Le juste retour à l'authentique donc comme je vous le confessais ci-dessus. L'introduction de différences de style grâce à des vinifications de plus en plus soignées a joué un rôle prépondérant.
De tout temps, il y eut de la vigne dans le Lot et déjà au moyen-âge on parlait ici de vin noir. Apprécié de nombreux personnages historiques, les bordelais ont même craint de cette concurrence, jusqu'à user de stratagèmes pour empêcher les tonneaux de voyager. L'AOP Cahors est officiellement créée en 1971.
45 communes dont les territoires jouxtent la rivière Lot forment le périmètre de production pour un peu plus de 4000 hectares plantés à environ 300 mètres d'altitude en moyenne. Le climat y est tiraillé tel un patchwork d'influences: méditerranéenne, océanique, montagnarde. Le vent chaud et sec soufflant à l'automne est le meilleur ami des maturités les plus justes. La nature des sols est hétéroclite: argilo-calcaire, alluvionnaire, de galets et d'argiles rouges (sidérolithique). Une fois ce décor planté, les hommes et les femmes ont ainsi des conditions idéales pour produire en mode différencié autour d'un cépage phare, le MALBEC (dont le nom original et local est AUXERROIS), croisement entre le Prunelard et la Magdeleine Noire des Charentes. Il doit être majoritaire dans les assemblages et peut être parfois (mais peu souvent en fait) complété par le Merlot ou le Tannat (personnellement je préfère les cuvées monocépages, plus typiques). Et sans nullement galéjer, l'on peut prétendre qu'il existe un Cahors différent dans son style pour chaque oenophile.

Le Château Combel-la-Serre est une propriété familiale (plusieurs générations se sont suivies) située à 17kms de Cahors. Un peu plus de 20 hectares sur des sols divers , en conversion bio depuis 2013. Une gamme assez large en rouge avec des cuvées pour tous les goûts (ensemble qualitatif) et tous les prix, et un marketing bouteille bienheureux sont autant d'atouts commerciaux. Une cuvée de blanc 100% Vermentino (plutôt rare ici) en IGP Côtes du Lot pour compléter la sphère. Nous nous polariserons aujourd'hui sur la cuvée éponyme de ce domaine.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Cahors
Château Combel-la-Serre (46140 Saint-Vincent-Rive-d'Olt)
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Auxerrois (Malbec) (100%)

Sombrer des deux yeux dans une profondeur ébène en guise d'intronisation sensorielle. Le nez est précis et intense de fruits noirs des bois (mûre, myrtille, cassis), d'épices (cannelle, réglisse), en y réfléchissant mieux de truffe (logique non?) et pourquoi pas une délicatesse sur une note de thé fumé. Percussion gustative délicieusement charnue et irrésistible gourmandise mitigée entre fruits noirs et épices douces. Ultra salivant, structuré sur une noble tannicité. Belle mâche avant une allonge intensément fruitée où l'on sauvegarde volontiers la myrtille sur la mémoire du palais, les secondes s'égrènent longuement ensuite en souvenir d'un équilibre identitaire. Cette bouteille est de celles qui met toutes les sensibilités au diapason.

Accord idéal: l'indémodable gigot d'agneau à la ficelle


mercredi 22 août 2018

DOURO

Je reste persuadé que l'on n'en a pas assez d'une seule vie pour explorer toute la richesse et la diversité du monde viticole lusitanien et sa pléthorique production. Comme la passion de la découverte est là et que la détermination ne fait pas défaut, il me restait juste à me lancer petit à petit à la pourchasse de "vinhos" d'exception.

Le vignoble portugais s'étend sur un peu plus de 200 000 hectares partagés sur plus de 300 000 producteurs ce qui fait des exploitations très hétérogènes en taille. 3% du vignoble mondial pour la 8e place des pays producteurs. Les principales régions productrices se situent dans le nord et le centre du pays: Estremadura, Douro, Minho, Alentejo, Terras Do Sado, Beira, Bairrada, Dão.
L’encépagement est purement foisonnant avec près de 200 espèces dont une très grande partie sont autochtones, ce qui rend encore plus passionnante l'étude des cuvées.
Différents climats des plus frais aux plus chauds, différents sols aussi, ce qui permet la production de vins très différents. Production donc de vins rouges, de vins blancs et des fameux vins mutés (Porto). Nous garderons les vins mutés pour de nouveaux articles...
Les vins tranquilles portugais quant à eux sont quasiment méconnus alors que leur qualité est plus qu'honorable et leur aromatique générale plus qu'exceptionnelle.

L'appellation DOURO DOC (Denominação de Origem Controlada) partage les mêmes terroirs que les vins de Porto. Elle est vieille de moins de vingt ans et couvre un territoire de près de 25 000 hectares. La particularité qui en fait la singularité est son relief escarpé. Plus de la moitié des vignes sont plantées sur des pentes dont l'inclinaison tutoie les les 30%. Elle se divise en trois sous-régions (Baixo Corgo, Cima Corgo, Haut Douro) aux caractéristiques climatiques bien différentes. On va du tempéré et humide à l'océanique (plus près des côtes). Globalement les hivers y sont très froids et les étés très chauds, il n'est vraiment pas rare que les températures avoisinent les 40°. La présence de la rivière Douro permet irrémédiablement de réguler les influences climatiques dans le vignoble, jouant un effet améliorateur certain. Avec de telles conditions, le Douro est vraiment une terre de prédilection pour la viticulture.

Entrée en matière en douceur ce jour avec une bouteille issue d'un regroupement de producteurs assez connu dans ce pays mais dont la typicité et la qualité des productions sont reconnues. Cette dégustation en appelle mille autres... Eh oui, je ne suis pas ampélomaniaque pour rien! 


VIN BLANC SEC
Portugal / DOC Douro
Lavradores de Feitoria (5060-193 Paços Sabrosa)
DOURO BRANCO
Millésime 2016
12,5%
Cépages: Malvasia Fina (60%), Gouveio (30%), Siria (10%)

D'apparence oculaire telle une belle chevelure blonde. Avant-propos nasal un brin minéral, les pierres mouillées du fond de la rivière. Intensité à son comble sur des arômes d'ananas, de citrons bien mûrs, de poires, de prunes jaunes et de fruits tropicaux. L'ébranlement du contenant vous permet de discerner une complexité sur l'herbe fraîchement coupée encore humide. Une acidité vibrante conditionne tendrement votre bouche sur un registre aussi minéral que fruité où règnent les saveurs citriques et de pierre à fusil. Belle tension, juste équilibre entre fraîcheur et richesse aromatique. Persistance finale allongée et fastueuse qui en fait un solide compagnon pour toutes les péripéties.

Accord idéal: un risotto de langoustes



dimanche 12 août 2018

SAINT SARDOS

Le Sud-Ouest de la France a cela de passionnant qu'il est un véritable métissage de terroirs et de produits en matière viticole. Multitude de climats et d'influences, de sols, de cépages, de types d'exploitation...
C'est ce qui le rend aussi intéressant à découvrir que des régions autrement plus huppées. Et l'on y déniche, à des prix bien meilleurs, de vrais pépites, qui nous donnent qui plus est l'occasion de disserter.

Le vignoble de Saint-Sardos est situé au mileu du triangle formé par les villes de Toulouse, Montauban et Agen. Il se situe à équidistance (environ 30 minutes) de ces trois villes. Une zone de polyculture où l'ail, le melon et les raisins règnent en maîtres. Vingt communes du Tarn et Garonne (82) et trois de la Haute Garonne (31) se partagent la production. Les villes les plus connues restent Beaumont-de-Lomagne et Verdun-sur-Garonne. Cette région bénéficie d'un climat océanique bien qu'un petit contraste méditerranéen y soit présent ne serait-ce que par l'omniprésence du vent d'autant à certaines saisons, qui a sans nul doute un effet améliorateur (il chasse bien l'humidité pourtant tenace par ici).
La superficie plantée peut être qualifiée de confidentielle (pas plus de 150 hectares). La tradition remonte au XIIe siècle mais ce n'est que depuis 2011 que Saint-Sardos est reconnu en appellation après plus de vingt ans de démarches des producteurs locaux auprès des organismes institutionnels.
Le cahier des charges est assez particulier et différencié. Ici, la Syrah bénéficie d'une importance particulière, dans le sens où elle doit compter pour au moins 40% des assemblages. Le Tannat est sur une proportion minimale de 20%. Les cépages tels que le Merlot et/ou le Cabernet-Franc venant en complément. Nous en concluons donc que cette appellation est vraiment atypique dans cette région car même si la Syrah est assez présente dans ce coin viticole (Gaillac, Fronton), Saint-Sardos est la seule à la placer en tête. Le rouge tient 80% des proportions, les 20% restants étant consacrés aux rosés. Il y a bien quelques épisodiques cuvées en blanc, mais elles sont produites sous la bannière IGP Comté Tolosan.
La quasi majorité est assumée par des producteurs affiliés à une coopérative assez influente et visionnaire, néanmoins subsistent quelques indépendants jouissant d'une belle notoriété grâce à la qualité et l'originalité de leurs créations.

Nous partons ce jour chez un des trois indépendants. Histoire de famille à la base, il a beaucoup évolué avec le temps grâce à la passion de son propriétaire. Renforcé depuis quelques années par un collaborateur venu avec des idées nouvelles et novatrices, le domaine a réussi avec brio sa conversion en bio, tout en gardant une très grande partie de ce qui a fait son succès. Une gamme assez fournie pour tous les budgets et tous les goûts. Mais toujours avec le dénominateur commun de qualité et de plaisir. Quelques flacons vieillissaient dans ma cave et l'idée m'est venue cette semaine de voir l'influence qu'avait eu le temps sur les vieux millésimes.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / AOP Saint-Sardos
Domaine de la Tucayne (82600 Bouillac)
LES GABARES
Millésime 2012
13%
Cépages: Syrah, Tannat, Cabernet Franc

Juste vision sur un abyssal grenat, le disque souligné sur une teinte orangée agréable. Sans ambages, le nez est une alliance de fruits rouges mûrs (framboise, fraise), de fruits noirs (myrtille, mûre) et d'épices (poivre, cannelle). La complexité se présente à nous en deuxième résolution sur des notes florales de réséda. La bouche relève de l'assortiment de sensations, ce vin est corsé mais tout en rondeur (le faible niveau d'acidité aide bien), son fruité est aussi éclatant que persistant, le tout sur une assise tannique aussi prononcée que patinée. Des saveurs évidentes de fruits sont conservées et associées à des nuances de musc, de cuir, de réglisse et de tabac qui sont synonymes de l'évolution. Gracieuse longueur et terminale épicée. Une belle expression d'un vin évolué mais abordable pour tous les palais.

Accord idéal: Un suprême de poulet arrosé d'une sauce de beaucoup d'épices. Courgettes de saison gratinées


jeudi 2 août 2018

IGP ALPILLES

Été oblige, restons ensemble dans le midi et revenons faire une brève incursion dans les prémices provençaux. Région pour le moins éclectique en matière de vin, nous ne saurions la limiter à ses vins rosés à succès, comme nous en fîmes par deux fois déjà la démonstration (Caladoc, Côteaux Varois en Provence).

En Provence, la production IGP représente environ 1/3 des volumes. Elle se décline par département, voire par zones plus restrictives.

Le massif des Alpilles est un ensemble montagneux de faible altitude, qui fait le charme certain de cette partie d'arrière pays et sert de trait d'union entre Camargue, Provence et Vallée du Rhône. Cette région a souvent été source d'inspiration pour pas mal d'artistes (Van Gogh, Alphonse Daudet, Frédéric Mistral), force est de constater qu'elle l'a aussi été par le passé mais qu'elle l'est toujours tout autant par certains vignerons, qui proposent souvent une excellence trop peu mise en avant...
La zone de production de l'IGP Alpilles s'etend sur le territoire de 19 communes des Bouches du Rhône. Le climat y est méditerranéen. Vignes (cultivés à faible rendement pour une IGP) et garrigue cohabitent sous la présence conjuguée du soleil et du mistral bienfaisant. La majeure partie des 6000 hectolitres de production annuelle est consacrée aux vins rouges. Les vins sont globalement destinés à être bus jeunes mais certaines cuvées plus ambitieuses peuvent résister à l'épreuve du temps.
Globalement les cépages courants ici (Grenache, Cinsault, Syrah, Carignan, Mourvèdre) sont majoritaires mais on note aussi la présence de Cabernet-Sauvignon  et de Merlot, pourtant moins courants et un peu moins attendus. Aujourd'hui c'est une cuvée monocépage de Merlot qui nous attend. Bien que natif de Bordeaux, ce croisement de Magdeleine Noire des Charentes et de Cabernet Franc, est largement planté ailleurs dans le sud de la France et ailleurs dans le monde. Il constitue une excellente base pour les vins d'entrée et moyenne gamme. Véritable buvard à terroir, il n'est nulle part pareil, ce qui le rend très intéressant à étudier en toutes circonstances.

Le domaine de Lansac est situé sur la commune de Tarascon, juste à l'entrée du département des Bouches
du Rhône quand on vient du Gard. 40 hectares de vignes et 20 hectares de céréales composent une propriété historiquement riche et qui se transmet de génération en génération. Les sols y sont majoritairement sablonneux et limoneux, les vignes d'âge moyen (dix à quarante ans). Pas moins de douze cépages y sont plantés, dont certains totalement autochtones (Aubun noir). Autant d'éléments qui sont propices à la production de vins de qualité. Particularité aussi, 9 hectares de cette propriété sont plantés en franc de pied, ce qui nécessite un travail supplémentaire l'hiver pour lutter contre le phylloxéra. Gamme accessible à tous les goûts et à toutes les bourses avec comme dénominateur commun la qualité.

VIN ROUGE
France / Provence / IGP Alpilles
Domaine de Lansac (13150 Tarascon)
LES QUATRE REINES
Millésime 2016
14,5%
Cépages: Merlot (100%)

Un regard sur un rubis tourné vers le soleil, une invitation à l'indiscrétion. Senteurs de fruits en version noire (myrtille, cerise, prune) et d'un beau bouquet typiquement provençal (truffe noire, garrigue, épices douces). Après l'avoir délicatement invité à la danse dans son verre, il vous révèle des arômes plus purs de raisin rouge bien mûr. Il pénètre en vous de manière à la fois suave et stimulante. Il affiche un très bon niveau de maturité sur un profil sanguin bien que le niveau d'acidité soit moyen. Tanins bien présents mais soyeux, ils donnent un relief supplémentaire à un vin concentré, charnu et avec une belle mâche. Les fruits rouges et noirs se retrouvent ici. Ils sont précis, vivaces et surtout sans lourdeur aucune. Colossale longueur et finale subtilement poivrée pour clore les débats. Toute la richesse et la sensualité méridionale s'expriment dans cette cuvée d'entrée de gamme.

Accord idéal: un pavé saignant de taureau AOP Camargue délicatement saupoudré à la fleur de sel de la même région. Quelques légumes locaux de circonstance en accompagnement.