vendredi 27 juillet 2018

IGP SAINT GUILHEM LE DESERT

Je préfère le dire tout de go, l'objectivité est clairement mise de côté ce coup-ci. Nous repartons directement dans une région qui m'est viticolement chère, le LANGUEDOC. Et sur la dégustation d'une cuvée qui porte mon prénom BASTIEN. Dégustée à la fin de la semaine dernière lors d'un événement de promotion des productions locales, le festival des vins d'Aniane. Je recommande clairement cette manifestation, à la fois pour le sérieux de son organisation, la logistique inhérente, la richesse du programme (des masterclass passionnantes) et une qualité quasi permanente au rendez-vous.

Dans un paysage exceptionnel de collines méditerranéennes, l’IGP Saint-Guilhem-le-Désert, est située dans la partie nord du département de l’Hérault, au pied du plateau du Larzac et des montagnes cévenoles. L’aire de production s’étend sur une cinquantaine de kilomètres sur des sols essentiellement calcaires, cailloutis et marnes. Deux montagnes calcaires dominent le vignoble, le mont Baudile à l’ouest et le Pic St Loup à l’est de ce territoire. Le climat est caractéristique et influe de façon essentielle sur le vignoble. Loin de la mer Méditerranée, les embruns marins sont très atténués. La pluviométrie assez importante limite le caractère excessif du climat méditerranéen et la présence des montagnes conduit à des écarts de température jour/nuit importants (idéal pour une maturation lente et régulière). Le vignoble, majoritairement installé entre 100 et 150 mètres d’altitude, bénéficie ainsi d’un climat méditerranéen atténué. Les conditions sont donc idéales à la production de vins dont les dénominateurs communs sont fruité et équilibre.
Ce territoire, couvert en grande partie par des espaces naturels boisés de chênes verts et de pins, ou garrigue méditerranéenne, a permis à l’homme d’y pratiquer une agriculture diversifiée, céréales, oliviers, pastoralisme, la vigne connaissant un essor significatif à la fin du 19ème siècle avec le développement des échanges commerciaux. Reconnu en vin de pays par le décret du 5 avril 1982 pour seulement 5 communes, les vignerons proches de la zone, compte tenu des réalités pédoclimatiques communes ont souhaité une extension de la zone de production qui s’étend désormais sur 71 communes pour une production de 10.000 hl de vins rouges, rosés et blancs. Pour résumer cela englobe une très grande partie nord du département de l'Hérault, Montpellier étant même inclus dans le périmètre pour donner un ordre d'idée.
Le vignoble, composé de parcelles de faible dimension, est installé majoritairement sur des zones de coteaux très caractéristiques dans la région. Il s’insère souvent dans des espaces naturels faisant l’objet de protections environnementales. Les vignes confèrent à ce territoire une qualité paysagère particulière très réputée et reconnue au niveau touristique.

Le domaine Croix de Saint Privat est un vignoble encore géré de façon familiale, comme beaucoup ici d'ailleurs. Il est situé sur le territoire de la charmante commune d'Aniane, sur la route partant vers le Pont du Diable. Les traditionnels cépages languedociens permettent la production de cuvées qui bien qu'assez typiques comportent toutes une petite originalité dans leurs propriétés organoleptiques. Le commentaire de dégustation qui va suivre va vous le prouver...

VIN BLANC
France / Languedoc / IGP Saint Guilhem Le Désert
Domaine Croix de Saint-Privat (34150 Aniane)
BASTIEN
Millésime 2017
12,5%
Cépages: Viognier (100%)

Si jeune et déjà d'or, le soleil levant ou couchant n'est pas d'égale lutte. Positif et complexe doute nasal partagé entre des notes fruitées de poire et de pêche, des notes florales de lis et de jasmin. L'aération mène à la perception d'effluves miellées et vanillées. Le mariage mandibulaire se fait dans le registre de la vivacité et l'acidité prononcée de ce vin (si rare dans ce cépage) lui confère d'emblée une magnifique fraîcheur. Très onctueux avec de belles saveurs. Les pommes, les poires et le miel se rappellent à nous. Une touche vanillée comme pour venir souligner ces lettres d'excellence. Transcendante longueur pour faire la synthèse de la puissance et de la finesse aromatique. Avant de se quitter, finale gourmande sur la fraîcheur et les fruits jaunes. L'équilibre est infaillible et ne fait que décupler la notion de plaisir.

Accord idéal: n'importe quel poisson à la plancha, farandole de petits légumes à peine croquants


mercredi 4 juillet 2018

MADIRAN

Après un petite mise en veille du blog logiquement causée par la concentration sur d'autres desseins liés à la vigne et au vin, place à de nouveaux écrits. Fidèle à ma sensibilité pour les vins puissants et fier de ma région et des productions qu'elle enfante, nous faisons ce jour un cap à l'Ouest.

Pour faire simple, MADIRAN est une appellation située à un plus d'une centaine de kilomètres au sud-ouest de Toulouse et à un peu plus d'une cinquantaine de kilomètres de vue de mes natives Pyrénées si chères. Territoire occitan et gascon donc côté identité. Environ 1500 hectares de vignes y poussent fièrement sur le territoire de 37 communes réparties sur trois départements: le Gers, les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques (dans sa partie béarnaise). Le climat y est continental bien que la proximité des Pyrénées apporte des phénomènes améliorateurs indispensables dans les saisons clés (pluies au printemps, effet de Foehn amenant du vent chaud en automne). Ainsi, les raisins peuvent atteindre un niveau de maturité technique optimal.
Historiquement, ce vin était produit dès le onzième siècle dans un but de consommation locale et par quelques montagnards. L'appellation elle même remonte à 1948 et le succès vint petit à petit. Dans les années 90, les producteurs conscients de leurs moyens ont nettement amélioré leurs vins qui sont passés du rouge austère et difficile à boire à des vins structurés et puissants pouvant regarder droit dans les yeux certaines autres cuvées pourtant autrement plus réputées. Mais ce qui fait avant tout le succès du Madiran, c'est un cépage qui prend en ces terres sa meilleure expression: le TANNAT. Dans le cahier des charges, obligation est faite aux propriétaires d'avoir 80% de leur création consacrée à ce cépage.

Le TANNAT est un cépage de pure origine béarnaise, il est donc ici le local de l'étape (bientôt le Tour de France cycliste ne passera pas loin). Hormis dans les vins du Sud-Ouest de la France, vous pouvez en retrouver quelques rares plantations dans des pays étranger, le plus connu étant l'Uruguay (tiens tiens l'équipe de France de football joue contre l'Uruguay vendredi, le derby du tannat!). Vigoureux et productif, il nécessite quand même grand soin tant dans la culture que dans la vinification. En effet, riche en alcool et ultra tannique, il tient lieu pour les vignerons de savoir les styles qu'ils veulent imprimer à leurs cuvées. Un Madiran contient au moins 50% de Tannat qui peut être associé uniquement à trois cépages (Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc, Fer Servadou). Le tannat est un cépage très riche en polyphénols, ce qui le rend intéressant en cas de consommation modérée dans la lutte contre les risques cardio-vasculaires.

Christine Dupuy a été la première femme viticultrice en Madiran. Elle est à la tête du domaine familial depuis 1993, converti à l'agriculture biologique depuis 2014. Actuellement, une vingtaine d'hectares sont cultivés. Elle poursuit sans cesse des objectifs de qualité et de vins se démarquant au niveau expression et typicité. Ayant les mêmes préoccupations dans ma passion, je ne pouvais pas passer à côté des produits de ce domaine qui comptent largement parmi les meilleurs de cette zone de production et à des rapports qualité/prix imbattables. Très bientôt d'ailleurs en ces colonnes, des nouvelles dégustations de ce domaine.

VIN ROUGE
France / Sud-Ouest / Madiran
Domaine Labranche Laffont (32400 Maumusson)
TRADITION
Millésime 2015
14%
Cépages: Tannat, Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc

Œil scintillant sur un rubis précieux. Le premier nez est vraiment aussi coquin que gourmand sur un ouragan de baies noires (cassis, mûres) qui amène avec lui sur son passage des arômes de pain grillé, de poivre et de réglisse. Après avoir infligé une petite turbulence au verre, on perçoit une complexification mentholée amenant de la fraîcheur déjà à ce stade. Le préambule en bouche est aussi énergique que sensuel, dans un registre très fruité, ceux cités ci-dessus semblent comme coincés entre vos dents. La profondeur impérieuse du tannat ne s'impose qu'en deuxième intention avec des tanins certes puissants mais déjà plus que sociables. Une acidité très vive compensée par une fraîcheur gourmande et des saveurs douces et amères. Une finale chaleureuse et épicée pour laisser le souvenir d'un vin racé. Équilibre et fraîcheur au paroxysme en résumé et nouveau coup de maître de l'excellent millésime 2015, grande année de vins. L'on a hâte d'y revenir.

Accord idéal: le plus simplement du monde un magret de canard à peine rosé accompagné d'une belle ratatouille de saison.